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Politique

« Islamofascistes », « nazis » : Anasse et les invités de Révolution Permanente insultés sur CNEWS

Vendredi sur CNews, Pascal Praud et ses invités s'en sont pris à Anasse Kazib et aux intervenants de l'émission diffusée la veille sur Révolution Permanente Au menu : « islamogauchistes », « islamofascistes », « nazis », tout un flot d'insultes et de commentaires racistes déversés sur le plateau.

samedi 24 octobre

Vendredi sur CNews, pendant l’émission de Pascal Praud nommée « L’heure des pros », les invités ont réussi un tour de passe-passe dont seul les grands médias, le gouvernement, et l’extrême-droite ont le secret. Du sujet initial de l’émission qui se donnait pour tâche de répondre à la question de savoir si « le confinement est-il inévitable » face à la deuxième vague de la pandémie de Covid19, c’est avec un air des plus naturels que la discussion s’est déportée vers « l’islamogauchisme : la fin de l’omerta ? ».

De l’« islamogauchisme » à l’« islamofascisme » : quand les portes-flingues du pouvoir s’inquiète de voir l’union nationale remise en cause par des militants ouvriers et des quartiers populaires

« L’islamogauchisme, c’est un thème dont on parle beaucoup depuis huit, dix jours, comme si la parole se libérait » s’est ainsi félicité Pascal Praud en guise transition, avant de s’en prendre à Anasse Kazib, cheminot et syndicaliste SudRail, qui animait un live Facebook la veille intitulé « Conflans. Après l’horreur, refusons l’instrumentalisation » en compagnie des militants des quartiers populaires Youcef Brakni et Omar Slaouti, de Marwan Muhammad ancien dirigeant du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) menacé de dissolution par Gérald Darmanin, de Marion, enseignante dans le 93, et d’Inès Rossi, militante à Du Pain et Des Roses et au NPA-Révolution Permanente. Un live Facebook qui avait pour objectif de proposer un discours alternatif au flots de paroles islamophobes qui se déverse depuis l’assassinat de Samuel Paty, et de refuser l’instrumentalisation de ce drame par le gouvernement pour justifier sa politique sécuritaire et anti-sociale en mettant l’opposition et en particulier la gauche au pas à travers les injonctions à « l’union nationale ».

Pascal Praud a donc affirmé observer « une forme de radicalisation en réaction à une parole qui se libère et qui pointe l’islamogauchisme » - et qui fait jubiler le présentateur de CNews – avant de diffuser pour illustrer son propos un extrait du live Facebook pendant lequel Anasse Kazib dénonçait « l’union nationale » prônée par le gouvernement. Ainsi il est clair que c’est bien la remise en cause de cette union nationale qui inquiète la classe dominante et ses porte-voix dans les grands médias. Et c’est à un véritable torrent d’insultes que s’est adonné Ivan Rioufol, invité sur le plateau, pour qualifié Anasse Kazib et les intervenants du live : « Ce sont des fascistes, ce que j’ai appelé des islamo-fascistes, des nazis islamistes, des totalitaristes, des anti-démocrates ». Avant d’asséner : « il est temps de mettre un cordon sanitaire pour reprendre la formule qui a été appliquée pour le RN, pour tous ces partis notamment d’extrême-gauche qui pactisent avec ceux qui ont décidé de l’effondrement de la France ».

Une rhétorique digne du régime de Pétain

Rien d’étonnant de la part d’Ivan Rioufol. Comme l’explique le sociologue Mathieu Rigouste dans son ouvrage publié en 2009 « L’ennemi intérieur, la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine », cet éditorialiste passé par Le Figaro a notamment été formé aux conférences de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale qui dépend directement du premier ministre. L’objectif : mener la bataille idéologique dans les médias pour défendre l’impérialisme français et la politique sécuritaire du gouvernement contre les immigrés, les habitants des quartiers populaires, ou encore les mouvements sociaux ; bref tout ce que le pouvoir peut englober dans sa lutte contre « l’ennemi intérieur ». A ce titre, le terme « islamogauchisme » utilisé à outrance ces derniers temps dans le débat public rappelle celui de « judéo-bolchévik » utilisé dans les années 1930-1940 par l’extrême-droite pour dénigrer les opposants aux nazis et au régime de Vichy, et défendre un ordre réactionnaire sans s’épargner une bonne dose d’antisémitisme.

