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Politique

Au Rond-Point, tournez à gauche.

Hollande sur scène, bientôt en tournée dans toute la France

Pour son retour sous les projecteurs, Hollande-candidat aura choisi la proximité…D’avec le Palais de L’Elysée, que jouxte -ou presque- le Théâtre du Rond Point, dirigé par Jean Michel-Ribes, soutien indéfectible. Pour un rapprochement avec son électorat en perdition, la route est encore longue…

mercredi 4 mai 2016

Pierre Reip

Sur le papier, Hollande était invité mardi à prononcer le discours de clôture du colloque « La gauche et le pouvoir », organisé par Terra Nova, La Fondation Jean Jaurès et la Fondation européenne des études progressistes, trois « think tanks » du PS. Prétexte ! Après l’« Alliance Populaire » de Cambadélis, « HÉ HO la gauche ! », le leitmotiv « La France va mieux » et la campagne de carte postales « Progrès en plus », le président et son parti, réduit à son plus simple appareil, mettent en branle une fastidieuse opération de reconquête.
La date du 3 mai ne doit rien au hasard, puisqu’il s’agit jour pour jour, des quatre-vingt ans de la victoire du Front Pop’ aux élections législatives de 1936.
Le message est clair : après quatre années de politiques antipopulaires et de contre-réformes, le président, plus bas que terre dans les sondages, entend se refaire une jeunesse…à gauche.
Tel un prestidigitateur, le voilà qui entreprend sous nos yeux de changer l’eau en vin…ou plutôt l’acide caustique en Hydromel. Décapant ? La ficelle est grosse, mais Hollande sait qu’il peut compter sur la presse affidée au gouvernement pour nous la faire avaler. David Revault d’Allonnes estime ainsi, dans un article convenu du Monde, que « le président a livré l’un des propos les plus clairs et les plus argumentés de son quinquennat ». La palme de la flagornerie revient, comme c’était prévisible, à Laurent Joffrin, qui dans son édito pour Libé ose une comparaison tout aussi flatteuse qu’étonnante : « François Hollande prend donc son bâton de pèlerin pour rappeler qu’il y a dans son bilan un certain nombre de mesure de gauche. La chose est incontestable ». On appréciera l’emploi du « certain ». Côté bâton, c’est plutôt de la matraque qu’on a goûté ces derniers temps.
Le show fut loin d’être à la hauteur des critiques et les lapalissades du président ne font pas illusion : « Ce n’est jamais parce que la gauche est au pouvoir que c’est difficile, c’est parce que c’est difficile que la gauche est au pouvoir ». S’il a toujours été plus pompidolien qu’autre chose en quatre ans de mandat, Hollande se campe en Léon Blum, qu’il cite allégrement, pour illustrer son rapport au pouvoir : « Je ne viens pas ici en vous disant : éloignez de moi ce calice, je n’ai pas voulu cela, je n’ai pas demandé cela ».
Les paroles, plus encore lorsqu’elles sonnent creux, ne suffisent pas. Hollande et son équipe de communicants le savent bien, et c’est aussi pour cela qu’il donne des gages et fait des gestes, pour se reconstituer un semblant de base électorale et entretenir l’idée que la situation économique s’améliore. Les négociations secrètes autour du TAFTA suscitent la réprobation générale ? Hollande met en scène son opposition au traité. Hausse de 1,2% du point d’indice des fonctionnaires, prime cache-misère de 800 euros par an pour les enseignants du primaire…et surtout 650 millions d’euros pour les policiers et gendarmes, premiers bénéficiaires d’un subit élan de générosité de 4 milliards d’euros. Une goutte d’eau à côté des dizaines de milliards offerts aux patrons sous forme de crédit d’impôt.
La mécanique est bien huilée. Suffira-t-elle à convaincre ?



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