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International

Offensive réactionnaire

Italie. L’élection de Giorgia Meloni promet de nouvelles attaques contre le droit à l’avortement

À la tête du parti d’extrême-droite Fratelli d’Italia qui vient de remporter les élections législatives italiennes, Giorgia Meloni s’est fait connaître pour son lobbying actif contre le droit à l’avortement, dans un pays où ce droit est déjà largement remis en cause.

mardi 27 septembre

Crédits photo : AFP/Andreas Solaro

Avec plus 26% des suffrages, le parti d’extrême-droite dirigé par Giorgia Meloni remporte les élections législatives, la donnant favorite au poste de cheffe du gouvernement. Dans un parti au programme néolibéral, xénophobe et catholique traditionnaliste, c’est notamment en affichant des positions profondément réactionnaires à l’encontre des droits des femmes et des LGBTI que la figure de Meloni a émergé.
 

Affirmant un profil identitaire de « femme, italienne et chrétienne », elle est le visage d’une campagne menée de longue date par son parti contre le droit à l’IVG, sous la bannière hypocrite du « droit des femmes de ne pas avorter ». Avec des éléments de langage répondant à la stratégie démagogique de son parti, son discours se fonde sur un « soutien à la natalité et à la famille » contre les prétendues « multinationales de l’avortement », expression censée désigner les organisations qui sensibilisent et accompagnent les femmes dans cette lourde démarche.
 

Mais cette campagne ne se limite pas au terrain idéologique : dans le Piémont, région du Nord de l’Italie dirigée par la droite, l’offensive va plus loin. Derrière une rhétorique des plus sordides, prétendant soutenir les femmes qui voudraient avorter pour des raisons de précarité, le parti de Meloni aide financièrement les femmes enceintes pour qu’elles renoncent à avorter. Comme le rapporte Le Monde, à l’initiative d’un élu de Fratelli d’Italia, la région a accordé en avril une subvention de 400 000 euros à des associations militant contre le droit à l’avortement, soit 4000 euros à 100 femmes pour les dissuader d’avoir recours à un IVG. Un dispositif que Meloni avait promis d’étendre à l’ensemble du territoire en cas de victoire aux élections.
 

Si la campagne législative a poussé le parti d’extrême-droite à modérer son discours sur cette question, les 70% d’Italiens favorables au droit à l’IVG contraignant Meloni à s’engager pour l’heure à ne pas s’attaquer à la loi de 1978, la dirigeante d’extrême-droite n’a pas hésité réaffirmer sa volonté de renforcer la propagande anti-IVG. «  Je veux seulement appliquer intégralement la partie [de la loi] qui concerne la prévention, ce qui ne signifie pas retirer des droits mais en ajouter. », a-t-elle précisé pour maintenir l’ambiguïté. Qu’elle ose ou non s’attaquer à la loi qui autorise l’avortement en Italie, comme le demandent les secteurs les plus réactionnaires de la bourgeoisie, le gouvernement de Meloni comme ses prédécesseurs seront aux avant-postes de la destruction des services publics nécessaires à la santé des femmes et des LGBTI qui, dans les faits, est la première limitation à l’application de ce droit.
 

Sur la question des droits des personnes transgenres, Meloni et son parti n’hésitent pas à affirmer leurs positions de manière plus décomplexée, dénonçant à tout-va le « lobby LGBT ». En juin dernier, dans un meeting de soutien au parti espagnol néo-franquiste Vox, la dirigeante d’extrême-droite avait notamment scandé : « Oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT ! Oui à l’identité sexuelle, non à l’idéologie du genre ! ». Un média italien pro-LGBT a recensé une dizaine de déclarations homophobes de Meloni, dont la plus célèbre : « Je ne suis pas homophobe, mais l’adoption devrait être réservée aux couples hétéros. »
 

Alors que l’IVG vient d’être interdit dans la moitié des États-Unis, l’arrivée d’un parti d’extrême-droite au gouvernement dans la troisième puissance européenne marque un saut dans l’offensive contre le droit à l’avortement et, plus largement, contre le droit à disposer de nos corps. Dans un pays profondément marqué par la domination de l’Église catholique comme l’Italie, où 67% des gynécologues refusent de pratiquer des avortements en vertu d’une « objection de conscience » autorisée par la loi, la victoire de la coalition de droite et d’extrême-droite constitue une menace supplémentaire pour les droits des femmes et des LGBTI.
 

Pour la journée internationale du droit à l’avortement, ce mercredi 28 septembre, il est fondamental d’affirmer notre soutien aux Italien·nes, contre la coalition de droite et d’extrême-droite qui va gouverner. L’arrivée de Meloni au pouvoir est un signe supplémentaire de l’urgence d’une intervention de la classe ouvrière qui, en alliance avec l’ensemble des secteurs opprimés qui seront ciblés par le gouvernement, peut permettre d’ouvrir une voie alternative à l’ordre profondément réactionnaire qui nous est promis.



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