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Lancement de la COP 27 : un énième « festival du greenwashing » plus discrédité que jamais

Ce dimanche s’ouvrait en Egypte la COP27. une nouvelle conférence internationale sur le réchauffement climatique polarisée par la question des dommages causés par la crise dans les pays du Sud, et qui peine à convaincre après une édition 2021 particulièrement désastreuse et alors que la crise écologique s’approfondit.

lundi 7 novembre 2022

« Nous sommes sur l’autoroute vers l’enfer climatique, avec le pied toujours sur l’accélérateur ». C’est avec des déclarations du genre qu’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a ouvert la COP 27. Lancée dimanche 6 octobre à Sharm El-Sheikh en Egypte, cette nouvelle conférence de l’ONU sur les changements climatiques rassemble 40 000 représentants de 196 pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique et différents acteurs d’ONG.

La présentation de la nouvelle grande messe internationale comme un « sommet de la dernière chance » est devenue une tradition dans l’histoire des COPs. Cet été a en effet vu se produire une multiplication de catastrophes climatiques, entre les sécheresses, les canicules, les incendies ou encore l’inondation qui a ravagé le Pakistan et continue d’impacter la population. 

La question des « pertes et réparations » cristallise les tensions

Au programme de la COP 27, des discussions autour de la « transition juste », de la sécurité alimentaire et de l’approvisionnement en eau ou encore du développement d’outils financier pour servir la « transition » aux mains des États et des entreprises. Mais le point qui devrait cristalliser les tensions cette année devrait être celui des « pertes et réparations ».

Ce dossier concerne des sommes que devraient verser les principales puissances impérialistes aux pays « du Sud » en dédommagement des destructions causées par la crise climatique sur leur sol. Réclamées depuis des décennies par les gouvernements des pays sous domination, elles avaient été mises sous le tapis lors de la précédente COP par les puissances impérialistes. Ces dernières refusaient en effet catégoriquement d’assumer économiquement les retombées de la crise qu’elles ont causées. Et pour cause, ces montants représentent des sommes astronomiques, vouées à augmenter au fur et à mesure que la crise s’approfondit. Comme le rapporte le Monde : « Ils ont été évalués, par des scientifiques, entre 290 milliards (292,4 milliards d’euros) et 580 milliards de dollars (584,8 milliards d’euros) par an jusqu’en 2030, et jusqu’à 1 700 milliards de dollars en 2050, pour les seules conséquences économiques dans les pays en développement. »

Cette question, qui n’était initialement pas prévue au programme du sommet, a été ajoutée à la dernière minute, après « quarante-huit heures intenses » de négociations, selon le ministre égyptien des affaires étrangères et président de la COP27 Sameh Choukri, cité par Le Monde. Elle est aujourd’hui portée par une coalition de 135 pays, le groupe « G77 et Chine » au sein des négociations de la COP.

En plus des « pertes et compensations », la question des « financements pour l’atténuation et l’adaptation » devrait également cristalliser les tensions. La COP27 devrait, selon les engagements pris à Glasgow l’année dernière, discuter une réévaluation de certains de ces montants. Mais si les COP nous ont appris une chose, c’est de ne pas trop se fier aux engagements qui y sont pris. 

Cette somme de 100 milliards de dollars, qui devait en principe être versée par les puissances impérialistes aux pays « du Sud » afin de financer des mesures d’adaptation de ces dernières, n’ont jamais été versées dans leur intégralité. Des engagements qui, même s’ils étaient respectés, sont particulièrement minimaux voire obscènes, comme en témoigne Wael Aboulmagd, représentant de la présidence égyptienne à la COP : « Ces 100 milliards ne vont même pas commencer à répondre à une fraction des besoins, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, mais c’est un geste symbolique ». Pire, cette somme est versée sous forme de prêts, accentuant l’emprise par la dette des puissances impérialistes sur les pays dominés, qui détruit les conditions de vie de la population de ces pays.

Qui croit encore aux COP ?

« Cela paraît toujours impossible, jusqu’à ce que ce soit fait. C’est pourquoi je dis aujourd’hui qu’une nouvelle ère débute, et nous commençons à faire les choses différemment ». Lors de l’ouverture dimanche de la conférence, le secrétaire exécutif des Nations Unies sur le réchauffement climatique, Simon Siteil, s’est efforcé de donner un souffle à l’évènement et de promettre un changement de méthodes.
Après une édition 2021 particulièrement calamiteuse, qui s’était conclue sur les pleurs honteux et les excuses de son président, les organisateurs de la COP27 étaient en effet obligés de composer avec le discrédit large qui vise l’évènement. De plus, la COP27 a été vivement critiquée par diverses ONG pour ses sponsors, parmi lesquels on retrouve Coca-cola, IBM, Microsoft ou encore la compagnie aérienne Egyptair, mais également pour le fait qu’elle était organisée par une dictature sanguinaire, qui s’en prend autre autres aux militants écologistes et à toute forme d’opposition.

