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« Ici la grève appartient aux grévistes ». A Grandpuits, soutiens et détermination se renforcent

Pour le 23 ème jour de grève à Grandpuits, une nouvelle assemblée générale a eu lieu. Alors qu'un tournant se joue dans la grève, les grévistes ont tenu à rappeler que celle-ci leur appartenait et ont évoqué la question d'un durcissement. Plus d'une centaine de soutiens, politiques, syndicaux et écolos étaient également présents.

mercredi 27 janvier

Ce mercredi 27 janvier alors que la grève des raffineurs de Grandpuits en est à son 23 ème jour cent personnes étaient déjà présentes autour du barbecue à 13h et jusqu à 14 heures les soutiens ont continué à affluer le rassemblement regroupant alors facilement 200 personnes. Sans une minute de retard, l’assemblée générale commence. Les grévistes se serrent autour du micro, nombre d’entre eux sont en bleu de travail. De très nombreux soutiens de différents secteurs sont présents, des représentants syndicaux et politiques sont là. Mais pour commencer la parole est aux grévistes.

« La grève appartient aux grévistes : c’est comme ça que ça se passe à Grandpuits »

Adrien, raffineur et délégué CGT ouvre l’assemblée générale par un retour sur le CSE qui s’est déroulé les jours précédents à la tour Total avec la direction. Il cite : « On aura nos réponses au CSEC 3 le 9 février. Il n’y a pas d’avancée pour moi, il manque certaines de nos demandes, pour d’autres c’est un non ferme » et poursuit ensuite « on doit discuter aujourd’hui d’un tournant, on doit discuter de quelle suite on donne à ce genre de retour des CSE ».

Juste après lui Jérôme, délégué CFDT prend la parole : « Nos élus sur place ne nous font pas les même retours. Là-haut ils prennent note. On dit pas qu’on obtiendra les 40 postes, mais ils notent » avant d’ajouter un peu plus tard « on dit une chose : ce sont les organisations syndicales qui négocient, qui signent, ce ne sont pas les salariés. C’est nous qui décidons. Depuis le début c’est ce qu’on dit. » Les premières contestations fusent de touts parts, à commencer par les grévistes à la base, Adrien reprend alors la parole « C’est une question fondamentale de comment on pense la grève. Nous, à la CGT, on s’est engagé auprès de l’assemblée générale des grévistes à se soumettre à toute décision de l’assemblée générale des grévistes, c’est pas la CGT qui décide toute seule de l’impact de son petit stylo . C’est pas la CGT qui fait grève, c’est les grévistes, syndiqués, non syndiqués qui perdent du salaire depuis le 4 janvier, donc c’est eux qui décident. » Après l’intervention d’Alexis représentant syndical Force Ouvrière, Sébastien va prendre la parole au nom du comité de grève qui réunit les délégués de chaque ligne : « On a voté la dernière fois à AG qu’la grève appartenait aux grévistes, c’est toujours d’actualité ou pas ? ». Un flot de oui lui fait écho, il enchaîne « On est d’accord. Donc si demain on veut foutre le bordel ici, on fout le bordel. C’est pas les organisations syndicales qui vont nous dire ce qu’on a à faire. Les OS c’est une aide, parce qu’ils sont là pour ça, ils ont été élus pour ça. L’outil de travail il est à nous les grévistes, c’est nous qui rapportons le pognon, alors si demain on décide de poser le cul ici, parce qu’on a pas ce qu’on veut, parce qu’on a pas d’emploi et bien on pose le cul et on reste en grève jusqu’à la fin. La grève aux grévistes c’est comme ça que ça se passe à Grandpuits et c’est comme ça que ça devrait se passer partout en France dans tout le monde du travail. »

Après le vote de la poursuite de la grève- jusqu’au mardi suivant- une seconde discussion a été ouverte sur les modalités de celle-ci et la possibilité de durcir le ton. Fusent alors plusieurs : « plus de relèves ». Certain propose de faire monter la pression, d’autres d’arrêter complètement : « à partir de maintenant je souhaite ne plus prendre la relève, parce que c’est la dernière ligne droite, tant qu’ils n’ouvriront pas le dialogue avec des choses concrètes sur l’emploi je ne souhaite plus prendre la relève ». Dans le même sens une autre voix ajoute : « il faut durcir si on veut avoir des réponses plus rapidement, si on veut être écoutés »

Délégations de travailleurs, soutiens écolos et politiques : la grève est entourée

Les soutiens ont ensuite pris la parole. Ils sont venus de toutes parts, mais la première à prendre le micro est Amélie, une des femmes de raffineurs à l’origine du groupe de familles qui s’est montée en soutien à la grève : « L’objectif c’est aussi de participer à ce qui se passe sur le piquet, sur l’organisation, le bois etc. On est la pour vous pour vous encourager surtout ne lâchez rien ! » Et en répondant à une non-gréviste véhémente, elle ajoute : «  et je veux dire à la petite dame du fond qu’elle vienne prendre nos vies, si elle a pas peur de voir partir son mec et ne pas savoir s’il va revenir après avoir travaillé sur des installations un peu bancales ».

