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Monde

Déclaration du CRT

Indépendance de la Catalogne : « Amnistie immédiate des prisonniers politiques ! Tous dans la rue pour une grève générale ! »

Avec le verdict de la Cour Suprême et des peines de prison allant jusqu'à 13 ans pour les dirigeants indépendantistes, qui s'ajoutent à la vague de criminalisation en Catalogne, le Régime de 78 cherche à liquider le mouvement démocratique catalan. Il est nécessaire d'élaborer un plan de lutte indépendant pour étendre et massifier la réponse contre la répression et pour le droit à l'autodétermination.

mercredi 16 octobre

Déclaration de la Corriente Revolucionaria de los Trabajadores (CRT), organisation sœur du Courant Communiste Révolutionnaire (CCR) de la Fraction Trotskiste – Quatrième Internationale (FT-QI) dans lequel militent les militants de Révolution Permanente.

La condamnation par la Cour suprême des dirigeants indépendantistes emprisonnés marque un tournant dans l’offensive judiciaire et policière contre le mouvement indépendantiste catalan. C’est aussi une atteinte des libertés démocratiques. Le régime monarchique de 1978 cherche à liquider définitivement les aspirations démocratiques de millions de personnes et envoie un message à tous ceux qui osent se mobiliser dans la rue pour exprimer leur mécontentement.

Le coup d’Etat institutionnel en Catalogne initié avec l’application de l’article 155 par le gouvernement du PP, avec le soutien du PSOE, de Ciudadanos et de la monarchie comme principal garant de l’unité territoriale, a pris une nouvelle dimension. Après un procès politique qui depuis le début s’est avéré être une farce, les peines appliquées aux ex « conselleres » [conseillers du gouvernement de Catalogne, NDT], l’ancien président du Parlement de Catalogne et les dirigeants de l’ANC et de Òmnium, la justice cherche à faire des exemples.

Le verdict rendu affirme que la déclaration d’indépendance était « symbolique et inefficace » et les juges soutiennent que le référendum a été « un soulèvement tumultueux encouragé pour transformer les décisions judiciaires de la Cour constitutionnelle et de la Cour supérieure de justice de Catalogne en papier mouillé ». C’est-à-dire qu’après avoir reconnu qu’il n’y avait pas eu de violence et qu’il y avait eu une mobilisation massive, ils condamnent un acte qu’ils considèrent comme « symbolique » sans conséquences majeures, avec des peines allant jusqu’à 13 ans de prison. Aujourd’hui, beaucoup se demandent, non seulement en Catalogne mais dans toute l’Espagne, ce qui peut attendre les ouvriers qui occupent les usines, les étudiants qui coupent les autoroutes, les femmes qui descendent dans la rue contre la violence machiste ou les voisins qui empêchent désormais les expulsions, une fois que sera normalisée cette application de la « doctrine pénale de l’ennemi » à un mouvement démocratique comme le mouvement catalan.

Depuis la tenue du Référendum d’autodétermination du 1-O et, plus encore, après le discours de Felipe VI « a por ellos » [aller les chercher, NDT] du 3 octobre 2017, l’offensive répressive du Régime de 78 a été comprise dans toutes les sphères de la société catalane. Frapper plus durement les indépendantistes a été plus difficile, comme on l’a vu lors de « l’opération judas » et de l’arrestation des militants des CDR. Un État qui criminalise la jeunesse catalane et basque au moyen de la loi du bâillon [la ley mordaza] ou de la loi antiterroriste, comme nous l’avons également vu avec l’affaire Altsasu.

Le gouvernement en exercice de Pedro Sánchez s’est mis à la tête de cette croisade répressive contre le mouvement indépendantiste après des déclarations dans lesquelles il a « averti » que « son pouls ne tremblerait pas » si dans les semaines à venir il devait appliquer un nouveau 155 en Catalogne. Quelques heures après la condamnation, il s’est présenté devant la presse, assurant qu’il s’agissait « d’un processus judiciaire qui s’est déroulé avec toutes les garanties et en toute transparence ». Mensonges. Cela a été remis en question par de nombreux juristes qui soutiennent que le droit à la défense a été violé, qu’une procédure judicaire fonctionnelle a été construite pour que la décision soit appliquée, et que les motivations sont politiques.

Le gouvernement Sanchez veut profiter de cette condamnation tristement célèbre pour se réaffirmer en tant que parti d’État et pilier du régime qu’il a toujours été, tout en cherchant à obtenir le soutien de la droite de l’arc politique pour son investiture.

