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Politique

Une véritable rupture ?

Hamon et la loi travail : le "frondeur" qui n’a pas osé faire tomber Valls

La victoire de Benoît Hamon aux primaires de la gauche contre Manuel Valls a sanctionné la rupture d'une grande part de l'électorat traditionnel du Parti socialiste avec la politique répressive et pro-patronale du quinquennat de François Hollande. Dans un contexte où les aspirations à un autre « monde » débarrassé du chômage de masse et de la précarité sont fortes, notamment au sein de la jeunesse engagée dans la mobilisation contre la loi Travail, la candidature de Hamon, qui concurrence désormais réellement celle de Mélenchon et de la France Insoumise, trouve un certain écho. Aujourd'hui farouche opposant à la loi imposée à coup de 49.3 contre les revendications de la rue, Hamon se donne le beau rôle de pourfendeur du bilan de François Hollande. Pourtant, à bientôt un an de l’anniversaire des débuts de la mobilisation, les faits ne peuvent être mis aux oubliettes. Retour sur le parcours pas si subversif d'un frondeur d'appareil. Boris Lefebvre

mercredi 1er février 2017

La victoire de Hamon, député frondeur de l’aile gauche du Parti socialiste, a mis une claque sévère à la politique répressive et anti-sociale que le gouvernement Valls a mis en œuvre ces derniers mois. Avec le basculement de la primaire du PS vers une ligne plus à « gauche », Hamon tente de d’incarner un renouveau pour capitaliser sur les aspirations qui se sont exprimées lors du mouvement contre la loi travail et son monde. Il est pourtant important de rappeler, qu’alors qu’il dénonce la loi travail comme l’incarnation « d’un déni de démocratie » qu’il entend bien abroger, Hamon a bien su encaisser cet affront à ses « valeurs » au moment où il avait les cartes en main pour faire tomber le gouvernement Valls et la loi Travail avec.

Aux mois de mai et de juillet derniers, par deux fois, l’ex-premier ministre de Hollande emploie le 49.3 pour faire passer en force une loi travail que la rue rejette avec acharnement et malgré la répression policière. À l’assemblée, les tractations vont bon train pour faire croire à un mouvement de révolte qui contaminerait l’hémicycle. Les frondeurs du PS, prétendument en rupture avec la ligne libérale incarnée par Valls et El-Khomri, font en définitive tout pour ne pas concrétiser les motions de censure déposées contre la disposition la plus anti-démocratique de la Vème République. Les deux motions déposées vont systématiquement échouer à quelques voix près... Les frondeurs n’ont pas manqué une « opportunité » de les faire aboutir mais ont bien, par calcul politique et par peur de prendre la responsabilité de saper leur appareil, organisé leur échec. En mai, les frondeurs ne parviennent à réunir que 56 voix sur les 58 nécessaires pour faire passer la motion de censure. Ils refusent de voter celle déposée par la droite à laquelle il ne manque que 42 voix pour faire tomber le gouvernement. Même scénario en Juillet : À l’appel du Front de Gauche et d’Europe Écologie les Verts, les frondeurs parviennent encore une fois à échouer aux portes de la victoire.

Alors que les frondeurs dont Hamon fait figure de meneur avaient là une occasion réelle de mettre hors service la loi travail et l’offensive répressive du gouvernement contre les manifestants, notamment étudiants et lycéens, rien ne s’est concrétisé. Pour quelqu’un qui clame vouloir inaugurer son mandat présidentiel par l’abrogation « sans état d’âme » de la loi travail, sur fond de rupture avec Valls et la politique qu’il incarne, on se demande pourquoi il ne s’en est pas donné les moyens quand l’occasion s’est présentée...

Une fois de plus, ce sont les logiques d’appareil et de parti qui ont primées sur les "convictions" sociales de Hamon. Rappelé à l’ordre par Cambadélis qui menaçait de priver de primaire les frondeurs « trop » subversifs, Hamon est rentré dans le rang pour éviter une crise de régime qui aurait pu ouvrir une brèche pour ceux qui bataillaient à ce moment même par les grèves et dans la rue contre le gouvernement. Au regard des enseignements que le mouvement contre la loi travail nous a apportés après quatre mois de lutte, il serait inconséquent de se bercer d’illusions sur la candidature d’un Hamon qui, lorsqu’il était temps battre en brèche la loi Travail, ne s’est contenté que d’y voir une menace pour la stabilité de ce système, de sa caste politicienne et de ses appareils.

crédits photo : Bertrand Guay/AFP



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