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Meeting de RP

« Pour gagner, il faut une stratégie dure qui vienne de la base » Anasse Kazib au meeting de RP

Au meeting de Révolution Permanente « comment gagner face à Macron », Anasse Kazib est revenu sur les contradictions du mouvement en cours contre la réforme des retraites et l'enjeu de les dépasser pour gagner. Retrouvez son intervention.

2 février 2023

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Bonsoir à toutes et à tous.

Il est difficile de parler de la situation nationale après cinq interventions aussi qualitatives et que je partage entièrement. Je voulais commencer par vous remercier toutes et tous pour votre présence au nom de l’ensemble des camarades de Révolution Permanente. La dernière fois qu’on était dans cette salle, c’était pendant la campagne présidentielle. C’était un moment fort et important pour nous. Mais j’ai envie de dire que ce soir, votre présence, les discussions et les interventions qu’on a eues sont bien plus importantes que peut l’être un processus de campagne présidentielle. Parce que ce qui est en train de se jouer aujourd’hui, et ce qui se joue aussi dans ce meeting, c’est l’histoire de la lutte des classes.

Vous le savez, on est en train de vivre quelque chose d’important avec les deux mobilisations dont les camarades ont parlé, celles du 19 janvier et du 31 janvier. Non pas uniquement par le caractère massif qu’elles ont pu avoir. Cela a été dit à plusieurs reprises, dès la deuxième journée, c’est à dire hier, on a connu un record du nombre de manifestants depuis au moins 30 ans. On était hier beaucoup plus nombreux qu’au pic de 1995 et qu’au pic de 2010. Ça montre en quelques journées la férocité, la force, la volonté d’en découdre contre cette réforme du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Mais bien plus que la question de la réforme des retraites, je pense que toutes celles et ceux qui sont dans la rue, qui étaient dans la rue hier, qui étaient dans la rue le 19 janvier, cristallisent en réalité ces cinq années de lutte de classes qu’on a connues, notamment depuis la loi El Khomri. Dans la rue, il y a cette nouvelle génération qui s’est levée aux côtés des Gilets jaunes, qui s’est levée aux côtés des cheminots lors de la réforme du ferroviaire, qui était là dans la rue contre la réforme Delevoye, qui a lutté dans les entreprises durant la crise sanitaire pour exiger des masques, pour exiger des mesures sanitaires, cette nouvelle génération qui s’est levée juste après le Covid, à l’image des camarades de Geodis qui ont lutté pendant plus de 30 jours à 100 % de grévistes pour obtenir des améliorations de leurs conditions de travail et de leurs salaires, à l’image des camarades de Leroy-Merlin, de Décathlon, de Sephora et même… de LVMH. Même des travailleurs qui fabriquent des sacs à main à plus de 2 500 € chez Bernard Arnault ont commencé à dire : « nous, on n’arrive même pas à se payer les sacs qu’on fabrique. Et il va falloir que Bernard Arnault, il crache l’argent ! »

Et ce qu’on a vu dans les rues hier, ce qu’on a vu dans les rues le 19 janvier, c’est la cristallisation de tous ces secteurs du monde ouvrier, de ces secteurs de la jeunesse, de ces retraités, de toutes ces personnes qui ont décidé de relever la tête et de sortir de cette période d’atonie qu’on a connue pendant la crise sanitaire. On est en train de retrouver aujourd’hui une phase de lutte de classes, c’est ce qui inquiète le gouvernement. Qu’il le sache : l’ensemble du mouvement ouvrier aujourd’hui est en train de commencer à réfléchir à comment amplifier la mobilisation. Hier, c’était une réussite. Il faut se féliciter, les camarades, de la journée qu’on a vécue, que toutes celles et ceux qui étaient dans les rues se disent qu’on a marché dans la rue à Paris, dans les grandes villes comme Marseille, Lyon, Lille et dans les petites villes.

