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Grève des aiguilleurs en Lorraine. Un sous-effectif insupportable et dangereux pour les circulations

A l’image de la grève massive des aiguilleurs en Occitanie du 11 avril dernier, les aiguilleurs de Lorraine ont décidé de deux journées d’action les 27 et 28 avril, pour réclamer des embauches et une amélioration des conditions de travail.

jeudi 28 avril

Paris, le 16 janvier 2020. Crédit photo : SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP

A l’image de la grève massive des aiguilleurs en Occitanie du 11 avril dernier, les aiguilleurs de Lorraine ont décidé de deux journées d’action les 27 et 28 avril, pour réclamer des embauches et une amélioration des conditions de travail. Cette grève se révèle être très impactante sur le plan de transport tant les agents en poste se sont saisis de leur droit de faire grève.

L’embauche de collègues est urgente, d’après une cheminote en grève que nous avons contactée. Les congés protocolaires sont refusés et le droit à la déconnexion n’est pas respecté car le téléphone sonne même sur les repos pour demander des remplacements au pied levé. Les agents sont épuisés par des cadences infernales qui ne respectent même plus la réglementation du travail, pourtant garante de sécurité.

Des conditions de sécurité dégradées

En plus de la fatigue liée à une intense sur-utilisation, les agents ne suivent plus les formations régulières de maintien des connaissances, pourtant essentielles tant ces métiers de l’aiguillage sont exigeants en matière de réglementation. Ils sont aussi en constante évolution et nécessitent donc des mises à jour régulières. Seulement comme il n’y a personne pour remplacer un agent qui serait en formation, la Direction fait le choix de laisser les agents en production quitte à faire l’impasse sur les acquis et les compétences nécessaires pour tenir les postes sans mettre en danger les cheminots qui y travaillent, les usagers et les circulations.

La Direction peine à recruter…des smicards en 3X8

L’attractivité des métiers est pointée du doigt par les représentants du personnel. En effet avec la fin des embauches au statut et les différentes attaques sur les cheminots de la SNCF (retraites, transfert obligatoire, mise à disposition, concurrence), il ne reste que des horaires en 3X8, une rémunération minimale, travail le week-end et jours fériés, contrats précaires, etc. N’importe quel job dans le privé semble plus attractif.

Évidemment c’est sur la question des salaires qu’il y a un levier pour faciliter les embauches. Et c’est précisément sur ce point que le gel des salaires et les négociations annuelles salariales continuent à alimenter la colère des agents sur le terrain, qui n’arrivent même plus à boucler les fins de mois, avec l’augmentation des prix de l’essence et du coût de la vie.

Le Directeur Lorrain a renvoyé les cheminots en lutte aux discussions nationales. Cela tombe bien, une grève nationale, une journée noire est appelée le 25 mai sur tout le pays, car les aiguilleurs ont décidé de se mettre en grève, sur les mêmes sujets qui se retrouvent partout en France. Nul doute que les négociations nationales sur fond de menace d’un rapport de force massif n’auront pas la même teneur qu’habituellement.

3000 suppressions de poste prévues par Jean Pierre Farandou, PDG de la SNCF

À l’heure où l’entreprise se promet de réduire encore le nombre de cheminots, la production souffre de leur sous-effectif, pas seulement aux postes d’aiguillages, mais dans tous les services. En Alsace la fin de l’année 2021, a été impactée par des grèves à la vente, à l’escale et à la traction sur les mêmes problématiques de sous-effectif et d’attractivité des métiers. Au matériel (entretien du parc roulant) le nombre de démissions grimpe exponentiellement ce qui ne permet plus aux technicentres d’assurer la charge de travail nécessaire pour l’entretien des trains. Alors que le train est un mode de transport propre, en pleine expansion, l’entreprise ne recrute plus qu’en CDD (pour accroissement temporaire d’activité, notamment…) avec des niveaux de formation très bas.

Sur la région Grand-Est justement, le Président de la Région M. Rottner, mécontent des retards, dysfonctionnement et plans de transport (matériel, effectif) a appris à la SNCF, via un twit, il y a peu de temps, que la région ne paierait plus, tant que la situation ne serait pas revenue à la normal. La bravade politique est évidemment une prémisse d’annonce d’ouverture totale à la concurrence, mais elle est tout de même symptomatique de la réalité des problèmes que rencontrent les cheminots sur le terrain.

En ce sens, la perspective d’une grève nationale à l’aiguillage le 25 mai prochain, est une bonne nouvelle, mais elle doit être le premier pas pour construire un mouvement d’ensemble pour en finir avec les politiques de casse du service public et de mise en danger des cheminots et usagers qui n’ont que trop duré.



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