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Gestion répressive : le gouvernement envisagerait de repousser le couvre-feu à 19h

Depuis quelques jours les hôpitaux ont dépassé les 2000 patients dans les lits de réanimation. Et face à une deuxième vague qui ne cesse de s'intensifier le gouvernement envisagerait d’intensifier une nouvelle fois la gestion répressive de la crise sanitaire avec un durcissement du couvre-feu.

mercredi 21 octobre

LP / Arnaud Dumontier

Plus de 2000 personnes en réanimation, la deuxième vague se poursuit

 
Redoutée dès le début du déconfinement au printemps, la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 est là. Depuis plusieurs semaines la menace s’est concrétisée, l’Europe et la France parmi les plus mauvais élèves, sont de nouveau un épicentre de la pandémie. Entre lundi et mardi, 269 nouveaux malades ont été admis en réanimation et sur les sept derniers jours ce sont 1441 personnes qui y ont fait leur entrée. Des chiffres qui continuent à augmenter et dont la dynamique est inquiétante.
 
L’épidémie continue donc de se propager en France. Ce lundi 19 octobre, le seuil des 2000 personnes actuellement hospitalisées dans les services de réanimation a été dépassé, un seuil qui n’avait pas été atteint depuis mai, selon les données de Santé Publique France et du ministère de la Santé. Sur les dernières 24 heures, 13.243 nouveaux cas ont été détectés, tandis le taux de positivité ne cesse de grimper, il culmine désormais à 13,6%, tandis que 163 nouveaux décès ont été enregistrés mardi. L’extension de l’épidémie est également marquante puisque, désormais, seuls 10% du territoire français reste en niveau de vulnérabilité modérée pour Santé Publique France. Autant de révélateurs d’une situation qui ne cesse de se dégrader.
 

Des hôpitaux en tension

Plus de 150 cas graves font leur entrée chaque jour dans les services de réanimation et ils étaient plus de 278 mardi. Face à cette situation dans le département du Nord, à Lyon ou en région parisienne, le taux d’occupation des lits de réanimation a déjà dépassé les 50%. Face à une situation qui s’annonce catastrophique l’agence régionale de la santé (ARS) a demandé aux hôpitaux d’Auvergne Rhône-Alpes de déprogrammer des interventions non urgentes pour libérer de la place, en région parisienne c’est déjà le cas, depuis plusieurs semaines
 
Pire encore, de nombreux hôpitaux sont déjà saturés comme à Orléans, Bastia ou Montreuil. A Montreuil, les 12 lits du service de réanimation sont déjà tous occupés par des patients atteints du Covid-19, d’après un article du Monde. A Bastia, ce sont les réanimateurs qui manquent pour la semaine du 26 octobre au 8 novembre. De plus, une étude de l’institut Pasteur révèle que à ce rythme, dès le 1er novembre, la majorité des hôpitaux seront dépassés par la deuxième vague. 
 
Si la première vague avait montré l’impréparation des hôpitaux pour gérer une épidémie d’une aussi grande ampleur, du fait des décennies de casse de l’hôpital public, l’entrée dans la deuxième vague montre qu’aucune leçon n’a été retenue par le gouvernement. Comme le dénonçaient une partie des organisations syndicales qui ont quitté les négociations, le Ségur de la Santé clôturé en grande pompe le 21 Juillet dernier et célébré comme un accord « historique » par le gouvernement n’a pas permis de répondre aux problèmes structurels du système de santé. Derrière les effets d’annonce, le gouvernement ne lâchait en réalité que des miettes aux soignants, qui demandaient une hausse réelle des salaires, une revalorisation massive des moyens matériels et humains pour le système de santé.
 
Une absence de moyens supplémentaires assumée par Emmanuel Macron qui, interpellé par des soignants le mardi 6 octobre, rétorquait : « Ce qu’il faut comprendre c’est que ça n’est pas qu’une question de moyens, c’est une question d’organisation ce que vous avez à vivre avec les unités Covid. Le Covid qui arrive ça n’est pas une question de moyens. On ne va pas créer des postes et des lits parce que le Covid arrive. […] Lorsqu’on crée des unités Covid, lorsqu’on libère des lits ça a un impact sur le reste de l’activité et c’est aussi ça que nos concitoyens doivent comprendre. »
 
Ce sont dès lors des hôpitaux encore une fois en manque de moyens qui doivent affronter la deuxième vague. A cette nouvelle difficulté s’ajoute l’épuisement de ceux qui ont lutté contre l’épidémie pendant la première heure, multipliant les heures pour pallier la pénurie de personnels. « Actuellement les urgences sont surchargées et chaque jour de plus en plus de patients arrivent avec les symptômes du Covid et beaucoup sont positifs. Ça devient difficile à gérer à cause du manque de places, du manque de lits, du manque de moyens matériels et humains. C’est d’autant plus compliqué que nous ne sommes pas encore remis de la première vague que ce soit psychologiquement et physiquement. C’est très compliqué pour nous. On nous en demande toujours plus, dans un contexte où l’on a moins d’aides que lors de la première vague. » rapporte ainsi une aide-soignante d’un hôpital francilien interviewée par Révolution Permanente.
 