C’était une journée historique qui est marquée d’une pierre blanche aujourd’hui dans le combat contre la classe bourgeoise, qui nous méprise, qui pensait qu’on allait fermer nos gueules, qui espérait que l’inflation allait nous laisser chez nous, que la crise économique, que la difficulté à vivre, à se loger, à se nourrir allaient nous faire fermer nos gueules. Et bien manque de pot, hier, on était plus de 2,8 millions de personnes dans les rues de France et c’est une fierté les camarades. Comme l’ont dit certains camarades, ce n’est pas uniquement en France que ça se joue, ça se joue aussi en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas et dans bien d’autres pays. On a énormément de puissances mondiales aujourd’hui qui regardent ce qui se passe, notamment en France, parce qu’ils savent que la France est un des épicentres de la lutte de classes. Lorsqu’il y a des grèves en France, lorsqu’il y a des luttes en France, ça se sait à l’échelle internationale et on les surveille comme le lait sur le feu, parce lorsqu’il y eu le mouvement des Gilets jaunes, derrière, on a vu des Gilets jaunes au Soudan, en Irak, en Algérie, en Equateur, au Chili, on a vu des banderoles de personnes qui disaient « de Bouteflika à Macron, même combat ».

Ils savent que si demain, ici en France, face à ce président qu’énormément de magazines internationaux disaient nous envier, si ce président-là, demain, on le renvoie au Touquet, comme disait Frédéric Lordon, ça va donner du moral, non pas uniquement aux camarades d’ONET comme le disait tout à l’heure Fernande, mais à l’ensemble de la classe ouvrière à l’échelle internationale. Ils vont se dire que si les travailleurs en France ont pu faire reculer le gouvernement face à une contre-réforme de ce niveau-là, et bien, nous aussi, aux États-Unis, en Équateur, au Chili, en Algérie et ailleurs, on est capables aussi de faire comme le prolétariat français, comme la jeunesse française, de se mobiliser, de se réveiller.

Je reviens à la mobilisation qu’on a connue hier et qui a eu un caractère historique en termes de chiffres, mais aussi par sa base sociologique. Moi, j’ai vu qu’à Tulle, la ville de François Hollande, il y avait plus de 10 000 manifestants et manifestantes qui étaient dans les rues. C’est la combinaison aujourd’hui de ce qu’on pourrait qualifier le prolétariat des grands centres villes, des grandes agglomérations, et le prolétariat des villes périphériques, de cette France périurbaine. On a la chance d’avoir encore une fois un mouvement potentiellement ultra-subversif comme Emmanuel Macron nous les sert sur un plateau systématiquement.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis des décennies, nous avons des secteurs de la classe ouvrière qui n’étaient pas ensemble dans la rue au même moment qui, hier, ont fait la démonstration qu’ils étaient prêts à lutter, à se battre côte à côte contre cette réforme d’Emmanuel Macron. Mais en plus de ces secteurs du privé et du public, des petites villes, des grands centres villes, il y a également eu la jeunesse qui a commencé à se réveiller cette semaine, qui a commencé à organiser des Assemblées générales, des blocages de lycées et autres.

On a eu également énormément de retraités qui étaient dans les rues hier. Non pas pour dire qu’ils étaient concernés par l’allongement de la retraite, mais pour montrer leur solidarité avec les travailleurs et travailleuses, avec toute la génération future. J’ai croisé une retraitée qui m’a dit : « Moi, je suis dans la rue parce que j’en avais marre d’entendre à chaque fois dans les médias que les seuls qui soutenaient la réforme, c’était les retraités. » Et elle expliquait que les retraités, eux aussi, sont contre cette réforme-là parce qu’ils ont des enfants, des petits enfants et ils ne veulent pas que les générations futures crèvent au boulot, avec des pensions de retraite de misère. Et c’était une fierté.

Mais en plus de cela, et c’est quelque chose qui est assez notable, extraordinaire, c’est qu’Emmanuel Macron a ramené même une partie de sa base électorale. Il y a des gens qui ont voté Emmanuel Macron, parfois à deux reprises, qui étaient dans les rues hier. Il faut savoir qu’il y a des taux de grévistes chez les cadres spectaculaires. Il y a des taux de grévistes chez les cadres qui sont supérieurs aux classes A, au secteur ouvrier dans les entreprises. Pour vous dire, hier, il y avait même une directrice des ressources humaines à la SNCF dans un établissement de plus de 1500 salariés, qui était dans le cortège de Sud-Rail.

