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Politique

Répression d'Etat

L’Etat prêt à réincarcérer Jean-Marc Rouillan d’ici 10 jours : non à l’acharnement judiciaire !

Alors que Jean-Marc Rouillan, militant antifranquiste et ancien membre d’Action Directe, emprisonné pendant 28 ans, se préparait à enfin vivre libre, l'Etat lui a révélé l'existence d'une condamnation vieille de 5 ans : s'il ne paye pas 18 000€ d'ici le 2 juin, il sera réincarcéré.

dimanche 22 mai

Crédits photo : Nina Guiu Freixes / CC BY-SA 4.0

Jean-Marc Rouillan menacé d’être réincarcéré pour une condamnation dissimulée pendant 5 ans

L’acharnement judiciaire continue. La semaine dernière, Jean-Marc Rouillan a appris qu’il avait jusqu’au 2 juin pour payer 18.000€ sous peine d’être réincarcéré. En 2017, le militant et écrivain avait en effet été condamné à payer à près d’une quarantaine de parties civiles la somme de 500 euros en réparation de leur « préjudice moral » dans le cadre d’un procès pour « apologie du terrorisme ».

Or, prononcé à l’issue d’une audience à laquelle ni lui ni ses avocats n’étaient présents, jamais ce jugement ne lui avait été notifié depuis lors et jamais cette somme ne lui avait été réclamée par l’avocat des parties civiles. Même le service de probation du Gers, chargé depuis des années du suivi de son dossier, n’avait pas connaissance de cette condamnation.

Aujourd’hui, son avocate Marie-Christine Etelin confirme que le Parquet demande sa réincarcération. Si Jean-Marc Rouillan ne parvient pas à payer 18 000 euros aux parties civiles avant le 2 juin, tout laisse à penser qu’il pourrait finir sa vie derrière les barreaux.

La suite d’un long acharnement judiciaire

L’affaire apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans l’acharnement judiciaire que subit Jean-Marc Rouillan depuis sa condamnation en 1987, victime d’un Etat en quête de tous les prétextes pour le réincarcérer. Ainsi, Rouillan a déjà été enfermé deux fois depuis sa première sortie en 2011.

La première fois, son régime de liberté conditionnelle avait été révoqué à la suite d’un entretien dans l’Express où il refusait de se repentir. La seconde, en 2016 puis en 2018, lorsque la Cour d’appel de Paris l’a condamné à 18 mois d’emprisonnement pour « apologie du terrorisme » suite à des déclarations sur les attentats du Bataclan lors d’une interview.

Cette condamnation avait alors été l’occasion pour l’Etat de mener une offensive idéologique visant à opérer un rapprochement entre Daech et les positions politiques de Jean-Marc Rouillan. Mais elle a aussi permis de maintenir une énorme pression judiciaire, malgré que le fait que le militant avait purgé sa peine pour ses activités politiques, sur le fondement beaucoup plus large de la prévention « anti-terroriste ».

Non à la répression d’Etat, stop à l’acharnement judiciaire !

En réalité, rien ne justifie un tel acharnement judiciaire qui ne vise qu’à se saisir du moindre prétexte pour relancer en permanence la menace de la détention. Quoi que l’on pense de la stratégie qu’il a défendu et des actions d’Action Directe, ce que l’Etat fait payer à Jean-Marc Rouillan c’est de n’avoir jamais renié ses idées révolutionnaires ainsi que son activité littéraire et politique, qu’il n’a pas abandonnée malgré des années de « torture blanche » derrière les barreaux.

Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, romans et essais, Rouillan a notamment dénoncé avec force la réalité de l’univers carcéral en France, notamment dans son premier ouvrage, Je hais les matins, qui plonge le lecteur dans le quotidien de ce véritable « eliminatorium ». La France est en effet l’un des pays les plus condamnés par le CEDH pour « traitement inhumains et dégradants » en raison de l’état de ses prisons ainsi que l’un des pays ou les prisonniers se suicident le plus en détention. C’est dans ces conditions que Jean-Marc Rouillan a vécu plus d’un quart de siècle en purgeant ses peines.

C’est donc bien une lutte à mort que l’Etat cherche à engager contre ce militant de 70 ans qui vit aujourd’hui du minimum vieillesse. Les jours qui s’annoncent seront déterminants pour empêcher que Jean-Marc Rouillan finisse sa vie derrière les barreaux. Aujourd’hui plus que jamais il faut construire la solidarité la plus large et déterminée face à la répression d’Etat. Dans le contexte où les dispositifs liberticides s’enchainent et les dissolutions d’organisation se succèdent, l’ensemble de la gauche politique et syndicale doit faire front contre l’acharnement du régime.



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