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« L’omerta c’est fini » : des soignants du CH de Valence victimes de harcèlement moral

Depuis plusieurs mois, la CGT fait part de nombreux cas de harcèlement moral de la part d’une cadre d’une unité de soins longue durée gériatrique au centre hospitalier de Valence. Des coups de pressions quotidiens qui mettent en grand danger psychique les soignants de cet hôpital. Et face au manque de réaction de la part de la direction, la CGT et les soignants s’organisent pour obtenir justice et une protection pour les victimes.

vendredi 16 avril

Crédits : © Radio France - Mélanie Tournadre

Cette affaire de harcèlement, dénoncée depuis l’été 2020 dure en réalité depuis plusieurs années. La responsable ? Une cadre de l’unité de soin longue durée gériatrique qui fait subir coup de pressions, chantage pour ne pas renouveler les contrats, atteinte à la vie privée et harcèlement moral répétés à des agents d’Albizzia hébergement, censé se trouver sous sa responsabilité. Ces agents décrivent une dégradation des conditions de travail, une forte augmentation du stress, de l’angoisse et des tensions majeures au sein de l’équipe qui provoquent burn-out, prise de médicaments voire tentative de suicide pour l’une d’entre eux : « C’était mon premier emploi, ça a été burn-out, tentative de suicide, prise de médicament, la totale ». Parmi les victimes, on retrouve un schéma spécifique : ce sont souvent des jeunes femmes qui sont visées, qui commencent à peine dans le métier, contractuelles donc plus facile à dégager si besoin, même si quelques titulaires se retrouvent aussi être touchés. 

Contacté par nos soins, Karim Chkeri, secrétaire syndical CGT à l’hôpital de Valence nous a expliqué plus en détail l’affaire, aujourd’hui en suspens. Ainsi, la CGT, alertée par les agents, dénonce des risques majeurs pour la vie, la sécurité et la santé de ceux-ci. 

Le syndicat a tout d’abord alerté le directeur de l’hôpital pour qu’il puisse prendre des mesures conservatoires afin de protéger les victimes, sans réponse concrète. Des témoignages ont donc ensuite été demandés par la direction pour qu’elle puisse être en capacité d’agir. Cela a été fait et les témoignages ont été transmis à la DRH. Une première, qui lance une bombe pour la direction. En effet, plusieurs avertissements avaient été émis auparavant sans que les victimes décident de témoigner. Mais malgré l’obligation de respect de l’anonymat de ceux-ci, l’identité des concerné.e.s a été révélé et la cadre accusée se trouve être au courant selon la CGT. Ce qui a renforcé le harcèlement et la pression sur les victimes, accompagnée cette fois d’une partie de l’équipe médicale soutenant la cadre. Pendant ce temps, la DRH refuse l’accès aux témoignages par la CGT, alors même qu’il s’agissait d’une enquête conjointe avec le syndicat. 

Pendant des échanges par mails entre la CGT et la direction, cette dernière explique ne pas voir l’utilité de protéger les agents. Il faut alors le dépôt d’une procédure de Danger Grave et imminent le 15 octobre pour pouvoir déclencher une enquête de grande ampleur. C’est aussi après insistance que la direction décide finalement d’appliquer la mesure conservatoire et extrait la cadre du service pour la sécurité des agents. Cinq mois après, en décembre, la direction finit par décider qu’au vu des témoignages, les faits sont suffisamment graves pour relever d’une commission de discipline, le 25 mars. Mais le 8 mars, la CGT est informée que la direction ne demandera pas de sanction à cette commission. La révocation de l’accusée n’est donc pas envisageable, la CGT s’attend à un blâme ou a une mise a pied mais rien de plus. 

Le 25 mars s’est donc organisée une journée de grève, en soutien aux victimes de harcèlement, ainsi qu’un rassemblement le matin devant les bureaux de la direction de l’hôpital. Les revendications sont simples : entendre les victimes et dénoncer cette mascarade. Appelée par la CGT et SUD Santé Sociaux, une cinquantaine de personnes était présente. Mais dans l’après midi était aussi présente une partie de l’équipe du service concerné pour soutenir la cadre à son conseil de discipline. Des cadres et des médecins qui sont dans un « déni »que Karim Chkeri qualifie de « problématique », pour qui des avertissements ont été émis parce qu’ils avaient fait pression sur les victimes, mais évidemment sans réponse.

Selon lui, il est très clair que la direction couvre cette cadre et dénonce une « mascarade ». Comme il l’explique, il y a « deux poids deux mesures » : alors que les contractuels sont convoqués pour des broutilles comme le port d’un bonnet au sous-sol ou avoir joué avec de l’eau, s’en suivent des sanctions (suspension de salaire, rapports, voire fin de contrats), tandis que les pro-cadres restent protégés derrière la direction. Mais ce n’est pas la première fois que les syndicats et soignant.e.s doivent faire face à ce genre de situation. L’affaire de l’hôpital de Soissons datant d’environ un mois à beaucoup de choses en commun avec celle de Valence et pour commencer la présence du même directeur d’hôpital. Là aussi, une cadre a été accusée de harcèlement moral, pour qui une plainte pour harcèlement a été déposée. Mais elle a également été couverte par la direction. 

Le directeur a donc une responsabilité pénale, selon le code du travail, qui précise “qu’aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel". Ainsi, la direction se retrouve encore responsable face à des cas de harcèlement moral et ne fait rien pour protéger ces travailleur.ses déjà sujet au stress de se trouver en première ligne face au Covid. En effet, à cette pression s’ajoute le manque croissant de personnel que dénonce Yohan Pannetier, secrétaire SUD Santé Sociaux à l’hôpital de Valence : « On a de moins en moins de personnels, avec une surcharge de travail importante, avec le covid en plus ; si on ajoute par-dessus des managements délétères et bien ça devient dramatique ». Or comme l’explique Karim Chkeri : « L’omerta c’est fini, il faut libérer la parole, que la direction prenne enfin en compte ces faits graves ». Nous exprimons tout notre soutien envers les victimes du CH de Valence et nous dénonçons tout autant cette mascarade de la part de la direction qui méprise le travail et la vie des soignant.e.s les plus précaires !




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