Je ne dirai pas dans quel établissement elle est pour qu’elle garde son emploi et sans aucun doute qu’elle nous mettra sur la gueule dès qu’elle pourra avec des réorganisations, etc. Mais c’est pour vous dire à quel point cette question de la réforme des retraites, de l’allongement à 64 ans, dépasse énormément de choses. Mais vous le savez, les gens ne se mobilisent pas uniquement sur cette question de la réforme des retraites.

C’est l’ensemble du quinquennat d’Emmanuel Macron qui est remis en cause. C’est l’ensemble de leurs politiques néolibérales depuis des décennies que nous leur crachons à la gueule aujourd’hui. Et tout à l’heure, quand je parlais de nos camarades anglais, c’est une fierté de voir comment le prolétariat anglais, aujourd’hui, a sorti la tête de l’eau. Deux décennies où on expliquait que le prolétariat anglais était écrasé, défait par Thatcher, et que plus jamais on ne verrait de grèves, de manifestations immenses au Royaume-Uni. Et c’est une fierté de le dire aujourd’hui, pendant que nous sommes en train de lutter, il y a des manifestations records en France. Mais il y a aussi des manifestations record en Angleterre et je pense que, comme nos camarades anglais aujourd’hui, comme les camarades en Espagne, en Allemagne et ailleurs, on ne se bat pas uniquement contre des réformes, pour des histoires de trimestres en plus, mais contre tout ce monde-là qu’ils essayent de nous imposer, contre la casse de nos conditions de travail et de salaires.

Il y a quelque chose qui est spectaculaire. Je pense qu’on l’a tous vécu. C’est la question de la crise sanitaire, que l’on soit jeunes, travailleurs ou retraités, la période de la crise sanitaire nous a marqués au fer rouge. Aujourd’hui, beaucoup d’éditorialistes, de sociologues du monde du travail expliquent qu’il y a une crise du travail. Ils ne disent pas que les gens sont fainéants, il y a même beaucoup plus de production et beaucoup plus de travailleurs qu’il y a quelques décennies en arrière mais que les travailleurs sont en train de repenser leur rapport au travail : que veut dire le travail ? Pour quelles raisons ils travaillent ? Dans quel but ? Pour quel avenir aussi ? Et aujourd’hui, si les gens sont dehors, c’est parce qu’on est en train de repenser justement ce monde-là. De dire notre haine des cadences et de l’exploitation qu’ils nous imposent. Ça me déchire le cœur quand je vois un camarade comme Moussa qui va avoir 68 ans, qui est encore debout en train de travailler à pousser des palettes qui lui cassent le dos.

Et cela pour 1 850 euros à 68 ans et même quand il partira à la retraite, il va partir avec quoi les camarades ? 50 % des 25 meilleures années de salaire faites, 50 % de 1 800 euros ! Sortez vos calculettes. Sa pension pleine à 100 %, c’est quoi ? 1 150 euros ? Qui vit avec ça et qui peut vivre demain avec 1000 balles avec des loyers qui sont à 700, 800 euros, même plus de 1 000 euros aujourd’hui ? La réalité les camarades, c’est qu’ils ne veulent pas que la classe ouvrière puisse avoir une retraite, puisse vivre dignement. Ils ne veulent pas qu’on profite. Ils veulent simplement essayer de voir comment ils peuvent nous exploiter encore plus parce qu’ils ne veulent pas payer. Ils ne veulent pas passer à la caisse pour les salaires, ils ne veulent pas passer à la caisse pour les retraites.

Mais par contre, on nous expliquera toujours à quel point Bernard Arnault est fantastique, qu’il crée des emplois, qu’il crée de la richesse et que les patrons de Renault, de PSA et autres sont des patrons que le monde nous envie. Mais il n’y a personne qui vient les chercher. Bizarrement, ils sont toujours là en France. Je vais demander au patron de PSA, s’il est si fantastique, qu’il rentre dans les usines, qu’il sorte tous les travailleurs de ses usines et qu’il nous montre combien de voitures il est capable de créer, lui qui crée de la richesse, qu’il nous montre avec ses mains combien de richesses il arrive à créer dans son usine. Qu’ils nous montrent combien de palettes ils sont capables de pousser. Ils ne font pas la moitié de ce qu’on fait à 35 ans, et ils veulent nous le faire faire jusqu’à 68 ans. C’est tellement des fainéants que quand il y a grève, ils ramènent des intérimaires qu’ils payent plus que les travailleurs, plutôt que de faire le travail. C’est ça ce qu’ils veulent essayer de nous imposer, un monde dans lequel on est obligés de fermer nos gueules. Et ce qui est important aujourd’hui, c’est que ces mobilisations sont en train de pointer du doigt toutes ces problématiques.

