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Du Pain et des Roses

Hongrie. Victor Orban criminalise les personnes LGBTI en les assimilant à des pédophiles

En Hongrie le projet de loi du gouvernement de Victor Orban, en souhaitant assimiler les homosexuels aux pédophiles, cherche à criminaliser les personnes LGBT+. Si la Commission européenne fait mine de s’en préoccuper, c’est pour apparaitre comme une aile progressiste capable de répondre au mouvement des personnes LGBT+, que l’Union participe aussi à opprimer et précariser.

jeudi 1er juillet

ATTILA KISBENEDEK / AFP

Mardi 23 juin, l’UEFA a refusé la proposition de la mairie de Munich accueillant le match de football Allemagne-Hongrie d’illuminer le stade aux couleurs arc-en-ciel en soutien aux personnes LBGT+ de Hongrie visées par une loi interdisant la « promotion » de l’homosexualité ou de déviations de l’identité de genre auprès des mineurs, un texte particulièrement vague susceptible de criminaliser pratiquement toute existence publique des personnes LGBT+ dans le pays. Dans la foulée, Marine Le Pen a donné le 24 juin son soutien à Viktor Orban, prétendant qu’aucune sexualité ne devrait être « promue » auprès des mineurs et que la politique devrait rester en-dehors du football.

Deux affirmations nauséabondes alors que les normes en matière de genre et de sexualité sont imposées aux enfants dès leur plus jeune âge dans notre société hétéro-patriarcale. De fait, les compétitions sportives sont éminamment politique et les réactions suscitées par le refus de l’UEFA d’afficher les couleurs de l’arc-en-ciel sur le stade de Munich cristallisent les offensives sur les droits LGBT+ à niveau européen.

En effet, le parti Droit et Justice, au pouvoir en Pologne depuis 2015 a par exemple mis en place des « zones idéologie sans LGBT ». Les politiques homophobes et transphobes en Pologne ont conduit à l’augmentation des actes de violence envers les personnes LGBTI+.

Du côté de la Hongrie, Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010 a déjà pu modifier la Constitution hongroise en 2012, introduisant des références aux « racines chrétiennes » de la Hongrie, supprimé la disposition proclamant l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, largement attaqué le droit à l’avortement et largement restreint le droit de grève. Il s’est également illustré par des politiques très répressives à l’encontre des migrants, construisant un mur à la frontière avec la Serbie, refusant les quotas de l’Union Européenne en matière d’accueil de réfugiés. Ces politiques ont été condamnées à l’international mais à l’heure actuelle, la procédure initiée en 2018 pour violation des principes de l’Etat de droit demeure actuellement au point mort, plusieurs États dont la Pologne refusant d’y participer.

Enfin la Hongrie a déjà adopté en 2020 des lois transphobes et homophobes interdisant respectivement le changement d’état civil pour les personnes trans et intersexes et l’adoption pour les couples homosexuels, toujours sans sanction de la part des institutions européennes.

Le pinkwashing de la Commission européenne

La proposition de la mairie de Munich et le refus de « prendre position » de l’UEFA ont entraîné une vague de réactions de la part de joueurs de foot, l’affichage des couleurs arc-en-ciel sur plusieurs stades sportifs allemands, et surtout de nombreux dirigeants européens.

Dix-Sept dirigeants européens ont ensuite réagi le 24 juin en adressant une lettre aux chefs des institutions européennes et à l’ONU alertant sur la nécessité d’assurer le respect des droits des personnes LBGT.

Une attitude pour le moins hypocrite puisque les lois homophobes et transphobes se multiplient depuis déjà plusieurs années dans différents États de l’Union Européenne et que celle-ci use de remontrances diplomatiques pour feindre d’agir, particulièrement cette fois-ci sous la pression de la médiatisation apportée par le contexte de la coupe d’Europe de football et on peut douter que l’initiative ne donne de suites utiles aux personnes LGBTI+ vivant en Hongrie ou en Pologne.

Ces déclarations ne sont que des moyens pour les autres gouvernements européens de se donner un vernis progressiste alors même qu’en France la loi bioéthique ouvrant la PMA aux couples de femmes vient d’être votée, 10 ans après les premières annonces, et avec des restrictions importantes puisqu’elle n’autorise toujours pas la PMA pour les personnes trans, ne protège toujours pas les personnes grosses contre les discriminations en centre de PMA, n’interdit toujours pas les réassignations sexuelles forcées sur les personnes intersexes ; ou encore que les associations LGBTI ont enregistré une hausse des violences intra-familiales sur les personnes LGBTI au cours des dernières années, violences auxquelles les personnes LGBTI sont d’autant plus exposées du fait de politiques réactionnaires de réduction des dépenses publiques qui se basent sur le noyau familial pour allouer ou non les minimas sociaux ; et que plus largement les personnes LGBTI voient leur exposition à la précarité renforcée du fait des politiques de réduction des dépenses publiques et d’augmentation du chômage.

Les États participent au maintien des LGBTIphobies, selon des politiques différentes, mais l’initiative des dirigeants européens est une opération médiatique qui leur permet de faire oublier leurs responsabilités au sein de leurs États respectifs en pointant simplement la Hongrie sur laquelle l’attention a été portée par la controverse entre l’UEFA et la mairie de Munich. Il faut avant tout activement combattre l’extrême droite et les LGBTIphobies en luttant contre toutes les politiques réactionnaires, racistes, homophobes et transphobes et anti-sociales qui permettent une mise en concurrence des travailleurs ne faisant que renforcer le poids des oppressions sur les personnes qui les subissent.




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