Mais au-delà des critiques portant sur l’évènement en lui-même, c’est bien la logique des COPs qui apparaît de plus en plus largement pour ce qu’elle est : une vaste farce face à une crise qui ne cesse de s’approfondir. Un rapport de l’agence de l’environnement de l’ONU sorti le 26 octobre récapitulant la gestion de la situation entre les mains des Etats, est à ce titre particulièrement parlant : les émissions devraient augmenter selon les engagements pris (et s’ils sont respectés) de +10.6% d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2010. Pour avoir une chance de rester sous les 1.5 °C de réchauffement global, ces rejets devraient au contraire décroitre de 55% d’ici à 2030. Les engagements des Etats dans le cadre des COPs, s’ils sont respectés, nous mènent dès lors tout droit vers un réchauffement catastrophique de 2.8 degrés à la fin du siècle. Un constat qui amène l’agence de l’environnement de l’ONU à affirmer qu’il « n’y a pas de chemin crédible vers les 1.5°C en place »

Une variété d’écologistes, chercheurs comme militants, s’accordent pour dénoncer ce nouveau sommet inutile et bruyant. De plus, certains craignent qu’il soit le terrain d’attaques contre le climat. L’ONG 350.org témoigne ainsi au Monde être venue « de façon défensive aux négociations : nous ne voulons pas que les petites avancées des COP passées en matière de lutte contre le réchauffement soient détricotées davantage. » De son côté, Greta Thunberg, a annoncé qu’elle n’allait pas assister à l’évènement, une « arnaque » faite de « greenwashing, mensonges et tromperies ». Contre cette arnaque, elle a déclaré lors du lancement de son nouveau livre qu’il fallait s’en prendre « au système capitaliste dans son ensemble », un système profondément violent et destructeur de la planète, reposant sur le “colonialisme, impérialisme, oppression, génocide”, et sur un “extractivisme raciste et oppressif”.

Les Etats, destructeurs du climat et champions de la répression

Derrière les contorsions des organisateurs et des représentants des Etats participants, qui tentent de convaincre de l’intérêt du sommet, les COP ont fait d’elles-mêmes la démonstration qu’elles ne sont que des cadres au mieux inutiles, au pire nuisibles dans la lutte contre la catastrophe écologique. Les bilans de l’ONU enregistrent les échecs successifs des mesures prises. Des mesures entre les mains des Etats qui d’ailleurs reviennent dans l’écrasante majorité des cas à encourager les entreprises via des financements et à faire payer la crise aux populations. Les discussions autour des « pertes et réparations » illustrent également qu’elles sont avant tout un cadre servant les intérêts des puissances impérialistes.

Un phénomène de plus en plus saillant, et un constat de plus en plus partagé par les militants écologistes. Alors qu’une jeune génération a fait la démonstration de sa volonté de changements profonds, en sortant dans les rues par dizaines de milliers pour exiger un changement de système et pas de climat, ces grandes messes n’ont en effet rien d’autre à leur offrir que des promesses en l’air et celle, bien réelle, d’un futur dans un monde ravagé par la crise écologique.

Les gouvernements européens qui jouent actuellement les champions du climat à la COP27 au côté du régime répressif d’al-Sissi sont également les mêmes qui répriment chez eux les militants écologistes, désignés par Darmanin comme des « éco-terroristes » et mis en prison aussi bien aux Pays bas qu’en Allemagne.

Dans ces coordonnées, il n’y a aucune confiance à avoir dans les Etats, qui démontrent leur incapacité à faire face à la crise via les COP et leur volonté de réprimer tout mouvement écologiste qui osera exiger un peu trop fort des avancées. C’est en toute indépendance de ces Etats, et contre eux, que le mouvement écologiste pourra arracher des mesures à la hauteur de la crise. Un combat qui ne pourra se mener et être victorieux qu’en alliance avec les travailleurs, qui ont récemment démontré leur rôle stratégique et leur capacité à impacter les méga-pollueurs, à l’image des raffineurs de Total et d’Exxon en grève pour les salaires.



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