Et les camarades, je le dis, nous pouvons gagner. On peut gagner mais il va falloir dire quelques vérités. On ne veut pas, avec les camarades de Révolution Permanente faire des meetings juste pour raconter nos vies. Ce qu’on veut c’est que ce meeting serve à gagner, et c’est pour cela qu’on essaye de modestement de donner une boussole de compréhension de ce qui est en train de se passer, de comment, nous, on peut essayer aussi de changer les choses, comment on peut essayer de mettre notre pierre à l’édifice dans cette lutte, lui donner le caractère le plus offensif, le plus politique, le plus radical.

Et pour cela, il faut d’abord tirer le bilan de ce qui est en train de se passer aujourd’hui. Il y a des millions de personnes dans les rues, il y a des millions de grévistes, il y a des retraités, des cadres, des jeunes. Mais bizarrement, personne d’entre nous dans cette salle décide de la moindre chose. Les assemblées générales partout sont vides, sinon la présence de quelques poignées de dirigeants syndicaux et de militants syndicaux locaux. Personne ne vient en assemblée générale. Parce qu’on ne décide de rien. Même chez les syndiqués, même chez les dirigeants syndicaux. Il n’y a pas une fédération où ils étaient capables de savoir quelles seraient les prochaines dates. C’est quand même incroyable. On se satisfait du nombre, de la puissance de la force de notre camp social à pouvoir lutter et avancer, à revendiquer. Mais bizarrement personne ne facture. Qui décide ? Qui est le dirigeant qui dirige ces mobilisations ? Eh bien ce n’est pas nous les camarades, c’est le règne des rumeurs : « à ce qu’il paraît. À ce qu’il paraît, Berger il a dit à Martinez et Martinez, il lui a dit, et le gars de Solidaires, il fait 7%, du coup, tu comprends, Il ferme sa gueule, il n’a rien à raconter. »

Berger nous dit : « Je n’ai pas trop l’habitude d’appeler à des grèves et c’est déjà la deuxième journée. On va les appeler le samedi, mais ce n’est pas pour moi, c’est pour les précaires. » Mais Fernande elle lui dit : « moi j’étais en grève le 31. Moi, j’étais là, en grève avec tous mes collègues. On a perdu du salaire. » Les précaires, ils ne sont pas là le samedi. Le samedi, ils essayent de se reposer de leurs cinq journées de fatigue pendant lesquelles ils n’ont pas pu profiter de leurs enfants, de leur famille. C’est le seul moment où ils peuvent faire les courses. Les gens travaillent la semaine et ils n’ont pas le temps d’aller faire des courses, le seul moment, c’est dans leur temps de repos.

Et quand t’es un travailleur du nettoyage, un maçon, un agent de sécurité, eh ben oui, ce n’est pas le samedi que tu vas manifester. Et pourquoi ils devraient manifester le samedi ? Les travailleurs précaires, on les convainc, on leur dit que ce qui leur arrive c’est dur et que s’ils ne se battent pas, ils vont payer et qu’on veut qu’ils luttent maintenant plutôt que le samedi.

La question c’est de savoir comment on fait pour les Moussa qui gagnent 1800 balles et qui ont encore quelques mois à tirer pour la retraite ? Comment on va venir sacrifier un mois de salaire ou deux mois de salaire ?

Il faut des revendications qui permettent à l’ensemble du mouvement ouvrier, à la jeunesse de rentrer dans la bataille. Mais le problème, c’est que, comme l’a dit Adrien tout à l’heure, ils ne veulent pas parce qu’ils savent que ce serait commencer à politiser la mobilisation.

