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Education nationale

Grève 7 février : la mobilisation dans l’éducation se structure en région parisienne

Malgré des chiffres en baisse, en Ile-de-France la mobilisation dans l’éducation reste dynamique. L’ampleur croissante du cortège inter-établissement IDF révèle que les stratégies d’auto-organisation portent leurs fruits, et marque une volonté de se battre malgré un calendrier syndical qui disperse les forces.

Sophie Martin

10 février 2023

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(Crédits photo : Révolution Permanente)

A Paris, la mobilisation des enseignant.e.s dans la rue prend forme malgré une baisse du nombre de grévistes

Le 7 février, près de 2 millions de personnes ont défilé dans les rues pour manifester leur opposition à la réforme des retraites, selon les chiffres indiqués par la CGT. Parmi elles, le ministère de l’éducation nationale compte 14,17 % d’enseignant.e.s grévistes contre 38,5 % le 19 janvier et 25,92 % le 31 janvier. Ces chiffres ne concernent pas la zone A en vacances d’hiver depuis vendredi 3 février. Des chiffres qui montrent que la mobilisation chez les enseignant.e.s s’affaiblit de manière inquiétante.

Cependant, en Ile-de-France les cortèges sont particulièrement dynamiques. A Paris, comme au 31 janvier, le cortège Educ’ Ile-de-France a regroupé sous sa bannière un nombre important d’établissements venus défiler avec leur propre banderole. Des établissements parisiens comme le lycée Hélène Boucher, Dorian ou encore le lycée Voltaire marchaient aux côtés d’établissements venus de toute la région parisienne, comme le collège Balzac de Neuilly-Sur-Marne, le lycée Angela Davis de Saint-Denis, le collège Barbara de Stains dans le 93, le lycée Bachelard de Chelles dans le 77, ou encore des personnels d’établissements du Val d’Oise Est (lycée Romain Rolland de Goussainville, Simone de Beauvoir à Garges, l’école Jean Jaurès de Sarcelles etc.), tous regroupés derrière une banderole commune.

Ce cortège inter-établissements animé, dynamique et massif de la mobilisation parisienne est le fruit des AGs de secteurs et des AGs d’établissement qui se sont tenues régulièrement depuis le 19 janvier et qui ont permis d’ouvrir les discussions sur la mobilisation, ses revendications, et la perspective de la grève reconductible. C’est le cas par exemple des AGs du collectif Val d’Oise Est, qui discute de manière hebdomadaire de la mobilisation, des conditions de travail dans l’éducation mais aussi dans d’autres secteurs comme les transports ou le travail social ainsi que de l’organisation du mouvement. Une preuve de la volonté de créer une unité à la base.

Du côté des établissements, c’est la même volonté qui s’exprime pour massifier la grève. A Saint-Witz dans le Val d’Oise, les personnels du lycée Léonard de Vinci cherchent à créer du lien sur le secteur en allant tracter dans l’établissement voisin, le lycée Baudelaire de Fosses, ou encore à la gare. Au lycée Romain Rolland de Goussainville ou au lycée Simone de Beauvoir de Garges, des professeur.e.s et des militant.e.s de l’AG du Val d’Oise Est sont allé.e.s tracter en début de semaine. Que ce soit pour faire la jonction avec les parents d’élèves, les élèves, et les autres travailleuses et travailleurs en lutte (comme cette semaine sur les piquets de la RATP) les professeur.e.s ne cessent de contribuer activement à la construction d’une mobilisation du tous ensemble contre le gouvernement.

Pourtant, malgré ce dynamisme répété des cortèges de l’éducation qui ont gagné en ampleur depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, les AGs demeurent inégalement remplies. Malgré la politisation croissante du mouvement d’opposition dans l’éducation – retraite, salaire, moyens – il reste encore beaucoup à faire pour atteindre des niveaux d’auto-organisation comparables à ceux de 2019. Le cortège, tout comme l’investissement dans les assemblées générales locales des établissements, de secteur et les assemblées générales départementales, reflètent une organisation des travailleuses et travailleurs de l’éducation en voie d’autonomisation : les enseignant.e.s défilent indépendamment des cortèges syndicaux, sous la bannière de leurs établissements, et cherchent à s’approprier leur grève pour visibiliser les raisons de leur colère et élargir la mobilisation.

Canal Telegram : @revolution_permanente

Malgré les chiffres en berne, la colère ne tarit pas

Si les chiffres sont en baisse dans l’éducation, la faute en revient entre autres à des raisons structurelles qui remettent sur le tapis des problématiques liées à la casse systématique de l’éducation publique.

