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Racisme et violences d’Etat

Impunité policière

Un jeune roué de coups pendant 13 minutes, les deux policiers en cause réintégrés

Ce jeudi premier décembre, l'émission « Complément d'enquête » sur France 2 a révélé comment Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat de police Alliance, a permis la réintégration de deux policiers de Pau qui avaient tabassé un adolescent dans un commissariat en octobre 2019.

vendredi 2 décembre 2022

Crédits photos : SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Les faits remontent à octobre 2019, lorsqu’un mineur de 16 ans après un contrôle de police est arrêté et emmené au commissariat. Arrivé au poste, alors qu’il est menotté, il se fait rouer de coups. Gifles, coups de poing et de pied, clé de bras, insultes et crachats : l’adolescent va se faire piétiner contre le sol jusqu’à avoir un tympan perforé. Toute cette scène est alors filmée par une caméra imbriquée que l’un des policiers présents dans la salle avait oublié d’éteindre, élément qui prouvera la culpabilité des deux policiers.

En juillet 2021, les deux policiers agresseurs ont écopé en appel de 15 mois de prison avec sursis, d’une amende et d’une radiation de la police. Le lendemain de leur condamnation, le syndicat de police Alliance lance une cagnotte interne « de soutien », « afin de les aider dans cette période difficile » comme le rapporte Franceinfo. Le soutien va aller plus loin puisque le syndicat appelle à leur réintégration : « La perte de la maîtrise de soi et l’excès d’énervement ne devraient pas contraindre à les radier. (…) Malheureusement, la justice a été intransigeante. (…) Ils sont bien notés, n’ont jamais eu de sanction. (…) Ils ont eu le courage de reconnaître les faits [et] se sont excusés auprès du mineur ».

Des excuses et c’est reparti, voilà donc l’argumentaire de Fabien Vanhemelryck, le patron du puissant syndicat policier. En décembre 2021, ce dernier ira en personne aux négociations avec les représentants de l’administration de la police nationale et de la place Beauvau, qui finiront par accepter la réintégration de ces deux policiers qui ont donc désormais retrouvé leur poste.

Le syndicat n’en est pas à sa première démonstration, cela fait longtemps qu’il joue un rôle important pour défendre la légitimation des violences policières tout en demandant toujours plus de moyens et de pouvoir pour la police. C’est lui qui lors de la manifestation des syndicats policiers en mai 2021 dénonçait la justice « trop laxiste » en scandant « le problème de la police, c’est la justice ». De la même manière, c’est ce même syndicat qui, lors de la mort de deux jeunes hommes noirs en avril tués sous les balles de la police pour refus d’obtempérer, avait réclamer le droit de tuer allant jusqu’à revendiquer l’inscription dans le droit de la « présomption de légitime défense » pour la police.

Cette affaire, révélée par complément d’enquête, est une énième preuve de l’impunité dont bénéficie les forces de l’ordre. Alors que les victimes tuées par la police s’accumulent, les policiers s’en sortent impunément, certains finissent même décoré, tandis que le gouvernement met en place un arsenal législatif toujours plus en leur faveur. Seule la mobilisation et la construction d’un rapport de force permettront d’imposer la justice et la vérité et de mettre un frein à l’impunité policière et aux offensives sécuritaires.