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« les petits gestes »

Indécent. GRDF appelle les français à « baisser leur chauffage » pour prévenir une pénurie de gaz russe

La directrice générale de GRDF, Laurence Poirier-Dietz, appelle les français à baisser le chauffage pour l’hiver 2022-2023 en raison de potentielles coupures d’approvisionnement en gaz russe. Une injonction indécente alors que la précarité énergétique explose, et une manière de plus de nous faire payer les conséquences économiques de la guerre en Ukraine.

mardi 29 mars

Face à une éventuelle interruption de l’approvisionnement en gaz depuis la Russie, conséquence possible de la guerre menée en Ukraine, la directrice générale de GRDF, principal distributeur de gaz naturel en France et en Europe, invite les français à baisser leur chauffage et préférer les douches aux bains. Rappelant l’injonction aux français à « faire des efforts » de Bruno le Maire au début du mois, les grands groupes énergétiques et le gouvernement ne cachent pas leur volonté de faire payer la crise mondiale en cours aux travailleurs et aux classes populaires.

« Il est important que l’ensemble des Français agissent dès maintenant [sur leur consommation de gaz] en baissant légèrement leur chauffage ou en préférant les douches aux bains », plaide Laurence Poirier-Dietz, directrice générale de GRDF dans Les Echos. En effet, elle considère que la France est capable de faire face à une éventuelle interruption de l’approvisionnement en gaz depuis la Russie pour la fin de cet hiver… mais pas pour l’hiver 2022-2023.

Pour cause, même si la Norvège demeure le principal fournisseur de la France (36 % du total des entrées brutes en 2020), la Russie représente 17 % de approvisionnement français en gaz naturel, largement devant l’Algérie (8 %), les Pays-Bas (8 %), le Nigeria (7 %) et le Qatar (2 %) d’après le Ministère de la Transition Ecologique

Une cessation de l’approvisionnement russe en gaz aurait donc de fortes répercussions. Par ailleurs, la Russie dispose des plus importantes réserves prouvées de gaz naturel devant l’Iran selon BP, 19,9% des réserves prouvées dans le monde à fin 2020 et reste le principal fournisseur extérieur de gaz de l’Union européenne. En 2019, ce pays a compté pour près de 41% des importations gazières de l’UE (contre 16% pour la Norvège) et est en particulier incontournable pour de nombreux pays d’Europe de l’Est, encore très dépendants du gaz russe (pays baltes, Pologne, République tchèque, Slovaquie, etc.).

« Il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour la fin de cet hiver. Les flux gaziers en provenance de Russie continuent à arriver en France normalement à ce stade et la fin de la saison froide approche », souligne Laurence Poirier-Dietz dans cette interview accordée aux Échos.
Mais pour l’hiver 2022-2023, « en cas d’interruption totale ou partielle des importations de gaz russe » des réductions voire coupures de gaz sont envisageables : « Nous nous préparons pour ce scénario qui serait sans précédent. Nous sommes prêts à appliquer des mesures exceptionnelles de réduction de la consommation, y compris dans l’urgence », alerte-t-elle, avant d’ajouter que « Si tous les ménages réduisaient la température d’un degré – la moyenne est généralement autour de 20 ou 21 degrés – et baissaient le chauffage la nuit ou lorsqu’ils sont absents de chez eux, on pourrait économiser de 10 à 15 térawattheures de gaz au cours de la période hivernale. Cela correspond à une baisse de l’ordre de 10% de leur consommation ».

D’après l’Observatoire National de la Précarité Energétique, 20% des ménages ont souffert du froid à l’hiver 2020, dont 36% pour des raisons économiques et 3.5 millions de ménages sont considérés en situation de précarité énergétique. Plus de 550 000 ménages ont subi des coupures d’approvisionnement par leur fournisseur suite à des impayés en 2020. D’après le baromètre du Médiateur de l’Energie, 60% des français ont réduit le chauffage pour des raisons économiques. Des difficultés à se chauffer qui ont des conséquences très concrètes sur la vie des personnes, comme le documente l’association l’Abbée Pierre. Ainsi, au-delà de la pénibilité de vivre dans un logement non ou mal chauffé, les risques de santé chroniques ou de dépression sont plus fréquents pour celles et ceux qui sont en précarité énergétique et notamment pendant les périodes de froid.

Si l’on comprend bien, la responsabilité pour dépasser une éventuelle crise d’offre du gaz devrait pour Laurence Poirier-Dietz reposer sur les ménages dont ceux qui peinent à se chauffer et en subissent les conséquences toute l’année. Bien que GRDF assure que les hypothétiques coupures et réductions forcées de la consommation seraient uniquement à destination des entreprises les plus consommatrices, cette rhétorique du « petit effort » collectif, la même que déployée par le gouvernement et les entreprises face à la crise climatique, n’est qu’une tentative particulièrement indécente et hypocrite de faire payer la crise résultant de la guerre en Ukraine aux travailleurs et aux classes populaires.



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