Ivan Rioufol incarne donc la défense de tout ce que le régime de la Vème République a de plus réactionnaire. L’idéologue a ainsi expliqué sur le plateau de Pascal Praud que « ça fait très longtemps que nous sommes quelques-uns à dénoncer l’islamogauchisme » contre l’objectif supposé d’un « islam révolutionnaire » fruit de « la convergence entre l’extrême-gauche […] et cette nouvelle idéologie totalitaire avec Allah en plus » qui voudrait « mettre à bas l’occident libéral, au profit d’une société mondialisée, ouvriériste, islamisée, dans la perspective d’une nouvelle lutte de classe qui serait menée par un nouveau prolétariat qui serait musulman ». Il ne se cache d’ailleurs pas d’être un « identitaire » et se dit choqué du tweet de Caroline Fourest qui s’attaquait pourtant aux intervenants du même live Facebook en expliquant un peu plus tôtsur Twitter : « Ils n’ont jamais été aussi clairs sur ce qu’ils veulent. La désunion, la division, nous monter les uns contre les autres... Comme les identitaires d’en face. Ce sont les mêmes. »

« L’assassinat ressoude la communauté nationale » : l’instrumentalisation du drame de Conflans au service de la réaction d’un régime décadent

Pour celui qui estime que « Charlie Hebdo s’est déshonoré en critiquant Robert Ménard », il ne peut y avoir de « parallèle entre les islamo-fascistes et ce qu’elle appelle les identitaires ». Avant d’être applaudi par Serge Grouard, maire Les Républicains d’Orléans, et Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice Les Républicains dans le Val d’Oise, qui ne manqueront pas non plus de s’en prendre à ceux qui à gauche « manifestaient avec ceux qui ont fait la marche contre l’islamophobie il y a un an ». Ou encore par l’avocat Jean-Pierre Versini-Campinchi, content que « l’assassinat ressoude la communauté nationale » et qui demande un « État de droit de guerre » pour pouvoir expulser les étrangers sans les tracasseries causées par le droit d’asile.

Cette défense inconditionnelle de l’extrême-droite sur un plateau télé fait tiquer lorsqu’on sait que ce sont des militants de la même extrême-droite qui ont vendu les armes à Amedy Coulibaly ayant servi à la tuerie de l’HyperCacher en janvier 2015. De même Rioufol, se gardera bien de rappeler l’attentat islamophobe contre la mosquée de Bayonne perpétré par un ancien militant du Front National en octobre 2019, ou encore les agressions racistes contre les femmes voilées à l’instar de l’attaque au couteau dimanche dernier près de la tour Eiffel à Paris.

Face à l’instrumentalisation du drame de Conflans, l’urgence de construire un voix alternative contre l’union nationale avec les bourreaux des classes populaires

Ce flot d’insultes et de commentaires réactionnaires n’est pourtant pas restreint à la séquence actuelle. Sur CNews, Eric Zemmour déjà condamné pour incitation à la haine, a toute licence pour déverser des propos racistes, les derniers en date étant ceux qui qualifiaient les mineurs étrangers de « violeurs » entre autre. Une ligne éditoriale très à droite et contestée par les journalistes en interne, qui avait déjà conduit à un mouvement de boycott de la chaîne. Pas une semaine ne passe en effet sans que les chroniqueurs de CNews ne s’en prennent aux musulmans, aux immigrés, ou encore aux droits des salariés, faisant de la chaîne qui appartient au groupe de Bolloré un véritable temple de la réaction.

Mais ce que revèle cette offensive islamophobe contre Anasse Kazib et ses invités lors du live Facebook de Révolution Permanente dévoile deux choses. D’abord que la remise en cause de l’union nationale par des militants de la gauche et des quartiers populaires inquiète le pouvoir, affaibli par la gestion désastreuse de la crise sanitaire et soucieux de préserver les profits du grand patronat. Ensuite que pour se sauver d’une situation explosive en pleine crise économique et sanitaire, les classes dominantes et leur régime décadent sont prêts à employer tous les moyens possibles pour instiller le poison de la division au sein de notre camp social et justifier la répression des classes populaires et du mouvement social par les arguments les plus obscènes, n’hésitant pas à reprendre à leur compte un lexique digne du régime de Pétain.

Face à l’instrumentalisation du drame de Conflans et au déferlement de haine islamophobe qui s’en est suivi, il est donc urgent de construire une voix alternative, qui refuse l’union nationale avec ceux-là même qui ont sacrifié les classes populaires à une gestion catastrophique de la crise sanitaire. Ce sont les bases de cette voix que Révolution Permanente a voulu poser en donnant la parole à un discours alternatif et en appelant à se regrouper contre cette offensive sécuritaire et islamophobe qui menace la gauche sociale et politique, et l’ensemble du mouvement ouvrier et des classes populaires.




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