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Paroles de gréviste

Interview d’une gréviste de Chronodrive : « on veut étendre la grève à tous les magasins »

Samedi, les salariés du Chronodrive de Basso Cambo, à Toulouse, se sont mis en grève pour exiger une augmentation de 7%. Nous avons interrogé Juliette, salariée depuis 4 mois dans le magasin, déterminée à poursuivre la lutte.

mardi 28 juin

Révolution Permanente  : Pour quelles raisons fais-tu cette grève ?

Juliette  : La grève au début j’étais pas forcément chaude pour la faire. Je suis tout à fait d’accord avec ce qu’on demande, je suis principalement touchée par la précarité. Donc justement j’avais peur de faire la grève parce que j’avais peur de perdre une journée de salaire. C’est déjà beaucoup, pour moi en 25 heures ça fait facilement 50 euros, un peu moins avec le SMIC. Mais même 50 euros à perdre sur un salaire ça fait beaucoup, du coup j’hésitais. J’ai été convaincue par des amis qui faisaient grève aussi et par la caisse de financement qui a été ouverte et beaucoup soutenue. Donc je me suis dit « ça vaut le coup de participer » étant donné que je suis tout à fait d’accord avec ce qu’on demande.

Révolution Permanente : Peux-tu nous décrire tes conditions de vie ?

Juliette  : J’ai toujours eu des petites galères. Je ne peux pas compter sur mes parents pour m’aider. Non pas qu’ils ne veulent pas, mais j’ai un petit frère qui est en situation de handicap assez lourd, donc mes parents la plupart de l’aide financière qu’ils pourraient m’accorder ils l’accordent à mon frère. Donc j’ai toujours appris à me débrouiller toute seule. Depuis un an j’ai fini mes études. J’ai travaillé dans la conception de jeux vidéo. Je ne peux pas trouver un boulot tout de suite dans ce secteur parce qu’il me faut un book. Du coup il me faut un boulot pour payer mes factures, ma voiture. A côté il me faut aussi du temps pour faire mon book, le problème c’est qu’en travaillant plus d’une demi-journée à Chronodrive je n’ai pas le temps de travailler dessus. Plus je passe du temps à travailler à Chronodrive, moins je travaille mon book, et plus je m’éloigne de mes études et de ce que j’aime faire réellement. C’est problématique. Tous les mois je perds de l’argent même avec l’aide de la CAF. Avec l’augmentation du prix de l’essence, y’a 30 balles que j’enlève de mes courses de nourriture par mois, qui vont dans l’essence. Donc au lieu de faire des courses à 60 euros le mois je suis à 30 euros pour me nourrir, c’est pas beaucoup.

C’est pour ça que je demande une augmentation de salaire, car je vis tous les jours la précarité. En août je vais commencer à devoir rembourser mon prêt étudiant, donc ça va faire encore de l’argent en moins, sachant que j’en ai déjà pas beaucoup.

Révolution Permanente : Que penses-tu de la réaction de la direction, qui refuse l’augmentation des salaires, quand on sait que l’entreprise est la propriété d’un groupe dirigé par l’une des plus grandes fortunes de France ?

Juliette  : Il n’y a aucune entreprise qui ne se fait pas sur le dos des salariés, ça me paraît évident. Dans la société où l’on vit, il y en a forcément qui s’enrichissent sur le dos des autres. Ça ne devrait pas être normal, mais c’est comme ça malheureusement. Je ne suis pas étonné mais je trouve ça injuste. C’est pour ça que je trouve important de montrer que même les gens comme moi qui sont très précaires, qui perdent de l’argent tous les mois, prennent le temps de perdre une journée de travail, même si après elle leur sera remboursée grâce à la caisse de grève : pour montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec le système et qu’il est temps de le changer. Tout le monde ne devrait pas avoir à se serrer la ceinture.

Pendant 3 ans, j’ai été dans une situation où je devais parfois délaisser les études pour le travail, pour être sûre d’avoir de l’argent à la fin du mois. C’est pas normal pour un étudiant de devoir faire ça. Les études normalement c’est prioritaire, ça permet de trouver un boulot, de vivre après. On ne devrait pas avoir à délaisser les études pour avoir des sous pour manger.

Sachant que c’est une nécessité de manger, ça ne devrait pas être quelque chose où l’on se restreint dessus. Je pense que c’est l’avis de beaucoup de gens ici.

Révolution Permanente : Quelle est la stratégie pour la suite de cette grève ?

Juliette  : Je pense qu’il faut qu’on commence à toucher les autres Chronodrive. Mais ce serait bien de toucher les autres secteurs. Avant de travailler à Chronodrive, quand j’étais étudiante, je travaillais beaucoup dans la restauration. Il y a beaucoup de boulots où les clients, à partir du moment où ils sont servis, se pensent supérieurs à certaines personnes. Ça ne devrait pas être le cas, ce n’est pas parce qu’on est plus jeunes et moins payés que vous que vous avez le droit de nous « cracher dessus ». Donc je pense qu’il faut qu’on commence à étendre aux Chronodrive et ce qui serait bien ce serait de toucher tous les gens qui sont concernés par la situation. Tous les étudiants, pas qu’en préparation de commande, mais aussi les gens dans la restauration, les caissiers, les caissières, les nourrices...

Le but ce serait de s’étendre à tous les étudiants en situation précaire et même pas forcément que les étudiants mais toutes les personnes au SMIC qui ne gagnent pas assez par mois pour vivre.



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