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Société

De plus en plus de policiers municipaux équipés d’armes à feu

La police municipale, bientôt plus armée que le GIGN ?

Flora Carpentier

lundi 29 février 2016

Depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, les pouvoirs publics n’ont pas cessé de renforcer les moyens des forces de répression, que cela soit au niveau de la police municipale ou de la police nationale. Mais depuis les attentats de novembre, avec la promulgation de l’état d’urgence, un nouveau cap a été franchi dans cette surenchère sécuritaire. Le 6 janvier dernier, un arrêté autorisait les agents de la police nationale à porter leur arme en dehors des heures de service pendant toute la durée de l’état d’urgence. Parallèlement, la police municipale est en train de s’armer « en accéléré », comme le révélait un article du Journal du Dimanche ce 28 février. Alors que chaque agent de la police municipale a le droit d’être armé, sur demande individuelle du maire au préfet, les élus municipaux sont de plus en plus nombreux à faire le choix d’armer leur police, avec toutes les dépenses que cela implique. « Nous formions jusque-là 800 à 900 agents par an au maniement des armes à feu. Nous en sommes à 1700 policiers municipaux inscrits rien que pour le premier trimestre 2016 », confie ainsi Olivier Degeorges, responsable « sécurité et police municipale » au sein des services de l’État. En 2013, 82 % des effectifs de la police municipale étaient déjà armés au minimum de matraques, de tonfas et d’aérosols, et 39 % portaient une arme à feu. Alors qu’ils sont de moins en moins nombreux à ne porter aucune arme, le calibre de celles-ci augmente aussi progressivement.

L’Etat au secours des mairies, pour une police municipale de plus en plus armée

En janvier 2015, le ministère de l’Intérieur avait débloqué des budgets pour l’armement des polices municipales, tout en indiquant que celles-ci pourraient accéder aux réseaux de communication de la police nationale et de la gendarmerie. Parallèlement, l’État s’engageait à fournir aux mairies en faisant la demande des armes qui n’étaient plus en service au sein de la police nationale, correspondant à un stock global de 4000 revolvers. À ce jour, 636 armes ont déjà été distribuées, notamment aux polices municipales de Marseille et de Lyon.

Quand il s’agit de faire régner un climat de psychose, et de mieux réprimer les jeunes des banlieues, dans un contexte de guerre contre un supposé « ennemi intérieur », feue l’austérité ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Loin de favoriser la sécurité des personnes, comme l’ont démontré les attentats de novembre, ce renforcement de l’appareil policier n’a fait que conduire à plus de violences policières, en témoignent les crimes policiers, à quelques heures d’intervalle, de Tarek Belgacem à la Goutte d’Or et Mehdi, abattu à Cergy-le-Haut le 7 janvier.

Présenté en Conseil des ministres le 3 février, le projet de loi de simplification de la procédure pénale ne fait que légitimer les crimes policiers perpétrés ces derniers mois, en autorisant un policier à tirer sur une personne présumée dangereuse, même sans être directement menacé.

Contre la brutalité policière : bien des raisons de manifester !

Depuis une vingtaine d’années, des collectifs dans plusieurs villes du monde appellent à faire du 15 mars une journée internationale de lutte contre les violences policières. L’occasion pour les familles de victimes de la police, dont la liste s’allonge d’année en année, de rappeler leur combat pour être entendus face à une justice de classe qui continue à acquitter les policiers assassins, à l’image du meurtrier d’Amine Bentounsi, blanchi le 15 janvier dernier. Cette année, une manifestation aura lieu à Paris samedi 19 mars, qui appelle à se mobiliser « contre le permis de tuer » accordé aux policiers dans le cadre de l’état d’urgence, et que l’armement progressif de la police municipale ne fera qu’aggraver.




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