Pour sa part, le leader de Podemos, Pablo Iglesias, a publié ce matin un message appelant à « assumer » et à « respecter » la loi et cette condamnation infâme, qui condamne non seulement les prisonniers politiques, non seulement le peuple catalan et leur droit de décider, mais constitue une atteinte aux libertés démocratiques de tous les travailleurs et peuples du pays. C’est pourquoi il est inouï qu’une organisation telle que Podemos protège, assume et appelle à « accepter » une telle attaque. Bien qu’elle ne surprenne personne, car c’est le destin d’une formation qui s’est déjà pleinement intégrée dans le régime monarchique comme sa « facette de gauche ». Lors des négociations avec le PSOE pour un gouvernement de coalition, Podemos a assuré il y a quelques mois qu’il accepterait l’application d’un nouveau 155 en Catalogne « en acceptant la position de direction du PSOE » en matière d’Etat.

Impulsons des assemblées antirépression dans les lieux d’étude et de travail. Construisons un grand mouvement de solidarité dans tout l’Etat

Face à la décision de la Cour suprême et à l’offensive actuelle de criminalisation et de répression en Catalogne, il est essentiel de renforcer la mobilisation sociale du mouvement indépendantiste indépendamment des partis souverainistes et de leur feuille de route qui proposerait un retour à l’autonomie.

La Plate-forme Tsunamic Democratic, l’Assemblée nationale catalane et le Forum culturel catalan, ainsi que de nombreuses organisations sociales et politiques, ont appelé à des actions et à des manifestations qui ont débuté ce lundi matin en Catalogne. Les étudiants ont paralysé les cours et se sont massivement mobilisés. De leur côté, les syndicats de gauche IAC et Intersindical CSC ont appelé à une journée de grève générale le vendredi 18 octobre et les CDR appellent également à la mobilisation. Des dizaines de milliers de personnes se mobilisent déjà. Pour étendre le mouvement, il faudra le doter d’une organisation démocratique à partir de la base, pour que ce soient les travailleurs, les étudiants et tout le peuple catalan qui puissent décider des actions à suivre et du cours politique.

Dans le reste de l’Espagne, à tour de rôle, des rassemblements sont organisés dans différentes villes à partir de ce lundi. Depuis le Courant Révolutionnaire des Travailleurs [CRT], avec les groupes de jeunes que nous impulsons, nous nous joignons résolument à toutes ces initiatives. Mais nous pensons qu’au vu de la situation actuelle, il est urgent d’élaborer un plan de lutte qui se poursuivra au-delà de cette semaine, et qui conduira à une mobilisation permanente en réponse à l’offensive du Régime contre le peuple catalan, mettant en place un grand mouvement démocratique dans tout l’Etat pour exiger une amnistie immédiate des prisonniers politiques.

C’est loin des prétentions des dirigeants indépendantistes qui, craignant que les rues ne débordent comme lors du 3O et font confiance à l’intervention de l’ANC, de l’Òmnium et de Tsunami Democràtic pour canaliser les protestations massives, ainsi qu’aux partis du régime, qui cherchent à tout diriger rapidement vers les élections du 10 novembre.

Dans ce contexte, il est nécessaire que la gauche indépendantiste et la gauche syndicale prennent l’initiative d’exiger que les syndicats majoritaires déclenchent une grève générale et promeuvent des assemblées et des grèves dans tous les lieux de travail et dans les salles de classe des centres éducatifs qui débordent la Catalogne pendant la journée du 18 et les jours qui suivent. Ce à quoi l’UGT et le CCOO s’opposent depuis le début.

Pour répondre de manière organisée à la condamnation et à la répression, il est indispensable d’élargir la base sociale du mouvement indépendantiste et de mettre la classe ouvrière au centre de la lutte, comme l’ont compris de nombreux secteurs ouvriers le 3 octobre après la répression du 1er. Pour cela, il est nécessaire de lier la lutte démocratique pour le droit de décider à la lutte à un programme de résolution d’autres problèmes sociaux tels que le chômage, la précarité, les pensions ou les services publics.

De la même manière, il est nécessaire que cette vague répressive envers le peuple catalan ait un impact sur le reste de l’Etat. La condamnation et la criminalisation du mouvement indépendantiste n’est rien de plus que le prélude à un saut autoritaire du Régime de 78 contre les droits et libertés démocratiques dans l’État dans son ensemble.

Amnistie pour les prisonniers politiques !

Assez de répression et de criminalisation !

Pour une grève générale en Catalogne !

Pour un grand mouvement à travers tout l’Etat contre le régime de 1978 et pour le droit de décider !




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