Nous, les camarades, on considère qu’on peut gagner. Mais il va falloir que les choses, elles changent radicalement. Il va falloir élargir le socle de revendications. On ne peut pas dire juste : rejet de la réforme des retraites. Déjà le retrait, on ne devrait même pas le demander. Et je vous invite à lire les communiqués de l’intersyndicale. Il n’est même pas écrit le mot « retraite », même le mot « retraite », ils n’ont pas envie de l’écrire. Mais on veut aussi parler des salaires, du service public. On a envie de parler de la question climatique, on a envie de parler de politiques xénophobes contre l’immigration. On a envie de parler d’énormément de choses. Dans ces mobilisations, les gens sortent pour plein de raisons parce qu’ils savent que demain, une défaite contre le gouvernement d’Emmanuel Macron serait terrible. Et ça, il faut qu’on l’ait en tête. Une grève, ce n’est pas toujours victorieux, ce sont même souvent des défaites. On l’a vu ces 25 dernières années.

Mais bizarrement, les victoires, elles, sont toujours à l’image des grèves de Onet ou de Géodis. Ce sont toujours des grèves dans lesquelles l’ensemble des travailleurs sont mobilisés, unis et où ce sont eux qui décident de A à Z de l’ensemble des choses qu’ils font du matin au soir, de l’ensemble des revendications. Des grèves où il n’y a personne qui pèse plus que l’autre. Il n’y a pas de Martinez dans les grèves de Géodis. Mouloud, qu’on a vu ici, c’est un leader. Mais nous on a vu Mouloud, il est obligé de la fermer devant ses collègues et de dire ce qu’ont dit les patrons. Et ce sont ses collègues qui lèvent la main et c’est grâce à ça, c’est grâce à cette main levée, grâce à la présence des camarades en assemblée générale, qu’ils arrivent à faire reculer le patron.

C’est de la même manière que les travailleurs Onet ont tenu 45 jours, parce qu’ils ont mis un point d’honneur tous les jours à être en assemblée générale. Mais pourquoi on est 1,8 million dans les rues et personne ne vient en assemblée générale ? La grève, elle est bizarre. Il y a tellement de monde dans les rues, mais dans les assemblées générales, il ne se passe rien. Il n’y a pas la moindre action. Citez-moi une seule action combative que vous avez pu voir dans les deux journées ? Rien.

Et même pour vous dire, tout à l’heure, j’étais chez le coiffeur. Je me disais que Martinez et Berger devraient aller chez mon coiffeur parce qu’il est beaucoup plus stratégique. Il m’a dit « Ah, c’était comment ? Franchement, il y avait du monde et tout à la télé. » Je ne fais pas de critiques sur mon coiffeur. ll est malheureusement comme beaucoup d’artisans, d’indépendants qui galèrent et qui avec qui je parle beaucoup des questions d’électricité etc. Mais il y a beaucoup de colère et beaucoup de soutien. Ce sont des gens qui font partie de notre classe, qui essayent de se débrouiller, qui n’ont pas des diplômes. Mon coiffeur vient d’Algérie, il essaie de se débrouiller, de faire des petits boulots.

Et il me dit avec ses mots : « ça se voit qu’il y a eu du monde d’ailleurs. Mais Macron ne va pas reculer là-dessus. » J’ai dit « comment ça ? » Il me dit « c’est trop gentil. En 2019, il y avait plus de métro, c’était la galère. Ou bien les gilets jaunes. Ils avaient peur des gens. De toute façon, s’il y a pas une grève illimitée, il y aura rien du tout. »Et j’ai trouvé fantastique ce que m’a dit le coiffeur parce qu’il avait totalement raison. Oui, il a totalement raison et tout le monde le sait, tout le monde le voit.

Emmanuel Macron l’a dit d’ailleurs : « je ne reculerai pas face à la réforme. On l’a dit, les 64 ans sont non négociables. Ce n’est pas la rue qui décide, etc. » Ils ont tous compris. Les seuls qui n’ont pas compris, ce sont les dizaines de mecs de l’intersyndicale qui attendent 20h un soir de manifestation pour donner la date à laquelle ils ont pensé parce qu’ils ne veulent pas de radicalité, qu’ils ne veulent pas que les gens s’expriment, que les travailleuses, les travailleurs, la jeunesse décide du mouvement. Ils ne veulent pas d’actions black rock. Ils ne veulent pas d’entrée des cheminots dans les sièges de la SNCF qui vont interpeller des cadres, des dirigeants, des patrons. Ils ne veulent pas voir des travailleurs envahir le siège de la République en marche. Et pourquoi ils ne veulent pas ? Pour la simple et bonne raison que la bureaucratie syndicale ne veut pas être débordé, ils veulent la passivité..