Viennent ensuite les délégations ouvrières, sur le piquet sont présents des travailleurs de la RATP, de la SNCF, de Géodis, de la poste, de l’éducation nationale, de l’énergie, de PSA Mulhouse, de Neuhauser en Moselle. D’abord une vingtaine de militants de la CGT RATP sont venus avec des chèques de sections de plusieurs dépôts, cumulant 1450 euros. Olivier Terriot du dépôt d’Asnières explique : « Quand on était en grève pour la réforme des retraites, l’argent ça a été important et tous les dons nous ont aidé. Alors aujourd’hui on est quelques sections à avoir donné l’ensemble de nos cotisations ». Anasse, cheminot et délégué Sud-Rail prend ensuite la parole et insiste sur l’importance de la lutte en cours : « votre grève elle est déterminante, si demain vous faites reculer la direction de Total c’est sur il va y avoir une explosion dans le pays, ça va donner du baume au cœur à tout le monde dans une période où ils veulent qu’on courbe l’échine et qu’on ferme nos gueules ! ». Vincent de son côté est venu depuis PSA Mulhouse avec 300 euros à apporter à la caisse de grève : «  cette bataille c’est la bataille de tout le monde et ce qu’on voit encore une fois aujourd’hui c’est que les patrons sans nous ils ne sont rien !  ». Gaël postier dans le 92 conclut en disant : « Aujourd’hui on l’a vu de nombreux secteurs sont là pour vous soutenir, plein de travailleurs connaissent la grève malgré toutes les difficultés médiatiques. Et ici on prend l’engagement de faire connaître la grève et de l’élargir ! »

Et alors que Total se targue de supprimer des emplois pour le bien de la planète et au nom de la transition écologique, plusieurs organisations écolos en soutien depuis le début du conflit sont présentes. François militant de Greenpeace commence en expliquant : « On est là pour vous soutenir. Il faut arrêter d’opposer la fin du monde et la fin du mois. Total et le gouvernement, les deux sont responsables de la destruction du climat et de l’environnement ; ils sont responsables de la casse sociale. Il faut donc se battre ensemble parce que pour les générations futures il faut une planète viable et du travail. » Dans le même sens Cécile des Amis de la Terre poursuit : « L ’écologie de Total c’est celle des puissants. Nous on veut construire une écologie populaire et cette écologie elle partira de vous parce que c’est vous les travailleurs qui connaissez vos moyens de productions et qui savez au mieux comment aller vers un monde sans pétrole. Pour les emplois et pour le climat on se portera mieux sans Pouyané ! »

Adrien a aussi tenu à souligner l’importance du soutien de la jeunesse depuis le début du conflit : «  C’est la jeunesse qui a repeint la Tour Total en vert ! C’est eux qui sont à nos côtés dans la rue, pour récolter 1000, 2000€ pour la caisse. Ils sont là pour qu’on gagne parce qu’ils ont compris qu’on se battait pour leur avenir ».

Plusieurs organisations politiques sont également présentes pour marquer leur soutien : le NPA, la France Insoumise, le Parti Communiste, EELV et le Parti de Gauche. Clémentine Autain, députée France Insoumise exprime : «  son soutien du fond du cœur. On mesure ce que ça veut dire quatre semaines de grève et quatre semaines sans salaire. Ce que vous faites pour l’emploi c’est essentiel et c’est inadmissible de faire porter le chapeau aux employés en disant qu’ils ne sont pas écolos parce qu’ils tiennent à leur emploi ». Un ensemble d’organisations politiques l’année dernière au moment de la grève des retraites avait monté un « téléthon de la grève », la caisse est toujours ouverte et ils remettent ce mercredi, 10 000 euros à la caisse de grève en rappelant que c’est le nerf de la guerre.

Frédéric Lordon conclu en insistant : « C’est pas juste quelques centaines de raffineurs à Grandpuits : il faut que tout le monde voit qu’un système qui vient nous expliquer que pour sauver la planète il faut jeter les salariés à la rue est un système vicieux. Et qu’un système vicieux est un système, je ne dis même pas à changer, c’est un système à détruire. […] Sachez une chose, c’est que nous avons hautement conscience que en luttant pour vous, vous luttez aussi pour nous. Et parce que pour vous luttez pour nous alors nous lutterons avec vous. »

Et c’est effectivement sous le signe de cette solidarité très forte et bien entouré que les grévistes de Grandpuits ont voté la reconduction de la grève.

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