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Salaires

Grève dans les transports en Essonne : « ca fait trois ans que les salaires sont gelés, on est à bout »

Plus de 200 salariés des Transports Intercommunaux Centre Essonne (TICE) se sont mis en grève pour des augmentation de salaire ce mardi 3 décembre. Les travailleurs revendiquent une augmentation de salaire de 9,5% pour faire face à une inflation grimpante.

Augustin Tagèl

3 janvier 2023

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Crédits photos : Solidaires 91

Le 3 janvier au matin, les syndicats appelant à la grève -un vaste front syndical, regroupant SUD, FO, CGT, USAPIE et la CFE CGC- recensaient déjà 182 grévistes. A 15 heure, leur nombre était passé à 205, et continuait d’augmenter, sur des effectifs totaux de 550 salariés. « Les raisons de cette grève historique à la TICE ? C’est le ras le bol général !  » nous confie Moussire, délégué syndical SUD. « Cela fait trois ans que les salaires sont gelés, les salariés sont à bout  ».

Il nous explique que la revendication des 9,5% d’augmentation est directement liée à la situation de l’inflation. « On se dirige vers 11,2% d’inflation pour le début de 2023, c’est pour cela que nous demandons une augmentation de salaire à la hauteur ». Mais ce n’est pas l’unique raison de centrer les exigences sur la question du salaire. En effet, la TICE, société d’économie mixte à laquelle participent principalement l’agglomération Grand Paris Sud (61,75 %), Transdev (18,83 %) et Keolis (18,75 %) est sous le coup d’un appel d’offre pour privatisation dont les principaux repreneurs en lice sont Transdev et Keolis. « Lorsque la TICE passera aux mains de Transdev ou Keolis, tout sera renégocié, nos primes repas, weekend, notre 13e mois. La seule chose qui ne changera pas ce sera nos salaires. C’est pour cela que nous devons aujourd’hui les renforcer », détaille Moussire.

Du côté de la direction de la TICE, les propositions d’augmentation de salaire restent risibles. « Ils nous proposaient à l’origine 2,5%, après deux réunions de négociation ils sont montés à 3%. Depuis ils restent bloqués sur ce chiffre et refusent les négociations. Ils ont voulu nous faire accepter une prime Macron de 1000€, qui n’a rien à faire dans les NAO, et qui n’est évidemment pas du salaire. Nous avons refusé. Nous maintenons les 9,5% et maintenant nous passons à la grève. »

Depuis le début de la grève, la direction n’a donné aucune nouvelle ni signe d’ouverture. En revanche, « elle fait remplacer les grévistes, par exemple en faisant travailler des personnes du nettoyage pour faire le plein des véhicules, ou avec des personnes étrangères à la société qui viennent sur le site. Ils sont prêts à tout pour faire sortir leurs bus, mais nous avons déjà prévenu l’inspection du travail de ces méthodes » ajoute le délégué SUD.

Si l’augmentation des salaires est la revendication centrale, Moussire nous indique que des problèmes liés aux conditions de travail remontent de la part des salariés. « Le principal problème, ce sont les temps de parcours. Les pauses ne sont pas respectées, car à cause de la circulation et des imprévus de la route, il y a toujours un retard en fin de ligne, et les chauffeurs sont obligés de rogner leur pause pour le rattraper. Certains repartent sans avoir eu les 20 minutes minimum, et enchaines ainsi des services de conduite ! » alerte-il. « Au-delà des horaires, il y d’autres problèmes, qui vont du manque de toilettes dans les terminus au matériel vétuste. Les carrosseries peuvent être en mauvais états, les pneus usés, les sièges de conduite dégradés, les volants tordus, ou encore des voyants moteurs non résolus. Mêmes les sièges passagers sont en mauvais état et peuvent mettre en danger les usagers. Mais l’entreprise prend tout ça à la légère, alors qu’il y a un risque d’accident ! ». Une accumulation de problèmes qui risque de s’empirer avec la privatisation du réseau.

Salaires, conditions de travail, appel d’offre pour privatisation, cette grève très suivie est une illustration de la situation de l’ensemble des travailleurs face à l’inflation et à la casse du service public. Elle rejoint celle des hôpitaux, du secteur de l’énergie mais aussi des aiguilleurs ou des contrôleurs. Dans les services publics, et particulièrement les transports, ce sont des années de gel des salaires qui ont amené à des situations comme celle de la RATP qui ne trouve plus de conducteurs tellement les rémunérations proposées sont faibles. Chez TICE comme à la RATP, c’est sous l’égide de la privatisation des services publics de transports que se fait la casse des conditions de travail et la baisse des salaires, en pleine crise inflationniste. Une politique de privatisation néfaste à tout égard, qui montre aujourd’hui encore son vrai visage : précarité des travailleurs et mis en danger des usagers.

Vous pouvez soutenir les grévistes via leur caisse de grève.


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