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Du Pain et des Roses

Transphobie

La transphobie tue : Justice pour Sasha et Ivanna !

L’association Acceptess-T a annoncé dans un communiqué la mort de deux femmes trans en l’espace d’une semaine seulement. La communauté trans est souvent endeuillée de morts précoces, par meurtre, suicide ou des suites de maladies non prises en charge. Cette surmortalité est notamment le produit de la transphobie.

lundi 20 septembre

Crédit image : O phil des Contrastes

L’association Acceptess-T a annoncé ce 18 septembre dans un communiqué le décès de deux femmes trans au cours de la semaine écoulée : Sasha, une jeune femme trans française de 22 ans soutenue par sa famille mais qui s’est suicidée, épuisée par la transphobie à laquelle elle devait faire face au quotidien, et Ivana une femme trans péruvienne travailleuse du sexe âgée de 31 ans retrouvée assassinée dans son appartement par des amies qui n’arrivaient plus à la joindre depuis plusieurs jours.

Ces nouvelles sont tristement habituelles pour les personnes trans qui font face à une surmortalité par rapport aux personnes cisgenres à cause de la transphobie. Une étude canadienne estime qu’une jeune personnes trans sur trois a tenté de mettre fin à ses jours au cours de l’année écoulée, une étude réalisée sur des étudiants trans américains estime qu’ils sont 40 % à avoir tenté de se suicider au cours de leur vie contre seulement 2 à 4 % des personnes cisgenres du même âge. Une étude française réalisée par Arnaud Alessandrin et Karine Espineira en 2014 indique que 85 % des personnes trans interrogées disent avoir été victimes de transphobie et que 60 % d’entre elles ont développé une dépression à la suite de ces violences et que 20 % ont tenté de mettre fin à leurs jours.

La transphobie peut également prendre des formes extrêmement violentes : agressions, viols, meurtres. Le projet Trans Murder Monitoring estime que 350 personnes trans ont été tuées au cours de l’année 2020 en dépit des difficultés à recenser ces crimes. Les victimes de meurtre sont des femmes trans dans 98 % des cas, travailleuses du sexe connues dans près de deux tiers des cas, la plupart du temps racisées, et migrantes pour moitié dans le cas des meurtres ayant lieu en Europe.

Ivana a été assassinée après avoir été contrainte à migrer par la transphobie et maintenue dans le travail du sexe et la marginalité par la transphobie et le racisme. La transphobie, la transmisogynie, le racisme et la putophobie conduisent à une déshumanisation, à une précarité et à un isolement tels que de tels meurtres peuvent se produire dans l’indifférence. Un de ses amis, un homme gay migrant travailleur du sexe a commenté à ce propos : « Après trois jours sans répondre à son portable hier soir ils ont retrouvé le corps assassiné de ma copine, une femme trans péruvienne dans son appartement. Et je me demande pourquoi dès que tu mets un peu de musique dans ton appartement les voisins viennent tout de suite te demander de baisser le son, mais quand tu cries à l’aide, quand tu demandes secours personne vient te voir. Pourquoi ? ».

Sasha s’est pour sa part suicidée malgré un entourage bienveillant, une bonne santé et des études qui la passionnaient. Elle a été usée par la transphobie institutionnelle, les maltraitances médicales, la haine publique et la transphobie quotidienne dont souffrent toutes les personnes trans dans une société transphobe. A l’heure où nous écrivons cet article une autre femme trans ne donne plus de nouvelles depuis une semaine selon une militante de l’association Acceptess-T et son entourage s’inquiète de sa disparition.

Les personnes trans sont particulièrement impactées par les discours réactionnaires, les politiques de casse sociale et de réduction des budgets dans les services publics, par le chômage et la précarité qui se traduisent très tristement et concrètement par des morts évitables comme l’étaient déjà celles de Fouad, de Jessyca Sarmiento, ou de Vanesa Campos. L’État ne garantit ni l’accès à la transition médicale, ni aux papiers, ni au logement pour toutes et tous. Au contraire les femmes trans migrantes et travailleuses du sexe sont exposées au harcèlement de la police cherchant à atteindre des objectifs de reconduites à la frontière.

L’association Acceptess-T met actuellement tout en oeuvre pour ne pas laisser la transphobie médiatique salir la mémoire des victimes. Toutes nos pensées vont à la communauté transgenre et aux proches des victimes.




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