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Incendies en Grèce et en Turquie : des conséquences de la crise climatique et des politiques d’austérité

Dans un été marqué par une succession d’épisodes climatiques extrêmes, la Grèce et la Turquie subissent ces derniers jours des épisodes caniculaires et de terribles incendies, symptomatiques du réchauffement climatique mais résultant aussi d’une gestion catastrophique des gouvernements.

mercredi 4 août

Crédits photo : AFP

Depuis une semaine maintenant la Turquie fait face à de multiples incendies, considérés comme les pires de son histoire, avec déjà 100 000 hectares de cultures et de pinèdes brûlés. Au désastre écologique majeur que constitue l’incendie de la côté turquoise, s’ajoute un bilan humain déjà lourd avec huit morts, des centaines de blessés et des dégâts matériels (maisons, voitures et bétail ayant été emportés par les flammes) tandis que de nombreuses évacuations par bateau ont été rendues nécessaires et que l’incendie se rapproche désormais d’une centrale thermique à Milas.

En Grèce également, les départs de feu se multiplient ces dernières 48 heures, avec plus de 80 foyers recensés mardi. La banlieue athénienne de Varympompi, au pied du mont Parnès où s’est déclenché un feu de forêt, a été ravagée par les flammes, comme en attestent les images de la place principale en pleine ville et à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, entièrement brûlée, tout comme la forêt de Varympompi, l’un des poumons de la capitale grecque. Le nuage de fumée s’étend désormais sur la région d’Athènes et les habitants sont invités à rester chez eux portes et fenêtres fermées.

Les îles d’Eubée (au large de l’Attique), et de Rhodes (Dodécanèse) sont également frappées par de très violents feux de forêts qui menacent des habitations, ainsi que le sud du Péloponnèse.

Des épisodes extrêmes, conséquence du réchauffement climatique et de la gestion des gouvernements

La Grèce, la Turquie et le sud de l’Europe connaissent des épisodes caniculaires répétés cet été, avec des températures dépassant même les 45 degrés. Ces vagues de chaleur sont une conséquence directe de la crise climatique, et seront amenées à se répéter ainsi que s’en alarmait le Giec dans son récent projet de rapport. L’été 2021 est ainsi marqué par une succession d’épisodes climatiques extrêmes, des inondations en Allemagne et Belgique, aux canicules en Méditerranée en passant par le froid polaire qui a touché le Brésil.

Si ces épisodes climatiques extrêmes sont un des facteurs de l’aggravation des feux de forêt, force est de constater que les autorités n’ont en rien anticipé la multiplication de ces phénomènes. Pire encore, les politiques d’austérité menées en Grèce depuis la crise de 2008 ont réduit drastiquement le budget alloué à la prévention des feux de forêts. Comme le souligne le journal Prin, publié par le NAR (parti membre de la coalition d’extrême-gauche Antarsya), « l’incapacité de l’État à prévenir et à éteindre les incendies est chronique. Ils s’en tiennent seulement à une politique de « responsabilité individuelle » et à l’envoi de messages via le 112 pour éviter un nouveau Mati [incendie de 2018, le plus meurtrier de ces dernières années en Grèce] ».

Un autre facteur déterminant dans l’incapacité à lutter contre les incendies est la vétusté du matériel : « plus de 15 avions de lutte contre les incendies Canadair (9 CL-215 et 6 CL-415) sont en incapacité de voler ou de larguer de l’eau plus d’une fois en raison de défaillances », précise l’article. Une vétusté du matériel qui s’accompagne du démantèlement et de l’affaiblissement des services de pompiers. « Les incendies incontrôlés sont une autre expression du fossé qui se creuse au sein de la société grecque », témoigne ainsi Stephen J. Pyne, historien spécialiste des feux de forêt auprès de Reporterre. De même, le réseau électrique connaît de fortes surcharges dues à l’usage intensif des ventilateurs et climatiseurs en période de canicule qui ont entraînées des coupures d’électricité à Rhodes et l’endommagement de câbles électriques vétustes en Attique, comme le rapporte à nouveau Reporterre.

Même constat en Turquie, où l’opposition dénonce le démantèlement des unités de protection et de lutte contre les incendies, à l’image de bombardiers d’eau défaillants et bloqués au sol, dont la maintenance nécessiterait 4 millions de livres que le gouvernement se refuse à investir.
« Le principal parti d’opposition, le CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate), dénonce par exemple le démantèlement d’une organisation semi-publique dotée de bombardiers d’eau. Le chef de l’État botte en touche, attribuant l’indisponibilité d’engins à l’Association aéronautique turque, tandis que l’administrateur de celle-ci révèle l’absence de fonds publics nécessaires à la maintenance des avions. Le besoin est estimé à 4 millions de livres (400 000 euros) pour les faire décoller à nouveau. Une incroyable incurie au regard de l’ampleur de la catastrophe. », révèle l’Humanité.

La multiplication des incendies et des épisodes caniculaires, avec le réchauffement climatique, témoigne des conséquences désastreuses de l’exploitation de la nature et des hommes dans le système capitaliste. Des conséquences par ailleurs aggravées par la casse des services publics de prévention et de lutte contre les feux de forêts par les gouvernements bourgeois successifs.
Enfin, la responsabilité des gouvernements dans la multiplication de ces phénomènes est d’autant plus grande quand on sait qu’une grande partie de ces feux sont déclenchés volontairement à des fins de spéculation immobilière. En Grèce notamment, la loi de protection des bois et forêts brûlés s’est assouplie, attisant l’appétit des promoteurs immobiliers, d’où l’importance chaque été d’incendies criminels, en particulier dans la périphérie d’Athènes, que la sécheresse et les vents peuvent vite rendre incontrôlables.




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