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International

Guerre en Ukraine

L’UE veut réduire sa dépendance du gaz russe auprès de la dictature égyptienne et d’Israël

La guerre en Ukraine a accéléré les plans de l’UE pour réduire sa dépendance du gaz russe, quitte à passer des accords avec des dictatures et des Etats coloniaux comme l’Egypte et Israël, sans mentionner les tensions régionales que cela rouvre.

jeudi 16 juin

L’un des effets de la guerre en Ukraine a été d’agir comme un accélérateur de certaines tendances de l’économie mondiale. Elle a par exemple accéléré les rythmes de la dynamique inflationniste internationale. Mais elle a également poussé l’Union Européenne à chercher de nouveaux partenaires pour réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz et du pétrole russes. C’est dans ce contexte que mercredi dernier l’UE a signé un accord avec Israël et l’Egypte pour exporter le gaz israélien vers l’Europe.

Evidemment cette politique implique des contradictions avec les discours officiels. En effet, les dirigeants de l’UE expliquent cette recherche de nouveaux partenaires comme étant une réponse à l’agression russe en Ukraine et au régime autoritaire de Vladimir Poutine qui n’hésite pas à utiliser le pétrole et le gaz russe comme des moyens de faire pression sur les européens. Or, le régime du maréchal Abdel Fattah al-Sissi est une dictature répressive qui a noyé dans le sang le processus du « printemps arabe » en Egypte ; pour sa part l’Etat colonialiste d’Israël et sa politique d’oppression systématique du peuple palestinien n’a rien à envier à l’oppression que la Russie exerce sur l’Ukraine. Cependant, ici les déclarations et discours officiels ne servent en réalité qu’à dissimuler les véritables intérêts économiques et géopolitiques qui sous-tendent les décisions de la Commission Européenne.

L’accord, qui était discuté depuis mars, consiste à augmenter l’extraction de gaz des gisements des côtes israéliennes et de le conduire par des gazoducs vers des ports égyptiens où il sera liquéfié puis exporté vers l’UE. La Commission Européenne a déclaré qu’elle espère faire passer les importations de gaz depuis l’Egypte de 5 milliards de mètres cubes à 7 milliards de mètres cubes en 2022.

Cependant, cet accord est loin de substituer les importations de gaz russe. Comme on peut le lire dans le Washington Post : « selon les experts, l’approvisionnement d’Israël, extrait de trois champs gaziers offshore en Méditerranée, sera loin d’atteindre la capacité russe. Israël produit environ 12 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, mais les analystes du secteur affirment qu’il existe au moins le double de cette quantité dans des réserves inexploitées. En 2021, l’Union européenne a importé 155 milliards de mètres cubes de gaz naturel de Russie, ce qui représente environ 45 % des importations de gaz de l’UE. Mais Alex Coman, expert en énergie à l’université de Tel Aviv, a déclaré que la contribution d’Israël devient de plus en plus importante alors que la guerre en Ukraine pousse l’Europe vers une "stratégie plus fragmentée", dans laquelle elle achètera de plus petites quantités d’énergie à plusieurs pays différents ». En effet, depuis le début de la guerre, l’UE a également signé des accords gaziers avec les Etats-Unis et le Qatar.

Pour sa part, la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré depuis Le Caire où l’accord a été signé : « avec le début de cette guerre et la tentative de la Russie de nous faire chanter par le biais de l’énergie, en coupant délibérément les approvisionnements énergétiques, nous avons décidé de couper et de nous débarrasser de la dépendance aux combustibles fossiles russes, de nous éloigner de la Russie et de nous diversifier vers des fournisseurs dignes de confiance ». Or, cette politique de diversification des fournisseurs d’hydrocarbures est menée par l’UE, de concert avec les Etats-Unis, depuis plusieurs années, non sans créer des contradictions et des disputes à l’intérieur et entre les Etats des régions concernées.

L’exemple des gisements de gaz de la Méditerranée orientale est un cas d’école. L’intérêt renforcé de l’UE pour le gaz de la région a ravivé des tensions et des conflits de démarcation frontalière, notamment les frontières maritimes. Ainsi, le Liban a exprimé à nouveau cette semaine sa protestation face à l’exploitation par Israël du gisement de Karish dans une zone disputée par les deux pays. Mais ce n’est pas tout. Depuis plusieurs années un conflit sur fond de délimitation de Zone Economique Exclusive (ZEE) et exploration de potentielles richesses gazières dans la région oppose la Turquie à Chypre, la Grèce, l’Egypte mais aussi la France et l’Italie. A cela nous pouvons ajouter la politique de blocage, depuis plus de 20 ans, de la part d’Israël à l’exploitation des petites réserves de gaz découvertes dans la ZEE de Gaza.

La soif de gaz et de pétrole principalement de la part des puissances impérialistes européennes, approfondie par la guerre en Ukraine, est inévitablement en train de faire augmenter les tensions frontalières et ouvre la voie à possibles conflits régionaux. La situation catastrophique de l’économie libanaise va sans aucun doute pousser son gouvernement à tenter de profiter d’une certaine reconfiguration du marché gazier mondial. Et cela pourrait aller jusqu’à l’utilisation de la force s’ils se voient mis à l’écart. Pour des Etats comme Israël, cette nouvelle réalité accentue son caractère colonial et prédateur des ressources des Etats les plus faibles de la région. Il en va de même pour le conflit larvé entre la Turquie et la Grèce/Chypre dans la région.

Quant à la classe ouvrière et les classes populaires d’Europe, la « diversification » des fournisseurs de gaz et pétrole ne garantit aucunement la contention de l’envolée des prix. Au contraire. Si l’UE était dépendante à ce point de la Russie c’est que son gaz et pétrole sont moins chers que ceux importés d’ailleurs. Le plus probable c’est que les prix de l’énergie restent élevés dans la prochaine période de façon plus ou moins durable. Et cela est un facteur très sensible en termes économiques mais surtout politiques et sociaux.



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