Pour la plupart des personnels de l’éducation, s’emparer de jours de grève isolés et déclarés à la petite semaine, apparait clairement comme plus cruel pour leur porte-monnaie, déjà largement attaqué, que pour le gouvernement. Aussi, dans la perspective d’une véritable entrée en grève et pour pallier d’ores et déjà les pertes de salaire de leurs collègues les plus précaires, les établissements continuent de créer des caisses de grève locales comme encore récemment au lycée Simone de Beauvoir à Garges. Dans certains cas, comme au lycée Léonard de Vinci à Saint-Witz, la caisse de grève est même directement gérée par les personnels de l’établissement dont les salaire sont les plus bas.

Par ailleurs, c’est la course au bac qui revient de manière anxieuse dans le discours des personnels enseignants du second degré. Les premières épreuves de spécialités du baccalauréat se tiendront en effet le 20 et 21 mars prochains et, à l’approche des vacances d’hiver pour les zones B et C, la mission impossible de boucler les programmes assène un coup au moral du corps enseignant, partagé entre la colère et la dénonciation de cette course qui relève de l’impossible.

De fait, la colère et ses raisons ne tarissent pas. Cette semaine encore, l’annonce du nouveau “pacte enseignant” par le ministre de l’éducation Pap Ndiaye jeudi dernier a suscité l’indignation et a ravivé la colère du corps enseignant.

Cette colère s’empare aujourd’hui plus largement de la question des salaires et de celle de la casse systématique et renforcée de l’éducation publique. Non seulement les retraites sont attaquées mais les salaires restent en berne et les conditions de travail ne cessent de se dégrader. Travailler plus pour gagner moins, dans des conditions plus difficiles, telle est la formule du gouvernement pour l’éducation. Autant de raisons qui continuent d’accroître l’organisation de la riposte dans les établissements. Louis, professeur dans le 95 au lycée Romain Rolland de Goussainville, rend compte du ras-le-bol général du corps enseignant : “la mobilisation est assez massive, l’ambiance commence à être électrique [...] il y a un ras-le-bol général qui est en train de se cristalliser et que cette question des retraites apporte plein de questions sur le terrain, celle des salaires qui est tout de suite corrélée et qui fait qu’on a du mal à vivre dès aujourd’hui et les conditions de travail dans les lycées qui font qu’on a pas envie d’aller travailler demain”. On le voit encore autrement dans la mobilisation des personnels du collège Gisèle Halimi à Aubervilliers, en grève pour dénoncer le non-versement de la prime REP+.

La mobilisation contre la réforme des retraites impulse donc un large mouvement de politisation dont le lit déborde largement celui du retrait de la réforme. Si malgré cela, la mobilisation de l’éducation peine à prendre son autonomie et à se massifier, la faute en revient d’abord au calendrier de mobilisation proposé par l’intersyndicale. Appelant à une double date cette semaine, dissuadant de ce fait la mobilisation gréviste le 7 février au profit de la marche du samedi 11, ce calendrier contradictoire, dicté par en haut, empêche une mobilisation efficace de la base qui revendique pourtant son envie d’en découdre.

Face à une mobilisation largement entravée, quelles perspectives pour la suite du mouvement ?

Les personnels de l’éducation sont confrontés à des échéances qui empêchent de se mobiliser de manière active et encore plus massive. La grève saute-mouton dissout l’action dans des journées uniques qui ne donnent aucun exutoire à une colère qui est partout là. Dans les AGs, nombre d’entre eux manifestent leur désaccord avec ce calendrier de lutte qui limite largement la construction d’un rapport de force et n’invite, par conséquent, pas à se mobiliser.

Face à cela, des collectifs locaux comme le « collectif Val d’Oise Est » de Sarcelles cherche la voie de l’autonomisation : ce vendredi 10 février au soir une marche aux flambeaux dans la ville, à l’initiative principalement de personnels de l’éducation et de parents d’élèves, s’élancera dans le but de fédérer les travailleuses et travailleurs à la base.

A l’approche des vacances pour les zones B et C, l’annonce de la prochaine date de mobilisation, jeudi 16 février, renoue une nouvelle fois avec un calendrier peu propice à la mobilisation. Pour autant, l’éducation ne doit pas laisser sa colère aller au vent. Dans ce cadre, la continuation des mouvements locaux et des rassemblements en AGs de secteurs et d’établissement doit être l’occasion de remobiliser les personnels autour de la reconductible qui se présente comme la solution pour faire reculer le gouvernement Macron.

Les enseignants doivent continuer d’emprunter massivement le chemin de la grève et s’unir autour de mots d’ordre forts et qui embrassent l’ensemble des problèmes dont ils discutent aujourd’hui en AGs interprofessionnelles et d’établissements. C’est en investissant massivement ces cadres d’auto-organisation et en se réappropriant pleinement leur grève qu’une victoire contre la réforme, mais aussi contre la casse de l’éducation publique et pour l’augmentation de tous les salaires, est possible.


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