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« J’assume » : la nouvelle ministre de la Transition écologique a voté contre l’interdiction du glyphosate

Interrogée sur France Inter ce mardi, Amélie de Montchalin, nouvelle ministre de la transition écologique, a affirmé assumer d’avoir voté contre l’interdiction du glyphosate en 2018. Une position révélatrice de la politique « écologique » du gouvernement, davantage au service du patronat et des grandes entreprises que de la lutte contre la crise écologique.

mardi 24 mai

Crédits photo : AFP / Ludovic Marin

Sur le glyphosate, pas de regrets pour Montchalin

Alors qu’elle occupe l’un des premiers rôles dans la planification écologique, le mardi 24 mai 2022, Montchalin persiste et signe au micro de France Inter : alors que l’Assemblée nationale examinait le projet de loi sur le secteur agricole et alimentaire, Amélie de Montchalin, alors députée LREM, elle a bien voté contre l’interdiction du glyphosate, herbicide hautement toxique, en 2018.

« Sur le glyphosate, j’assume » a-t-elle déclaré ce mardi matin Arrive alors une succession de justification de sa décision : elle évoque l’argument du respect de tous les acteurs du secteur agricole et alimentaire en disant qu’elle ne voulait « laisser personne sans solution ».

Cette argumentation s’articule directement avec l’idée de satisfaire les partenaires européens. Elle continue en disant que « Je ne regrette pas une chose : d’avoir considéré que ce sujet était européen. À l’époque, souvenez-vous, la France s’était battue pour que le glyphosate soit au maximum autorisé pour cinq ans - ça va arriver en 2023 - plutôt que pour dix ans. Oui, en tant que députée, j’avais fait un choix tout à fait assumé : nous ne pouvons pas faire cavalier seul pour n’importe quel domaine que ce soit, sinon c’est notre économie, ce sont nos agriculteurs, que nous laissons dans la panade ». En réalité, si le glyphosate n’a pas été interdit, c’est bien parce que les lobbys de Monsanto, absorbée par Bayer en 2018, exercent une influence sur la Commission européenne.

Sa justification sur son vote de 2018 s’achève en se reposant sur la prétendue recherche d’une solution : « On cherche des alternatives, on fait des investissements. Le plan France 2030, il y a des investissements en milliards pour qu’on ait des nouvelles techniques, pratiques, solutions, pour que nous puissions sortir des pesticides et autres ». Pourtant, alors que Macron avait promis lors de sa campagne de 2017 d’interdire le glyphosate, le fait est que l’on consomme en France autant de glyphosate qu’au début du quinquennat précédent. Assumer en 2022 d’avoir voté contre l’interdiction du glyphosate apparait encore plus scandaleux que cela ne l’était en 2018 puisque depuis 2021, cet herbicide produit par Monsanto est classé par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) comme cancérigène.

En outre, depuis 2018, on sait que le glyphosate est particulièrement dangereux. Catégorisé comme herbicide total et systémique, il élimine tout type de plantes et a la capacité de se propager rapidement tel un poison dans tous les végétaux. Son utilisation domestique étant déjà dangereuse, elle l’est d’autant plus lorsque le produit est utilisé intensivement dans les grandes exploitations agricoles. [https://www.revolutionpermanente.fr/Glyphosate-C-est-quoi-exactement].

Cela fait donc de nombreuses années que l’entreprise Monsanto est mise en cause en raison des produits dévastateurs qu’elle commercialise. Amélie de Monchalin réaffirme donc, en 2022, tout son soutien à une entreprise symbole de la recherche maximale de profits au détriment de la santé et de la préservation de l’environnement, et ce, en tant que nouvelle ministre de la transition écologique… ou, devrait-on dire, de la nouvelle ministre du greenwashing.

Mais ce n’est pas tout pour la nouvelle ministre. L’association L214 dénonce sur sa page que Montchalin agissait déjà à l’encontre des animaux victimes de l’élevage intensif, selon les données collectées par L’observatoire Politique & Animaux, en votant par exemple contre l’interdiction des « élevages-usines ». En 2018, elle avait également voté contre l’interdiction de la castration à vif des porcelets et contre l’interdiction des fermes usines.

L’écologie, la grande hypocrisie du gouvernement

Chargées des deux « chantiers prioritaires » annoncés de la nouvelle première ministre, Elisabeth Borne, Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher ont été nommées respectivement ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des Territoires et ministres de la Transition énergétiques. Macron met donc la question de l’écologie dans les mains de deux femmes au profil proche : des technocrates libérales, des hautes fonctionnaires.

En réalité le second quinquennat de Macron ne représente que la logique continuité du premier. Une politique néo-libérale, au service des grandes entreprises, et qui, en matière d’écologie, se fait toujours sous couvert de capitalisme vert et de promesses écologiques vaines, à l’image des déclarations de Monchalin sur France Inter : « j’ai des convictions très fortes sur le changement climatique et sur la biodiversité parce que je fais partie d’une génération qui est celle qui a vu déjà tous ces changements devenir concrets »

Mais le greenwashing d’État ne date pas de la nomination d’Amélie de Montchalin et sa nomination s’inscrit dans une longue tradition à l’Elysée. En effet, les ministres de l’écologie ne font que se succéder, pendant que la crise écologique s’accélère. Cela s’explique facilement par le fait que la plupart des ministres de l’écologie nominé depuis des années sont eux-mêmes passés par des entreprises saccageant la planète. Amélie de Montchalin n’en est qu’une illustration. Diplômée d’HEC et ancienne militante UMP, cette fonctionnaire est passée par la BNP Paribas qui finance les multinationales les plus polluantes pour ensuite travailler chez l’assureur Axa. Elle rejoint LREM en 2016, puis devient députée de l’Essonne en 2017. Avant de devenir ministre de la Transition écologique, elle était depuis juillet 2020 ministre de la Transformation de la Fonction publique, ce qui lui a permis notamment de créer les sites « clés en main », sources d’aménagements de territoire écocidaires.

Face aux enjeux immenses que pose le dernier rapport du GIEC, il n’y a aucune illusion à avoir vis-à-vis du gouvernement, dont la politique écologique sert davantage à sauvegarder les profits du patronat qu’à enrayer la crise écologique.



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