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Droit à l'avortement

IVG dans la Constitution : Macron nous enfume, mobilisons-nous pour un droit effectif à l’avortement !

Pour le 8 mars, jour de grève féministe, Macron a annoncé un projet de loi pour constitutionnaliser l'IVG. Un nouvel effet d’annonce des plus hypocrites de la part d'un gouvernement qui méprise les femmes et les LGBTI.

Camille Lupo

13 mars 2023

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Ce 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, Macron a tenté de se montrer féministe en annonçant un nouveau projet de loi pour inscrire l’IVG dans la Constitution. Une annonce saluée par de nombreuses organisations féministes, telles que la Fondation des femmes.

Suite et fin d’une aventure parlementaire de la NUPES en alliance avec la macronie et la droite

En effet, cette annonce était attendue. Depuis l’abrogation de l’arrêt Roe v. Wade, retirant du jour au lendemain aux états-unienn·es leur droit d’avorter, les organisations féministes avaient fait de la constitutionnalisation de ce droit l’une de leurs revendications centrales afin de « garantir » sa protection en France. Macron s’y était alors dit favorable. S’en est suivi toute une aventure parlementaire : après le rejet par le Sénat d’un premier texte en octobre, l’Assemblée a adopté une proposition de loi issue d’un compromis entre la France Insoumise et LREM en novembre, puis le Sénat a finalement adopté ce texte en février après l’avoir amendé pour le limiter à une stricte mention de la « liberté des femmes d’avorter » dans la Constitution.

Après tout ce théâtre au parlement cependant, c’est encore au gouvernement que revenait le dernier mot. En effet, malgré l’annonce d’une « victoire historique » par la gauche parlementaire ayant fait adopter son texte au prix de nombreuses concessions, celle-ci restait en dernière instance obligée de se tourner vers le gouvernement, en espérant qu’il déclenche un projet de loi qui permettrait de modifier la Constitution sans passer par un référendum. Et la députée FI Mathilde Panot d’interpeller la première ministre sur twitter : « La voie est libre Mme Borne : à vous de déposer un projet de loi ! » A l’approche du 8 mars, dans un contexte inédit de grève, et alors que le gouvernement poursuit son alliance avec les secteurs droitiers de LR, un tel projet de loi est une occasion à ne pas manquer pour redorer son blason sur sa gauche, à moindre frais.

C’est aujourd’hui chose faite : pendant que des milliers de femmes manifestaient contre la réforme du gouvernement et pour leurs droits, Macron s’est empressé de dégainer sa carte « féministe » en annonçant constitutionnaliser le droit à l’IVG. Mais en réalité l’aventure parlementaire n’est pas terminée parce que la loi de constitutionnalisation de l’IVG ne sera pas le seul sujet que le Président soumettra à la ratification du parlement. La mesure de constitutionnalisation de l’IVG pourrait n’être qu’un appât afin de masquer d’autres sujets. Ainsi, si les députés et les sénateurs ne soutiennent pas l’ensemble des sujets présentés, le projet de loi pourrait ne pas être adopté à la majorité des 3/5e par le Parlement réuni en Congrès.

Pour garantir le droit à l’IVG, la nécessité d’un programme féministe anticapitaliste

Dans la continuité de son hommage hypocrite à Gisèle Halimi, avocate anticoloniale et anti-impérialiste dont le combat représente tout ce que Macron déteste, cette annonce masque mal le mépris du gouvernement pour les femmes et les LGBTI.

Alors qu’il n’échappe plus à personne que la réforme des retraites est une attaque non seulement antisociale mais aussi profondément patriarcale, les femmes et les LGBTI étaient nombreuses et nombreux à faire grève ce 8 mars dans la continuité du mouvement initié le 19 janvier, contre Macron et le projet de vie qu’il entend nous imposer : nous exploiter jusqu’à la mort, notamment pour les secteurs les plus précaires et dévalorisés de la société qui sont très largement féminisés et racisés.

Comme le dénoncent les travailleuses et travailleurs de l’éducation, de la santé, ou encore les associations venant en aide aux femmes et aux LGBTI, les baisses de salaires réels, le travail précaire et les coupes budgétaires mises en place par Macron et ses prédécesseurs sont autant d’attaques contre le droit à un avortement libre et gratuit effectif pour toutes et tous. Sur son site, le Planning Familial explique : « L’avortement est un événement fréquent dans la vie des femmes, mais il demeure pour certaines un véritable parcours de la combattante ! En France, nombreuses sont les femmes qui rencontrent des difficultés d’accès à l’avortement : accueils culpabilisants, centres IVG fermés ou injoignables, désinformation, double clause de conscience, méthode imposée, non application de la loi, nombre de consultations difficilement compatibles avec une vie familiale et/ou professionnelle… Ces situations sont aggravées pour les personnes en situation de pauvreté, de migration, d’exclusion et pour les personnes mineures. Le droit à l’avortement est fragile : les droits des femmes et des personnes opprimées sont les premiers menacés et attaqués en situation de crise sanitaire, sociale, économique ».

Dans cette situation, il est évident que ce n’est pas la constitutionnalisation de l’IVG, quelle qu’en soit la formulation, qui pourra garantir un accès digne et égal pour toutes et tous à ce droit. De ce fait, la demande des organisations féministes telles que Nous Toutes ne peut qu’être instrumentalisée par des forces politiques, à commencer par Macron et par la droite, qui aspirent à se donner un visage féministe en même temps qu’elles crachent ouvertement à la figure des femmes et des LGBTI. C’est ainsi que la bataille parlementaire menée par la NUPES non seulement n’est d’aucune aide pour les femmes et les LGBTI, mais finit par être récupérée au profit d’un projet qui va à l’encontre de leurs intérêts.

À rebours de cette logique, la lutte féministe pour garantir le droit à l’IVG ne peut qu’aller de pair avec la lutte pour des augmentations de salaires et des moyens massifs pour les services publics, comme la santé et l’éducation.C’est seulement en imposant de telles mesures qu’il sera possible de mettre en place, sous contrôle du personnel éducatif et des soignant·es, de véritables politiques de prévention des risques liées à la santé sexuelle et de prise en charge digne des femmes et hommes trans souhaitant avorter.

Dans cette perspective, Macron ne pourra jamais être notre allié : c’est au côté des travailleurs en grève que les militant·es féministes pourront construire un rapport de force à même d’imposer un droit effectif à l’IVG pour toutes et tous. Or, au moment même où un bras de fer est engagé entre le monde du travail et le gouvernement, il est fondamental que le mouvement féministe mette ses forces au profit de la construction de la grève, en y apportant sa force et ses revendications. Contre la réforme des retraites, mais aussi pour des augmentations de salaires et des moyens massifs pour les services publics : voici un programme féministe que la macronie et la droite ne pourront jamais se réapproprier et qui pourrait permettre de massifier le mouvement en cours pour le faire triompher sur toute la ligne.


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