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Attentat

« Il s’agit d’une attaque terroriste, politique ». La communauté kurde mobilisée après l’attentat de vendredi

Une nouvelle manifestation en hommage au triple assassinat de vendredi dernier contre des militant·e·s kurdes avait lieu ce lundi à Paris. Alors que la lumière sur l’origine de l’attaque reste à faire, les manifestants ont dénoncé l’attitude de l’État français qui tend à écarter la piste d’un attentat visant le mouvement kurde.

Louis McKinson

26 décembre 2022

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Crédits photo : JULIEN DE ROSA / AFP

Suite à l’attentat qui a tué trois militants kurdes vendredi 23 décembre à Paris et à la répression féroce qui s’est abattue sur les manifestants qui ont rendu hommage aux militants assassinés, une nouvelle manifestation était organisée ce lundi. A l’initiative du Conseil Démocratique Kurde (CDK), la fédération des associations de la diaspora kurde qui a été visée vendredi, 1500 personnes ont défilé à Paris.

La manifestation est partie du Centre culturel Ahmet Kaya, rue d’Enghien dans le Xème arrondissement de Paris, où ont été abattus les trois militants kurdes vendredi et a cheminé jusqu’au 147 rue Lafayette, où trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, avaient été assassinées en janvier 2013, il y a près de 10 ans.

Un parcours symbolique alors que, pour la communauté kurde, l’attentat de vendredi et son traitement par l’État a un goût de déjà vu. « En 2013, on nous a dit la même chose, on nous a dit qu’il s’agissait d’un règlement de compte interne, on nous a dit que c’était l’histoire d’un loup solitaire, on nous a dit que c’était le fait d’un homme dérangé, et nous dès le premier instant nous avons dit qu’il y avait l’État barbare turc derrière ce triple assassinat et nous avions raison » a ainsi dénoncé Berivan Firat, porte-parole du CDKF, au micro.

Pour l’organisation, le même tour de passe-passe est à l’œuvre autour de l’assassinat de vendredi : « S’en prendre à la pionnière du mouvement des femmes kurdes Êvîn Goyî, abattre un patriote kurde, abattre un artiste kurde, à qui voulez-vous faire croire qu’il s’agit d’une attaque raciste ? Il s’agit d’une attaque terroriste, il s’agit d’une attaque politique ».

Le coupable de 2013 est mort en prison, et si l’affaire n’a jamais été pleinement résolue publiquement, l’État maintenant le « secret défense » concernant des éléments qui permettraient de clarifier le fond de l’affaire, il est désormais établi que le tueur avait des liens avec le MIT, les renseignements turcs. En ce sens, le CDK continue d’exiger la levée du secret défense concernant le triple assassinat de 2013 et demande la reconnaissance du caractère politique de l’attentat de vendredi contre des militants kurdes.

De fait, dès vendredi dernier, jour de l’attentat, Darmanin qualifiait l’attentat de « fusillade » et décrétait que « le tueur a manifestement agi seul ». Dans ses pas, le Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, justifiait la non-saisie du parquet antiterroriste en posant comme critère « l’adhésion ou pas à une idéologie politique revendiquée ». Si l’origine de l’attentat reste encore obscure et que la piste de l’acte isolé ne peut être écartée, il est clair qu’aucune confiance ne peut être donnée à l’État français pour lever le voile sur l’affaire.

Dans la manifestation, les militants du CDKF ont également dénoncé le fait le PKK soit considéré comme une organisation terroriste par l’Union européenne. « Nous avons donné nos vies pour combattre en Syrie. Il est temps de dire que le mouvement de libération kurde, en l’occurrence le PKK, dont plus de 4.000 militants sont morts contre Daesh, sont des forces légitimes et qu’il faut le déclasser de la liste des organisations terroristes » a ainsi expliqué Berivan Firat.

Une revendication à laquelle s’associe Révolution Permanente, qui soulignait dans un communiqué dimanche : « La lumière doit être faite sur les responsabilités et éventuels commanditaires de cet attentat. Nous exigeons le retrait du Parti des travailleurs du Kurdistan de la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne et réaffirmons notre plein soutien à la lutte pour le droit à l’autodétermination du peuple kurde. »

La répression brutale que l’État français a abattu contre les manifestants venus rendre hommage aux victimes vendredi et samedi a montré à quel point celui-ci ne saurait être un allié dans ce combat. Aussi, les demandes du mouvement kurde ne pourront être obtenues que par le rapport de forces et la mobilisation la plus large, à laquelle le mouvement ouvrier et l’ensemble des organisations de la gauche et du mouvement social doivent prendre une part active.


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