^

Politique

Concentration des médias

JDD, Paris Match : Bolloré renforce son pôle médiatique ultra-réactionnaire

Vivendi, propriété de l’empire Bolloré, continue la mainmise sur le groupe Lagardère à quelques mois des élections présidentielles, avec la volonté de renforcer un courant d’opinion publique ultraréactionnaire. Dernier remaniement, la supposée désignation de l'ancien directeur adjoint de Valeurs Actuelles à la tête du JDD.

jeudi 21 octobre

Dans le bras de fer entre les grands patrons des médias, notamment entre Bernard Arnault (les Echos, le Parisien) et Vincent Bolloré (Canal+, CNews…) pour accroître leur influence sur le groupe Lagardère (Paris Match, JDD, Europe 1…), Bolloré vient de marquer un nouveau gros coup. Il avait déjà pris le contrôle d’Europe 1 cet été, ce qui avait marqué un tournant à droite de l’ensemble de la rédaction avec une ancienne de “Valeurs Actuelles” arrivant à la tête du service politique et une série de licenciements contre des chroniqueurs, journalistes refusant la ligne politique de Boloré et sa main mise sur la chaîne. C’est maintenant au tour du JDD (Journal du Dimanche) et de Paris Match de rejoindre “la bollorisation” des médias avec les méthodes et les objectifs propres au milliardaire réactionnaire.

En effet, Vivendi (Vincent Bolloré) est devenu l’actionnaire principal à hauteur de 28% de la société Lagardère News et compte bien entraîner des changements dans la ligne éditoriale des deux papiers du groupe. Les deux journaux étaient connus pour être des soutiens à Macron depuis 2016, pendant sa campagne puis au gouvernement, notamment sous la direction d’Hervé Gattegno qui empêche toute critique sur l’exécutif. Cependant, cela risque de changer, sans doute pour le pire avec son éviction depuis l’arrivée de Bolloré. Hervé Gattegno était connu pour ses méthodes de management brutales, son hyper-contrôle sur les journalistes mais aussi pour être un chien de garde de la macronie, ce qui a été souvent reproché par sa rédaction. Sa disparition de la tête de deux grands journaux papiers n’est pas une mauvaise chose mais son remplacement sous l’égide du groupe Vivendi annonce une ligne plus réactionnaire.

En effet, Bolloré n’aurait pas accepté les critiques du directeur des deux rédactions (JDD, Paris match) à l’égard de son « protégé » Zemmour. Deux évènements avaient entraîné les foudres du nouveau patron, la Une “people” de Paris-Match entre Zemmour et Sarah Knafo, et un édito du JDD qualifiant Zemmour de “prophète de malheur”. En parallèle, c’est ce même Bolloré qui a propulsé Zemmour comme figure publique en lui donnant une tribune hebdomadaire dans CNews, devenant l’une des figures de proue d’un courant réactionnaire, profondément raciste, anti-ouvrier et pro-patronat. Pas étonnant donc, qu’il réplique les mêmes méthodes qu’à Europe 1 et I-Télé (devenu Cnews) c’est-à-dire le remplacement à la direction des médias, l’écrasement des voix discordantes dans les rédactions et l’unification des médias derrière ses projets politiques.

Après de nombreuses rumeurs sur les remplaçants d’Hervé Gattegno, c’est finalement Patrick Mahé qui prend la tête de Paris Match et Jérôme Bellay pour le JDD, deux anciens de leur journal respectif qui reviennent pour prendre les rennes. Même s’ils ne sont pas connus pour être des fervents défenseurs de la ligne “Bolloré” de Cnews, ce changement sert surtout à contenir les possibles critiques de la ligne de rédaction des deux papiers. De plus, Bolloré n’a pas entièrement les mains libres sur la ligne politique vu qu’il doit composer avec Lagardère. Mais on ne doute pas que ce changement pour remplacer Hervé Gattegno après quelques critiques pourtant très timides sur Zemmour va entraîner les deux journaux encore plus vers la droite.

Bolloré accentue un phénomène de concentration des médias de plus en plus présent ces dernières années, s’opposant à la liberté de la presse par des méthodes de management brutal contre tous ceux qui critiquent la nouvelle ligne politique. Aujourd’hui le groupe Vivendi possède Cnews, C8, Cstar, Canal+, Voici, Capital, Gala,… et détient ainsi 44% du capital de Lagardère et des capitaux dans des grands médias italien. Dans le cadre des prochaines élections présidentielles toute cette machine favorise principalement Eric Zemmour mais aussi les divers courants d’extrême-droite et parallèlement exerce une pression sur la droite sur les partis du « centre ».

Car l’acquisition et la transformation du groupe Lagardère à quelques mois des présidentielles n’est pas à délier de la candidature d’Eric Zemmour. Que ce soit pour renforcer Macron par le partage de la base sociale d’extrême droite entre deux candidats ou pour faire gagner le poison réactionnaire du polémiste de Cnews, les objectifs politiques de Bolloré ne sont pas clairs mais son nouveau contrôle sur Paris Match et le JDD n’emmène rien de bon pour notre classe. Ils ne déplacent le débat public qu’encore plus à droite sur les questions identitaires, racistes et islamophobes dans une campagne présidentielle où les questions sociales, économiques, écologiques, du coût de la vie sont invisibilisées à chaque nouvelle sortie de Zemmour.

Les grands médias patronaux en sont aujourd’hui responsables : la “bolorisation” et la concentration de ceux-ci dans un nombre de mains toujours plus réduit doit être combattu. Ce n’est pas aux grands patrons déconnectés de la réalité des millions de travailleurs et des jeunes de dicter leur agenda politique au travers des médias.




Mots-clés

liberté de la presse   /    Vincent Bolloré   /    médias   /    Politique