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Culture et Sport

Urgence dans la culture

Intermittents, vacataires, précaires… Quelle sortie de crise pour le monde de la culture ?

Le couvre-feu est le dernier coup porté au monde de la culture déjà prêt à s’écrouler. Il est urgent pour nous, les travailleurs de la culture qui n’avons plus rien à attendre du gouvernement, d’exiger pour tous des mesures à la hauteur de la crise.

lundi 19 octobre

Depuis le début de la crise sanitaire, le secteur de la culture est passé par toutes les nuances de l’arc-en-ciel de l’incohérence du gouvernement dans sa gestion de crise.
Entre les premières annonces de Macron qui exhortait à "aller au théatre", à “continuer de vivre” et maintenant les dernières annonces du couvre feu qui supprime toute possibilité de loisir ou de lien avec la culture pour ceux qui travaillent. La seule chose qui reste claire, c’est que le gouvernement ne se préoccupe de la culture que quand il s’agit de faire du profit, ou bien pour nous utiliser comme petites mains pour redorer son blason, se servir de nous pour cacher sa gestion catastrophique de la crise avec des paillettes et construire son "unité nationale".
 
Les travailleurs précaires de la culture en première ligne
 
Depuis les premières mesures sanitaires et les premières fermetures, c’est tout le secteur de la culture qui s’est écroulé, et ceux qui en payent la facture sont bien sûr les travailleurs les plus précaires. Ce sont par exemple tous les CDD non-reconduits chez les prestataires techniques, les travailleurs saisonniers ou occasionnels sans aucune protection face à la perte de revenus… En bref, ce sont tous ces travailleurs qui, même sans plan social, perdent leurs revenus et voient leur emploi menacé dans un silence assourdissant. Pendant ce temps-là, ceux qui sont en "première ligne" dans les institutions culturelles à l’accueil du public et qui continuent à travailler, majoritairement des jeunes, des étudiants en contrat précaire, n’ont toujours pas de protocole sanitaire correct.
 
La seule miette accordé aux travailleurs de la culture, c’est cette “année blanche” des intermittents. Elle ne couvre en réalité qu’une petite partie des travailleurs précaires et uniquement jusqu’à l’été 2021, date à laquelle il n’y aura clairement pas de "retour à la normale", et qui laisse sans aucune ressource les freelance, les intérimaires, les contrats courts non reconduits, les jeunes tout juste arrivés sur le marché du travail, tous ceux qu’on appelle les "intermittents de l’emplois", mais aussi tous ceux qui travaillent au black ou de manière semi-légale dans les lieux alternatifs… C’est à dire tous les travailleurs précaires qui font tourner la culture.
 

Le couvre feu, le coup de grâce pour nos emplois dans la culture

 
Dans ce contexte arrive l’annonce du couvre feu, qui agit comme un coup de plus à tous ceux dont les emplois étaient déjà menacés. On a vu Roselyne Bachelot tenter de se positionner comme celle qui voulait “sauver” la culture, et essayer de plaider pour une dérogation du couvre feu pour les institutions culturelles, que Bruno Le Maire a refusé. Tout ce qu’on a pu entendre ce sont des cajoleries de la part de ces deux ministres qui veulent brosser les travailleurs de la culture dans le sens du poil : Bruno Le Maire qui assure que le gouvernement va déployer "tous les moyens" possible pour aider le secteur, et Roselyne Bachelot qui sort de son côté un communiqué où elle affirme qu’elle "partage la désolation de tous les acteurs" des secteurs qui sont touchés.
 
Il s’agit tout bonnement d’hypocrisie de la part des deux ministres. Le gouvernement, a grand renfort d’effets d’annonce réguliers, agite depuis le début de la crise sanitaire des “moyens” et des “mesures” pour la culture, dont les travailleurs les plus précaires n’ont aujourd’hui toujours pas vu la couleur. On sait également très bien de quels "acteurs" le gouvernement "partage la désolation" : personne n’a vu Roselyne Bachelot bouger le petit doigt quand les vacataires de la Bibliothèque publique d’information sont entrés en grève pour demander un protocole sanitaire digne de ce nom, ni pour les vacataires de Paris Musées qui sont aujourd’hui dans une situation similaire. On a rien entendu non plus pour tous les contrats précaires non-renouvelés, ni les “intermittents de l’emploi” qui sont sur le carreau aujourd’hui. Pendant ce temps là, le Puy du Fou a eu une dérogation d’ouverture pendant le déconfinement avec l’accord du gouvernement pour le plus grand bonheur (et surtout le plus grand profit) de Philippe de Villiers.
 

Quelle sortie de crise pour la culture

 
La gestion de la crise de ce gouvernement est criminelle depuis le début : après avoir orchestré la casse de l’hôpital public, refusé d’écouter les soignants qui demandaient plus de moyens, ils ont privilégié une reprise économique pour le profit patronal au détriment de la santé des travailleurs. Leur dernière mesure est aujourd’hui celle du couvre feu, qui démontre clairement que la priorité du gouvernement de Bachelot et de Lemaire, bien loin de la culture et de nos emplois, c’est de maintenir le contrôle social.
 
Aujourd’hui, nous n’avons plus rien à attendre d’une Roselyne Bachelot ou d’un Bruno Lemaire. C’est à nous d’exiger :
 
1) Aucun licenciement et maintien du salaire réel payé par le patron pour les employés permanents dont l’activité est à l’arrêt
 
2) des commissions sanitaires décisionnaires dans les lieux de travail pour ceux qui travaillent, composée majoritairement de salariés qui pourront élaborer des protocoles sanitaires cohérents pour la santé et la sécurité de tous
 
3) au delà de l’année blanche, une allocation pour tous les précaires, tous ceux dont les revenus et l’emploi sont menacés, à la hauteur minimum du SMIC et financée par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes
 
 
C’est à nous aujourd’hui de construire le rapport de force pour exiger nous-même ces mesures. Il y a plus aucune confiance à accorder au gouvernement, et c’est à nous qu’ils veulent faire payer la facture de leur gestion criminelle de la crise. Il est urgent que dans la culture nous soyons les prochains à relever la tête aux côtés des salariés menacés de licenciements dans tous les secteurs, des précaires et des chômeurs qui entrent en lutte.




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