^

Du Pain et des Roses

Nous voulons le pain et les roses

Grève féministe du 8 mars : il nous faut un plan pour tout renverser !

Ce 8 mars 2021, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, s’inscrit dans un contexte de crise sanitaire et économique sans précédent. En France, 37 syndicats et associations appellent à une grève féministe contre la politique patronale, anti féministe et raciste du gouvernement. Une seule journée de grève ne suffira pas, ce qu’il nous faut est un plan pour tout renverser.

jeudi 4 mars

Crédit photo : O Phil des Contrastes

La grève féministe dans un contexte de crise sanitaire et économique, et d’attaques contre nos droits démocratiques

Un appel porté par 37 associations et syndicats appelle à une grève féministe ce lundi 8 mars 2021. L’axe est clair : cette journée doit mettre à l’honneur les « premières de corvées », celles qui ont subi et subissent encore aujourd’hui de plein fouet la crise sanitaire et économique, les femmes et minorités de genre. Les secteurs qui ont été particulièrement exposés à la crise sont ceux qui sont les plus féminisés : hôpitaux, écoles, grande distribution… Abandonnés par l’État, la colère dans ces secteurs est grande. Par ailleurs, la crise a également exacerbé les violences de genre dans la sphère privée et fait reposer de manière violente le travail domestique sur les épaules des femmes.

Cette année, contrairement à l’an passé, le 8 mars tombe un lundi et pose la question de la grève effective dans les secteurs salariés. Face aux directions syndicales qui restent l’arme au pied alors que les violences sexistes, sexuelles et économiques se multiplient, le 8 mars devrait servir de point d’appui pour construire un rapport de forces depuis nos entreprises, démontrer que c’est notre travail qui fait fonctionner la société. Le 8 mars devrait servir de premier jalon pour que les femmes, au côté de la jeunesse et du monde du travail, s’organisent et luttent en totale indépendance de l’État, de ses institutions, et du patronat, pour construire un plan de bataille à la hauteur des attaques que l’on subit.

Dans une conférence de presse donnée ce lundi 1er mars, plusieurs syndicats et associations féministes ont détaillé leur ligne politique pour la préparation de ce 8 mars : la CGT, les effrontées, Osez le féminisme, la FD CGT santé action sociale, la FSU, l’Unef, Solidaires, le collectif national pour les droits des femmes, Mc Droits, Égalités Femmes, On arrête toutes, les Rosies, Las Rojas, marche des solidarités, et enfin, l’association Ouighours de France.

Le 8 mars dernier avait été marqué par une mobilisation importante à l’échelle internationale, avec en France un contexte particulier marqué par la bataille contre la réforme des retraites, ainsi que la vague de colère suscité notamment par les Césars et la nomination de Polanski.

Cette séquence a été refermée par la crise sanitaire mondiale qui a touché le monde entier mois après mois. La crise a mis en exergue que sans les travailleuses et les travailleurs la société ne peut pas fonctionner. La gestion catastrophique des gouvernements, qui se poursuit encore aujourd’hui autour des vaccins, a généré une colère immense dans l’ensemble de la population. Par ailleurs, ce même gouvernement a révélé son vrai visage en montrant qu’il était prêt à tout pour faire passer l’économie avant nos vies. Depuis plusieurs mois, le gouvernement a montré que la gestion de la crise serait avant tout répressive et a profité de la crise sanitaire pour renforcer ses traits les plus antidémocratiques. Le remaniement ministériel a confirmé cela en plaçant à la tête des différents ministères Gérald Darmanin, Dupont-Moretti ou encore en intégrant Marlène Schiappa au ministère de l’intérieur. Ce remaniement a envoyé un message clair aux féministes : les femmes ne sont pas la priorité du gouvernement.

Le ministère de l’intérieur, après le premier confinement, et le déconfinement de nos colères, n’a pas hésité une seule seconde à réprimer les manifestations des soignants et soignantes. L’interpellation de Farida, soignante, à Paris a à ce titre montré le traitement réservé par l’Etat aux travailleuses de la santé.

A la rentrée, profitant de l’absence de plan et de riposte d’ensemble contre la politique du gouvernement de la part des directions syndicales, le gouvernement a eu le champ libre pour avancer sur son agenda sécuritaire et islamophobe cherchant à diviser notre camp social. Ce sont les projets de loi sécurité globale et contre les séparatismes qui ont occupé le champ politique. Nous avions alors, avec Du Pain et des Roses, dénoncé dans une tribune ce projet et interpellé les organisations de gauche et syndicales afin qu’elles prennent position contre ce projet de loi et exigent son retrait. Nous pointions le fait que cette loi visant principalement les personnes musulmanes ou assimilées comme tel, allait renforcer les discriminations et la précarisation d’une partie importante de la population, et notamment des femmes musulmanes. Les mêmes qui souvent occupent dans la société française les postes les plus précaires notamment dans la fonction publique. Dans le même temps, la politique du gouvernement sur les questions féministes a été, entre autres, de privatiser la ligne 3919 pour les femmes victimes de violences, de renforcer l’appareil policier tout comme de reculer sur la PMA.

