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Goodyear France. Deux sites en grève illimitée contre l’inflation et face au mépris de la direction

Depuis le 7 juillet, les travailleurs des usines Goodyear-Dunlop de Riom dans le Puy-du Dôme et de Montluçon dans l'Allier sont en grève illimitée. Un mouvement qui a débuté après proposition par la direction d’une prime ridicule de 16 euros alors que l'entreprise a réalisé 764 millions de dollars de bénéfices en 2021 ! Face à l'inflation et la vie chère, il faut une augmentation générale des salaires !

mardi 12 juillet

Crédits photo : JOHN HARRELSON / ARCHIVES / AFP

Goodyear est un géant américain de pneumatiques, parmi les trois groupes les plus riches du secteur avec Bridgestone et Michelin. Depuis de nombreuses années le groupe truste les premières places des bénéfices réalisés dans le secteur, en 2021 c’est plus de 17,5 milliards de dollars de chiffre d’affaire pour le groupe et 764 millions de bénéfices. Le début de l’année 2022 est lui encore plus fleurissant, avec un premier trimestre 2022 où les ventes ont atteint 4,9 milliards, soit une hausse de 40% sur un an.

De l’autre côté, la réalité des travailleurs du groupe est bien différente et la hausse des prix est venue accentuer les difficultés pour boucler les fins de mois. Frédéric Belhomme délégué syndical CGT du site de Montluçon va également dans ce sens « L’inflation est vécue par les collègues de plein fouet, les collègues ont de plus en de mal à finir les fins de mois, tout augmente, le prix de l’essence, le coût de la vie ... ».

C’est dans ce contexte que lorsque la direction du site a proposé une prime de 16 euros, après avoir fait miroiter un intéressement de participation de 400 euros en mai dernier, que les salariés ont décidé de se mettre en grève. Interrogé par nos soins, Frédérique Belhomme explique : « Depuis les NAO de 2022 on pose la question sur le pouvoir d’achat dans un contexte d’inflation. Une nouvelle fois la dernière réunion ne nous a rien apporté, au contraire, la direction est revenue sur sa promesse de prime de 400 euros, ce qui était une première en 20 ans car la direction domiciliée au Luxembourg ne propose jamais de primes pour raisons fiscales, pour au final nous en proposer une de 16 euros. Cette annonce a été l’étincelle, c’est pire que tout dans le contexte économique que nous connaissons ».

Réunis en assemblée générale, les salariés décident dès lors d’une part de reverser leur prime de 16 euros à une association - plus de 4000 euros ont donc déjà été récoltés au profit des enfants malades ou hospitalisés de Montluçon et sa région - et de se mettre en grève illimitée dès le 7 Juillet, au lendemain d’une réunion de CSE-C, pour protester contre le mépris de la direction.

C’est le manque de considération de la direction qui pousse les travailleurs à se mettre en grève et à s’engager dans un mouvement nous explique Frédérique Belhomme. Depuis, Jeudi 7 Juillet la grève et les débrayages sont particulièrement suivis : « On est parti en grève après une discussion avec la centrale et l’autre syndicat sur les sites qu’est la CFDT, on a décidé d’appeler à une grève coordonnée sur les deux sites, et on a été surpris par la participation, il y a même des collaborateurs qui nous soutiennent. On est à environ 80% de grévistes, depuis jeudi. Vendredi et ce week-end les taux sont restés aussi importants, et lundi ça a continué. Il y a certains salariés qui débrayent une heure en fin de poste, d’autres deux heures, ou encore certains 8h ».

La grève prend dès le début sur deux sites de l’entreprise, à Riom dans le Puy-De- Dôme où il y a environ 100 salariés et à Montluçon dans l’Allier où ce sont avec les intérimaire près de 600 travailleurs qui ont décidé d’arrêter la production de pneus : « On fait grève car c’est un scandale, en 2021 le siège de Goodyear France à la Défense, le site de Montluçon et Riom ont fait 13,8 millions de bénéfices au titre de la participation, on nous propose 16 euros...On est prêt à perdre de l’argent pour pouvoir mieux vivre plus tard ».

La grève à Goodyear fait écho aux multiples grèves qui ont commencé à émerger. Cette vague de grève dans l’aéronautique, l’énergie ou encore dans les services et la grande distribution, montre que la question des salaires est centrale pour les travailleurs et constitue une nécessité vitale alors que l’inflation est galopante. Alors que le gouvernement, le patronat et les médias mainstream cherchent à faire croire qu’il est impossible d’augmenter les salaires sans renforcer l’inflation à cause de la « boucle prix-salaires », dans de nombreux secteurs les patrons accumulent les profits, comme c’est le cas ici à Goodyear, dans une année 2021 qui se sera en réalité montrée particulièrement fructueuse. En effet, si les prix augmentent c’est bien parce que le patronat cherche à profiter de la période d’importantes turbulences économiques pour se gaver toujours plus sur le dos des travailleurs en augmentant leurs marges et leurs prix.

Alors que l’inflation pourrait selon de nombreux économistes atteindre rapidement les 7% et augmenter encore la difficulté pour les travailleurs à vivre face à la montée des coûts, les profits records du patronat montre que de l’argent il y en a. Mais de son côté le patronat et le gouvernement qui ne cherche qu’à essayer de contenir une colère qui gronde sur la question des salaires n’a été que de distribuer des miettes, une prime ou une augmentation de 3% ici où là. Or même ces quelques primes ou augmentations ont été obtenues grâce à la grève et à la pression exercée par les travailleurs mobilisés. Cela montre que c’est bien par le rapport de force et la lutte qu’une issue favorable pourra être espérée par les travailleurs.

Mais pour aller plus loin que de faibles augmentations qui ne rattrapent même pas le niveau de l’inflation, il y a urgence à se doter d’un véritable plan de bataille unitaire autour des salaires qui permette de coordonner les nombreuses grèves sectorielles, qui ont pu parfois exprimer une forte radicalité. cette stratégie de lien entre les différents secteurs est nécessaire pour imposer l’indexation des salaires sur l’inflation, le gel des prix des produits de première nécessité ainsi que l’augmentation généralisée des salaires.



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