^

Notre classe

Casse de l'éducation

« Ils ont géré les écoles comme les hôpitaux » Marie-Laure, parent d’élève et hospitalière, soutient les profs

La colère ne finit pas de croître dans l'éducation, mais la nouveauté, alors que le gouvernement pariait sur la division, c'est que les parents d'élèves sont à cran contre celui-ci, et pour nombre d'entre eux, soutiennent les enseignants qui font grève, voire participent à des blocages d'établissement en soutien. Nous avons interrogé deux travailleurs parents d'élèves qui expliquent les raisons de leur soutien au secteur de l'éducation en colère.

mercredi 19 janvier

Crédits photo : THOMAS SAMSON / AFP

Alors que la colère ne fait que grandir dans l’éducation, notamment suite aux dernières révélations de Mediapart quant aux annonces des protocoles par Blanquer à Ibiza, un caractère inédit ressort de ces premières dates de mobilisation : de nombreux parents d’élèves soutiennent la grève des enseignants, et participent parfois même aux blocages des établissements.

Nous avons interrogé Marie-Laure Charchar, travailleuse à la blanchisserie de l’hôpital et mère de deux enfants en bas âge : « ce qui est inédit c’est que d’habitude quand les profs font grève, les parents ils gueulent, mais là, c’est différent. Et notamment à cause des protocoles en carton du gouvernement, qui changent quasiment tous les jours : pour les parents, et le personnel des écoles, c’est du délire ! Ma belle-soeur a fait faire 6 tests à sa fille, parce que toutes les semaines il y avait un cas positif. Ça demande d’aller récupérer les gosses pour les isoler, quitter le taf. Et le fait de devoir faire des tests PCR, d’aller à la pharmacie qui la plupart du temps est blindée, avec un temps d’attente d’une heure et demi. La cerise sur le gâteau ça a été quand ils ont annoncé le protocole dans un journal payant, la veille pour le lendemain. »

La buandière, également militante syndicaliste étant secrétaire générale CGT de la blanchisserie mais également militante à Révolution Permanente dénonce : « tu peux te mélanger à l’école, dans les transports blindés, mais par contre pas le droit d’amener un gâteau d’anniversaire à l’école. C’est là qu’on voit le « quoiqu’il en coûte » pour que les parents puissent aller au taf et faire de l’école la garderie du MEDEF. »

Le problème que pointe la travailleuse et mère de famille, c’est la désorganisation totale de la gestion de la crise, qu’elle assimile à la situation dans l’hôpital public : « ils ont géré les écoles comme les hôpitaux, une catastrophe. L’éducation et la santé c’était si on veut les derniers services publics qui n’étaient pas sensés être à but lucratif. Maintenant on est obligés de se mobiliser et de soutenir les enseignants et le personnel des écoles. En plus, c’est pratiquement nos mêmes revendications : manque de personnel, non revalorisation des salaires, conditions de travail toujours plus dégradées... Il faut construire un gros mouvement pour la défense des services publics ».

C’est un argument que Thomas, métallo et militant CGT à l’usine Magna à Blanquefort, père de deux enfants également, reprend à sa manière : « l’éducation c’est ce qui conditionne notre avenir, c’est extrêmement important. Un service public normalement il garantit en théorie l’éducation et l’émancipation de nos enfants ... mais dans les faits, l’éducation nationale est aujourd’hui gérée comme une entreprise. Ça doit être rentable. Je suis dans la rue parce que j’ai pas eu la chance de faire des études supérieures, j’ai essayé mais avec quatre petits boulots à côté c’est compliqué. Aujourd’hui je veux garantir un avenir à mes enfants, qui puissent grandir et s’éduquer dans un service public à la hauteur. C’est pour ça qu’il est nécessaire de construire la convergence des secteurs, pour mes enfants, pour notre avenir, pour la défense des services publics, c’est pas possible que cela soit réservé toujours aux plus riches, dans une forme d’élitisation, et non au service de la majorité de la population. »

Marie-Laure Charchar insiste sur l’absurdité de ces protocoles pour la gestion par le personnel et les parents, mais aussi pour les enfants eux-mêmes : « d’un point de vue de suivi scolaire, t’isole ton gosse, ou les classes sont fermées, ce qui fait qu’en un mois le fils d’une amie par exemple est allé deux trois jours à l’école...c’est pas possible pour ces enfants et ça crée beaucoup plus d’inégalités. La problématique qu’il y a c’est que la maîtresse elle a des enfants aussi, et il suffit que les siens soient positifs, elle doit se mettre en arrêt, fermer la classe, et qu’après il y a pas assez d’effectifs pour pouvoir remplacer l’enseignant ».

« Les services publics, vous en avez tous eu besoin, ce sont les premières et deuxièmes lignes, comme on les appelle, qui ont continué de faire tourner la société pendant la crise, nous pendant la crise sanitaire on était au maille parce qu’un service public par essence c’est du 7jours/7 et 24h/24, sans but d’argent, et au service de la population. Aujourd’hui à cause de toutes les casses et cures d’austérité, c’est plus ça. Pour cette raison on devrait tous être unis pour défendre le statut de la fonction publique, et dénoncer le manque de personnel, les conditions désastreuses de travail, les salaires de merde. Il faut construire un véritable front commun contre ce gouvernement. »

Et les dernières révélations n’ont fait qu’attiser la colère, c’est ce qu’exprime la mère de famille et travailleuse à l’hôpital : « Le mec [Blanquer] était en maillot de bain sur une serviette pour pondre ces protocoles, nous on est en pleine crise et on doit faire face à l’improvisation. C’est comme Véran qui s’isole alors qu’il dit que les soignants s’ils sont positifs ils doivent aller au maille. Et ça, ça va pas tarder pour les profs justement pour obliger de faire garderie de MEDEF. C’est la décadence, de comment eux ils vivent en télétravail à Ibiza, et nous au charbon en pleine épidémie. Jusqu’à quand les gens ils vont pas en avoir marre ? »

En termes de perspectives, Marie-Laure souligne l’importance que les parents d’élèves soutiennent le combat des profs contre le mépris du gouvernement, mais aussi la nécessité d’élargir le mouvement à l’ensemble des secteurs du monde du travail.



Mots-clés

Covid-19   /    Crise sanitaire   /    Education nationale    /    Grève   /    Grève générale   /    Education   /    Notre classe