Ce qu’exige les principales organisatrices de la grève féministe

Dans leur appel les organisations syndicales et les associations, se sont réunies pour dénoncer la situation infligée aux « premières de corvées », la politique du gouvernement concernant les violences sexistes et sexuelles, ainsi que le sort réservé aux femmes migrantes.

Dans la conférence du 1er mars, Sophie Binet de la CGT a commencé par rendre hommage à Aïcha, syndicaliste et caissière à Carrefour Saint-Denis, décédée du Covid lors du premier confinement. Elle a rappelé qu’un tiers des femmes en télétravail sont aujourd’hui sur le point de craquer ou encore que selon une étude de l’OIT (l’organisation internationale du travail), les secteurs impactés par la crise Covid sont majoritairement les secteurs féminisés avec 70% des salariés qui sont en sous-emploi.

Face à cette situation les organisations et associations exigent principalement des moyens massifs, des embauches, et une revalorisation des salaires dans la fonction publique.

Les interventions d’Osez le féminisme et des effrontées au sujet des violences sexistes et sexuelles sont allées dans le sens d’exiger principalement un investissement massif pour une formation continue de l’ensemble des personnels de la fonction publique d’Etat dont les policiers mais aussi du personnel judiciaire.

Pour obtenir tout cela, les organisations et associations appellent donc à la grève féministe ce lundi pour faire pression sur le gouvernement contre les violences sexistes et sociales. La question que nous posons est : doit-on s’en remettre à l’État ? Est-ce qu’une journée de grève suffit pour obtenir satisfaction ?

Doit-on s’en remettre à l’État ?

En réalité, comme nous l’écrivions dans cet article, ce qu’a montré la politique du gouvernement ces derniers mois est que l’État n’est pas incapable ou déficient mais qu’il défend certains intérêts, ceux d’une poignée de capitalistes, d’une élite, qui sont continuellement protégés par l’État.

Comment penser que nous pouvons former au questions de genre une police qui est la même qui a réprimé la manifestation féministe le 8 mars dernier, qui vient déloger les migrants et migrantes, casser les mouvements de grève, éborgner les manifestants ? Comment penser que l’on peut réformer une justice qui chaque jour défend les intérêts et assure l’impunité des policiers qui ont tué Adama, des haut-fonctionnaires ou des personnalités qui agressent et violent des femmes ? Le scandale autour du cercle « le siècle » et de l’affaire Duhamel a montré la connivence qui existe entre les secteurs politiques, médiatiques et patronaux. Le gouvernement a montré à qui il verse des millions d’euros pour sauver les bénéfices des grandes entreprises tout en laissant dans la misère et en mettant en danger la vie de millions de personnes. Nous pensons qu’il n’y a rien à attendre de cet État qui précarise, exploite, opprime la vie de millions de personnes ici mais aussi ailleurs dans le monde en menant des opérations militaires aux quatre coins de monde.

Comme nous défendons que l’État est profondément responsable et à l’origine du maintien et de la reproduction des inégalités sociales, ainsi que de l’oppression sexiste et raciste, nous sommes conséquents sur le fait qu’une seule journée de grève le 8 mars, ne suffira pas pour changer radicalement la situation et sortir de la misère, de la violence quotidienne, la majorité de la population.

Nous ne voulons pas seulement faire pression sur l’État, mais le renverser. Pour cela nous avons besoin d’un plan d’ensemble qui s’attaque à l’État, pose la question de prendre l’argent là où il est, de réorganiser la société dans son ensemble. Les directions syndicales en acceptant de négocier avec le gouvernement joue le jeu, et cela contribue à nous désarmer.

Dans les mois et les années à venir ce qui est devant nous est la question du renversement de l’État capitaliste et patriarcal en s’appuyant sur la force de la jeunesse délaissée, précarisée et étouffée, celle des travailleuses et travailleurs, en construisant un rapport de force dans nos entreprises, nos écoles, nos universités. Les éléments sont embryonnaires mais la politique que nous menons à l’intérieur de la CGT Chronodrive et notre appel à la grève le 8 mars va dans ce sens en pointant la complicité des directions patronales dans les affaires de violences sexistes sexuelles, leur rôle central dans la précarisation des travailleuses, et la nécessité, notamment, de créer des commissions de femmes indépendantes des institutions d’Etat et du patronat.

Nous ne voulons pas seulement des miettes, mais tout renverser, pour avoir le pain mais aussi les roses.

Dans cette perspective, nous appelons à rejoindre nos cortèges Du Pain et des Roses dans les rassemblements et les manifestations qui se tiendront les 7 et 8 mars prochain !




Mots-clés

Mouvement féministe   /    grève féministe   /    8 Mars   /    Féminisme    /    Violences faites aux femmes   /    Droits des femmes   /    Du Pain et des Roses