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Journée de grève dans l’éducation : manifester pour construire un vrai plan de bataille

L’intersyndicale FSU, CGT, FO et Sud Education appelle à une journée de grève et de mobilisation dans l’Education Nationale ce jeudi 23 septembre. Un appel sous la pression des colères qui se sont accumulées face à la poursuite des offensives du gouvernement contre l’école, le tout dans un contexte où les effets de deux ans de crise sanitaire se font particulièrement ressentir.

mercredi 22 septembre

Crédits photo : AFP

Jean Michel Blanquer se targue d’avoir réussi à ce que la rentrée soit « la plus normale possible ». Pourtant sur le terrain la réalité est toute autre. Le gouvernement s’est bien gardé de ne pas parler des enseignants non remplacés ou encore des classes fermées pour raisons budgétaires et de son corollaire, l’augmentation des seuils dans de nombreuses classes dans le secondaire. Les mêmes manques de moyens et de personnels se font toujours aussi cruellement sentir. Les conditions de travail dégradées se sont normalisées, les reculs sont en train d’être entérinés et Blanquer bat le record de longévité au poste de ministre de l’Education nationale.

Les raisons de la colère : protocole insuffisant, bas salaires et « école du futur » de Macron

Si Blanquer, fidèle à sa gestion autoritaire de la crise sanitaire à l’école, ne s’inquiète pas des 3000 classes déjà fermées depuis la rentrée mais qui ne représentent « à peine plus de 0,5 % des 540 000 classes du pays », le Conseil scientifique et du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale fait entendre un autre son de cloche. D’après un rapport paru le 13 septembre dernier, le COVS s’en prend aux mesures mises en place par le ministère de l’Education nationale : dans les écoles primaires, les classes ne devraient pas être fermées et seuls les élèves contaminés devraient rester confinés chez eux ; une stratégie identique devrait également être mise en place dans les collèges et les lycées auprès des 12-17 ans, qui font partie des moins vaccinés de la population.

Seulement, de telles préconisations ne peuvent valoir que si le gouvernement mettait les moyens pour tester massivement les élèves, et circonscrire les cas de contamination. Faute de recourir à ce dispositif, les scientifiques anticipent que les mineurs vont représenter 35% des cas de Covid dans les prochaines semaines et 5% des personnes hospitalisées. Par ailleurs, aucun plan pédagogique d’ensemble pour assurer la continuité et l’accessibilité de l’enseignement à tous et toutes n’est mis en place, ainsi les évaluations sont maintenues comme si de rien était. Loin d’être un retour à la normale, la rentrée s’annonce comme un nouveau scénario catastrophe que le gouvernement a sciemment omis de prévenir.

Corolaire de cette gestion sans égards pour les élèves et les personnels, l’offensive du gouvernement contre les conditions de travail se poursuit et même s’intensifie. La Loi de transformation de la fonction publique frappe à la porte dans les annonces de Macron à Marseille qui lance le recrutement des enseignants directement par les directeurs d’écoles. Dans le même temps, les revalorisations salariales ne viennent pas avec un point d’indice toujours gelé et une précarité qui touche toujours les contractuels, les AESH et les AED. Les suppressions de postes se poursuivent également alors que le nombre d’élèves augmente, surchargeant les classes et les enseignants. L’autoévaluation des établissements vient couronner le tout, dans une logique de mise en concurrence et de renvoi au local qui ne vise qu’à affaiblir le service public d’éducation.

La perte de sens de la situation dans l’Education nationale, tragiquement mise en lumière il y a deux ans quand Christine Renon se suicidait sur son lieu de travail en laissant une lettre qui n’a rien perdu de son actualité, atteint des niveaux rarement atteint. La politique menée par Macron et Blanquer en est la principale cause. Leur volonté affichée d’achever le service public d’éducation en cas de victoire aux élections en 2022 appelle de notre part de nous emparer de toutes les occasions de les combattre et d’affirmer notre projet d’une école réellement émancipatrice.

C’est dans ce paysage que les directions syndicales de Sud, CGT, FO et FSU, ont posé la date du 23 septembre. Les organisations veulent faire de cette date une date de rentrée sur la question des salaires, du manque de moyens, et contre la réforme du bac pour que puisse s’exprimer dans la rue la colère des personnels de l’éducation. Les organisations syndicales déplorent les débouchés du Grenelle de l’éducation qui n’a abouti qu’à de vagues promesses d’augmentations pour certains enseignants.

A l’image du grenelle de la santé ou encore du grenelle contre les violences conjugales, le gouvernement a montré à plusieurs reprises que ces « grenelles » ne sont que de vastes mascarades visant à gagner du temps et à mettre en scène un semblant de dialogue social. Les organisations syndicales ont accepté le cadre imposé par le gouvernement tout en en dénonçant les limites, avant de quitter la table des négociations à l’image de la CGT Education.

23 septembre : une date isolée, à quand un vrai plan de bataille ?

Comme on a pu le voir avec la mobilisation contre les protocoles sanitaires en novembre 2020 ou encore contre la réforme des retraites, des mobilisations ont émergé ces dernières années du côté des enseignants, lassés des dates isolées proposées par les directions syndicales ou conscients qu’il n’y a rien à négocier avec le gouvernement. Dans la continuité de ces luttes, il faudra être en grève massivement et dans la rue ce 23 septembre.

Dans la rue pour défendre nos conditions de travail, revendiquer des salaires dignes, des embauches, des moyens matériels à la hauteur des besoins. Une perspective qui implique de s’attaquer frontalement au patronat et à leurs bénéfices pour financer une école publique, réellement gratuite, ouverte à toutes et tous, à rebours de la logique de dialogue social des organisations syndicales.

Par-delà les revendications économiques, seules revendications mises en avant par les directions syndicales, il faudra également dire clairement que le projet de « l’école du futur » est un projet idéologique qui tend à vouloir faire de l’école purement et simplement une école de formation d’une jeunesse prête à l’emploi. Un projet qui s’oppose à des décennies de luttes pour une éducation qui ne serve pas seulement à former des bons petits soldats ou des salariés adaptés au système capitaliste.

En définitive, ce 23 septembre puis le 5 octobre, il sera essentiel de porter l’idée qu’il est possible, en construisant nos mobilisations et en se liant à d’autres secteurs, de faire de l’école autre chose qu’une « garderie du Medef » ou une zone de propagation de la Covid. Mais cela implique de s’organiser en indépendance des institutions et du gouvernement et de s’attaquer dès maintenant au grand patronat qui s’est enrichi pendant la crise, et ce en grande partie grâce aux plans de sauvetage de l’Etat au détriment de tout investissement dans les services publics.




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