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Notre classe

Non à la privatisation !

Grève au dépôt de bus Keolis d’Argenteuil : "On arrête tout parce que ça ne peut pas continuer !"

Primes et heures supp impayées, planning au jour le jour, usagers mécontents, les conducteurs de bus du dépôt Keolis d’Argenteuil étaient en grève jeudi et vendredi pour défendre leurs salaires et leurs conditions de travail. Interview d’Allison Benoit, délégué syndical UNSA depuis 2015 qui dénonce les conséquences de la privatisation des transports publics.

vendredi 17 juin

Révolution Permanente : Les conducteurs de bus au dépôt Keolis Argenteuil Boucles de Seine étaient en grève aujourd’hui et hier. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à déclencher ce mouvement et qu’elles sont vos revendications ?

Allison Benoit : On a commencé ce mouvement de grève autour de deux problématiques : les salaires et les conditions de travail.

D’abord sur les salaires, on avait déposé une alarme sociale en demandant au directeur de régulariser un certain nombre de problèmes qui n’ont pas été réglés depuis le mois de janvier et l’arrivée de Keolis [qui a pris le marché à Transdev sur ce secteur, ndlr] : des primes qui ne sont pas payées (comme la prime repas décalé, la prime service en deux fois, et la prime service articulé), l’abattement professionnel qui retire parfois jusqu’à 500 ou 800 euros sur la fiche de paie des salariés, et des heures supplémentaires non payées.

Ensuite, concernant les conditions de travail, on a des conducteurs qui se plaignent de devoir assurer des services à la dernière minute, d’avoir un planning qui change au jour le jour, parfois en moins de 12 heures. D’ailleurs, c’est pour cela qu’on a eu une série d’abandons de poste, parce que le salarié ne peut rien prévoir ce qui impacte sa vie sociale et sa vie de famille.

R.P : Comment la grève a-t-elle été suivie aujourd’hui, et comment se structure le mouvement ?

Allison Benoit : On a 70 à 80% de grévistes ces deux derniers jours et on a organisé un piquet de grève. Avec l’UNSA, nous sommes majoritaires dans l’entreprise, par contre on déplore que les autres syndicats (FO, CGT et SUD) ne nous aient pas suivi. S’ils nous avaient suivi, le mouvement aurait eu encore plus d’impact. Les salariés du dépôt d’Argenteuil sont très déçus par rapport à ça.

De plus, il faut aussi expliquer aux salariés de l’autre dépôt à Montesson (Keolis La Boucle dans le 78) qu’on est maintenant un seul et même établissement avec le dépôt d’Argenteuil : Keolis Argenteuil – Boucles de Seine qui réunit les deux dépôts. Le préavis de grève qu’on a déposé fonctionne pour les deux, mais beaucoup de collègues pensent que les problèmes qu’on rencontre au dépôt d’Argenteuil (95) ne les concernent pas. Pourtant, on a la même direction !

R.P : Comment la direction a réagi face à vos revendications ? Quelles suites donner au mouvement ?

Allison Benoit : La direction propose de nous rencontrer lundi. Donc aujourd’hui on s’est vu avec les collègues et on s’est dit qu’on va reprendre le boulot d’ici lundi. On va rencontrer la direction à ce moment-là, on va lui donner huit jours pour résoudre tous les problèmes et si ça persiste, on réenclenchera des journées de grève. C’est un avertissement pour notre employeur. On arrête tout parce que ça ne peut pas continuer.

R.P : Keolis fait partie des entreprises qui ont profité de l’ouverture à la concurrence du réseau de transports publics. Quelles sont les conséquences de la privatisation sur les conditions de travail et de salaire des travailleurs ? Et sur les conditions de transport des usagers ?

Allison Benoit : Sur le secteur d’Argenteuil, Sartrouville ou encore Houille, les usagers se plaignent parce qu’il y a des bus qui ne passent pas et ils se retrouvent à devoir attendre plus de 30 ou 40 minutes. Cela fait qu’ils arrivent parfois en retard au travail, ou ne peuvent pas rentrer chez eux la nuit et le week-end. Certains usagers disent carrément qu’ils pensent à déménager à cause de ces problèmes-là.

Tout ça pose beaucoup de désagréments et c’est le conducteur subit les conséquences de ces tensions. Il faut savoir que les conducteurs de bus sont victimes d’agressions de la part des usagers, la plupart du temps verbales, mais ça peut parfois en venir aux mains. C’est la conséquence du manque de personnel pour assurer le service et de la nouvelle organisation du travail qui fait que beaucoup de salariés sont en arrêt-maladie.

R.P : Actuellement dans le secteur des transports plusieurs entreprises sont concernés par des mouvements de grève. À la RATP contre l’ouverture à la concurrence et la casse des conditions de travail sur le réseau bus, à l’aéroport de Roissy et à la SNCF pour l’augmentation des salaires, que penses-tu de la perspective de se coordonner avec ces secteurs pour frapper tous ensemble ?

Allison Benoit : On est en contact avec des délégués syndicaux à la RATP. Donc il faut qu’on se rencontre pour défendre notre métier qui est en train de se faire précariser.



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