Ce sont ces dirigeants-là qui sont responsables des 25 dernières années de défaites. Leur unité, c’est l’unité de la défaite, l’unité, les logos sur une feuille, c’est l’unité de la défaite. Qui peut dire que tu es obligé de cantonner les revendications à la seule question des retraites ? Parce qu’ils savent que la seule unité capable de renverser cette réforme, de pousser jusqu’au bout autant que nos forces nous le permettront, c’est l’unité des travailleurs, des travailleurs dans la lutte, celle des hommes qui sacrifient du salaire et qui, chaque matin, viennent dans les assemblées générales, décident de ce qu’ils font.

Et c’est cette unité des travailleurs qu’il va falloir la construire. Les camarades, elle est centrale, il se joue des évènements graves lorsqu’il y a des périodes de lutte de classes qui sont gagnantes ou perdantes. Parfois on ne le mesure pas et je vous laisse, je vous incite vraiment à regarder ce qui se passe à l’échelle internationale.

À côté il y a des pays et des grandes puissances qui sont en train de s’armer, qui ont augmenté les budgets militaires. Il y a Zelensky en Ukraine, qui tous les matins demande des missiles et des chars. Les travailleurs regardent ce qui est en train de se passer. Macron donne 100 milliards de plus pour acheter des missiles et ils nous disent que c’est pour la paix.

Ils sont inquiets parce qu’ils savent que les choses, elles, peuvent déborder, comme on dit. Il suffit d’une étincelle pour que le printemps social décide de renverser la table définitivement. Il y a des évènements de la lutte de classe qui peuvent faire basculer les choses. Et si demain on perd après avoir mis 2,8 millions de personnes dans les rues, avoir fait des taux de grévistes record, ce serait quand même un sacré coup de massue sur la tête. Il faudra aller ramasser les gens après derrière. Quand on a mis 2,8 millions de gens dans la rue, que t’as bombé le torse et que tu perds, le risque c’est que que les gens disent qu’au final on a perdu et que ça ne sert à rien, que les grèves, ça sert à rien. Et qu’après ils disent : « De toute façon moi je vais voter Le Pen comme ça j’explose tout. Je vais ramener les fascistes d’extrême droite comme ça j’explose tout. » Et celle qui ramasse le plus et qui ramassera en cas de défaite, c’est l’extrême droite, c’est Marine Le Pen. Darmanin est déjà en train de leur préparer le terrain. Parce que juste après la réforme des retraites, il y a la loi immigration pour aller faire encore plus la chasse aux Noirs et aux Arabes.

« Je vais les faire bosser jusqu’à 67 ans et je vais leur faire la guerre demain » : c’est tout ça qui se joue les camarades et ce serait terrible et je ne le souhaite pas. Je préfère dire les vérités pour qu’on ait conscience de ce qui est en train de se jouer. Et pour ça, j’espère que vous ressortirez de cette salle non pas juste avec des paillettes dans les yeux ou quelques beaux discours, mais avec la volonté de voir comment, depuis votre position, depuis où vous êtes dans un lycée, une fac, une entreprise, dans une usine ou autre, partout où vous êtes, comment vous allez pouvoir faire en sorte que dans ce destin qui peut basculer d’un camp d’un côté ou d’un autre, vous y mettez votre pierre à l’édifice. Parce que si on gagne, les amis, ça va nous faire du bien. Mais pour convaincre, il va falloir qu’on soit massivement dans les rues, qu’on motive nos collègues à venir en assemblée générale, à construire des cadres interprofessionnels.

Tout le monde est chaud. Les raffineurs sont chauds, à la RATP, ils sont chauds, les cheminots, ils sont chauds, partout. Tout le monde est chaud, mais tout le monde attend tout le monde et parfois on se demande à quoi servent les confédérations. C’est quand même bizarre. Tu vas au siège de la CGT à Montreuil, ils sont tous dans le même couloir. Alors discutez entre vous si vous êtes tous chauds ! Pourquoi ils ne font pas ça ? Parce qu’ils ne veulent pas que ça se généralise. Ils ne veulent pas de généralisation de la grève. Ils disent souvent il n’y a pas de bouton pour la grève générale et je suis d’accord avec eux. Il n’y a pas de bouton pour la grève générale.

Par contre, ils ont toujours le bouton des grèves saute-mouton, des grèves perlées . Qu’ils aient appelé au 7 et au 11, c’est une demi victoire parce que ça les oblige à monter d’un cran alors qu’ils ne voulaient pas monter d’un cran. Parce que, je vous le dis, les rumeurs qui circulaient, c’était uniquement samedi et une prochaine date après les vacances. Vous imaginez ? Vous mettez 2,8 millions de personnes dans la rue, vous appelez un samedi et puis une autre date au mois de mars ? C’est incroyable quand même. C’est comme si vous aviez les meilleurs joueurs de foot dans votre équipe et vous alliez chercher les moins de 16 ans pour faire la finale de la Coupe du monde.

C’est quand même incroyable. Ils ne veulent pas que ça durcisse parce qu’ils craignent l’effet gilets jaunes et les débordements. Les éditorialistes ont peur eux aussi, ils sont là « mais vous n’avez pas peur de vous faire déborder par la base ? ». Comme le disait tout à l’heure Adrien, il faut les déborder. Mais pour les déborder, il faut aller chercher l’ensemble des secteurs du mouvement ouvrier sur une stratégie dure, sur des grèves reconductibles. Pas pour faire un fétiche de la grève reconductible, mais parce que la grève reconductible, c’est la grève qui appartient aux travailleuses, aux travailleurs.

C’est le seul moyen de faire reculer le gouvernement. Parce que vous vous doutez bien que pour qu’Emmanuel Macron mette fin à son quinquennat, il va falloir bien plus que des journées de 24h et bien plus que des journées bien encadrées. On travaille ensemble, on grève ensemble, mais dès qu’on arrive à Place de la République, « il est là-bas mon camion à moi, salut ! On se revoit demain. Moi, c’est Sud-Rail, moi c’est la CFDT » et on manifeste derrière des ballons. Il n’y a pas de banderole, c’est interdit de faire une banderole de ton chantier, C’est interdit de manifester avec des collègues, tu es un gauchiste si tu fais ça, non.

Ils nous parlent d’unité des travailleurs, mais ils font des tirages au sort pour savoir quel syndicat sera devant. Elle est où votre unité ? Les travailleurs dans les luttes, ils savent très bien qu’ils doivent se serrer les coudes parce que leur sort en dépend.
Ils nous disent, « faites attention, l’unité est fragile, il ne faut pas chauffer Berger pour une fois qu’on les as avec nous ». De grâce les amis, ne sortez pas avec cette idée-là de ne pas froisser untel ou untel : si t’as pas envie de te battre pour faire reculer le gouvernement Macron, dégage, ici ce sont ceux qui veulent se battre.

Les camarades, très sincèrement, comme je le dis depuis le début, on voulait que ce meeting vous serve de boussole, participe à aider aussi au changement de votre subjectivité, parfois en disant des choses dures quand on parle de la guerre, etc. Et c’est toujours plus facile de fermer les yeux et de se dire que les choses, elles, ne peuvent pas arriver. Mais on a vu et je pense que toutes les personnes ici présentes dans cette salle ont vécu des choses difficiles dans les dernières heures, dans les derniers mois, dans les dernières années. Jamais personne n’aurait pensé qu’il fallait devoir faire une attestation pour aller chercher une baguette à la boulangerie. Jamais personne n’aurait pensé penser voir son père ou sa mère crever du Covid. Jamais aucun étudiant n’aurait qu’il allait rester enfermé trois mois, quatre mois dans sa chambre de bonne, à ne pas pouvoir sortir. Jamais aucun sans papiers ne s’est dit qu’il allait rester dans son foyer Sonacotra pendant trois semaines, un mois enfermé parce que déjà quand il y a des millions de personnes dans les rues, quand il sort, c’est le premier qu’on attrape pour le contrôler. Alors quand les roulettes sont vides, il préférait rester dans leur foyer, parfois crever de faim.

Et oui, il y a des événements comme ça qui nous tombent dans la gueule. Il y a parfois des travailleurs qui pensent qu’ils vont arriver à 67 ans et malheureusement, ils n’arrivent même pas à 60 ans. Combien de travailleurs sont morts avant même de voir la couleur de leur retraite ? Et ça, c’est le lot de l’ensemble des précaires, ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui parmi les travailleurs. Nous sommes de plus en plus nombreux à avoir de l’hypertension artérielle, du diabète, des problèmes de dos, de vue. Aujourd’hui, ils disent qu’on va travailler jusqu’à 64 ans, mais même les patrons ne le veulent pas. A 64 ans, on a des médicaments, on est moins productifs, moins exploitables, on leur coûte plus cher, parce qu’il y a une prime d’ancienneté, parce que ça fait tant d’années, parce que tu l’emmerdes, parce que t’as 30 ans d’expérience et tu sais comment c’était il y a 30 ans et que tu leur expliques tous les matins. Alors que le jeune que tu viens d’embaucher ne connaît rien de toutes les conditions de travail qui existaient il y a 20 ans. Alors il ne veulent pas de travailleurs qui ont 64 ans. Ils nous dégagent.

C’est pas une histoire uniquement de trimestres ou de taux plein ou de taux réduit ou de décote ou autre. C’est contre tout ce monde et avec les camarades de Révolution Permanente, on a envie de vous inviter aussi à prendre votre part dans cette mobilisation. C’est ce qu’on portait déjà, il y a un an, dans cette même salle, au moment de la campagne présidentielle à laquelle un certain nombre d’entre vous ont peut être participé.

Mais aujourd’hui, c’est encore plus important et on a besoin d’avoir une organisation révolutionnaire qui, avec ses petites forces, ses petits bras, essaye de changer les choses. Une organisation qui ne se cache pas devant Martinez.

On veut une organisation révolutionnaire qui essaye de jouer un rôle de premier plan dans la lutte de classe. Un journaliste me disait il y a peu : « Révolution permanente, on vous voit partout. » Et il n’a pas tort. Je lui ai dit : « Si vous saviez qu’on était environ 400 militants ». Il m’a répondu : « Vous êtes que 400, c’est incroyable ça. Vous avez des travailleurs partout, etc. ». On aimerait que ce soit plus vrai encore. Je le dis vraiment modestement. On essaye de jouer un rôle, que ce soit avec notre journal, les éditoriaux qu’on fait, la mise en avant des camarades comme Fernande, l’aide qu’on essaye d’apporter dans la grève des camarades de Geodis, les collectes d’argent dans les facs, nos luttes les gares, dans les dépôts de bus, dans les raffineries, etc

Vous le savez ça, on n’a pas besoin de vous dire, vous le savez, si vous êtes présents aujourd’hui, ce n’est pas par hasard, c’est parce que vous suivez et que je pense que vous êtes sympathisants aussi de Révolution Permanente et on vous en remercie. Notre force, c’est vous. Si on arrive à faire tout ce qu’on fait, c’est parce que vous êtes à nos côtés et on a besoin que vous preniez votre part.

On a fait un congrès de fondation il y a un mois. C’est une véritable fierté. Et aujourd’hui, on est fiers d’être plus que debout, plus forts, plus que combatifs. Et on vous invite toutes et tous, les camarades, à rejoindre le front de la lutte révolutionnaire et, peut-être, je l’espère, qu’il y a parmi vous les futures travailleuses et travailleurs et surtout les futures militantes et militants de Révolution Permanente qui luttent avec la seule volonté d’en finir avec le système capitaliste, en finir avec l’ensemble des oppressions et l’ensemble de l’exploitation.


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Après une semaine de forte mobilisation dans le 93, quel plan pour l'Éducation ?

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Education. Dans le 95, la mobilisation se construit autour du lycée Simone de Beauvoir

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Grève : l'usine Bosch de Mondeville à l'arrêt contre la menace de suppression d'emplois

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