Face à la deuxième vague, le gouvernement choisit la gestion répressive

 
Face à la deuxième vague, le gouvernement a fait le choix de la gestion répressive de la crise pour éviter de surcharger les hôpitaux. Après la fermeture des bars, salles de sport et restaurants, c’est un couvre-feu qui est imposé à la population dans huit métropoles depuis samedi dernier. Pour justifier ces politiques le gouvernement a décidé de pointer du doigt sa population comme les responsables de la recrudescence épidémique, notamment les jeunes et les précaires.
 
Le couvre-feu apparaît surtout comme un dernier recours pour le gouvernement après avoir laissé filer l’épidémie pour préserver l’économie, tout en continuant de préserver au maximum l’activité économique en attaquant « seulement » la vie sociale de la population. Comme l’explique Michèle Legeas, enseignante à l’Ecole des Hautes Etudes en santé publique,interviewée par 20Minutes : « c’est plus une mesure de police qu’une mesure sanitaire. Quand on impose un couvre-feu, on veut empêcher les gens de se déplacer pour se rassembler dans des lieux privés. Avec une telle mesure le gouvernement voudrait que les gens se mettent eux-mêmes en confinement au sein de leur sphère privée, mais sans arrêter l’économie […].
 
Un couvre-feu qui repose par ailleurs sur l’idée selon laquelle la contagion de l’épidémie se ferait d’abord dans les lieux de sociabilité. Pourtant les données de Santé Publique France montre que les principaux clusters, qui ne représentent pas l’ensemble des contaminations, se trouvent dans les lieux de travail (25%), suivies des écoles et universités (21%). 
 
Ce qui est en revanche certain, c’est que le gouvernement n’a pas hésité de se donner les moyens pour appliquer ses mesures répressives et sécuritaires. Que ce soit en augmentant le budget de la police de 325 millions d’euros et en acceptant des revendications historiques des syndicats policiers, comme la prime de nuit, ou en annonçant ce mercredi 21 octobre un projet de prolongement de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 16 février.
 
Or, face à la dynamique de l’épidémie, le gouvernement voudrait accentuer encore sa gestion répressive. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a ainsi dévoilé à la sortie du Conseil des ministres hier les premiers éléments d’un projet de loi de prolongation de l’État d’urgence sanitaire. Rétabli samedi dernier par simple décret jusqu’au 16 novembre, l’exécutif cherche désormais à repousser la date limite de celui-ci, afin de renforcer sa marge de manœuvre répressive. De même, de nouveaux départements devraient basculer ce jeudi en couvre-feu du fait de la dynamique épidémique. « Je peux vous dire s’agissant de la conférence de presse de demain, qu’elle verra l’annonce d’un certain nombre de départements qui basculeront en alerte maximale et donc sous couvre-feu pour un certain nombre d’entre eux. » a ainsi annoncé Gabriel Attal.
 
En parallèle, des ministres évoqueraient déjà officieusement la perspective d’un durcissement du couvre-feu. « Officiellement, il faut attendre 15 jours pour voir si le couvre-feu dans les grandes villes porte ses fruits. Mais en privé, ils sont nombreux à alerter et à prévenir que ça ne sera pas suffisant. "Il suffit de quelques irresponsables pour que ça échoue", se lamente un poids lourd du gouvernement, qui prédit déjà un couvre-feu avancé à 19 heures » rapportait ainsi hier RTL.
 
Cette gestion répressive du gouvernement ne cache que très mal les conséquences de la gestion catastrophique et pro-patronale de la crise sanitaire. Car si le gouvernement tente de freiner l’épidémie par des mesures policières brutales, c’est qu’il l’a laissé circuler pour préserver l’économie et surtout les profits. Dans ce cadre, ce n’est pas un couvre-feu imposé de force dont on a besoin, mais de la formation et d’embauches massives de personnels soignants, d’ouverture de nouveaux services dans tout le secteur de la santé, mais aussi d’ouverture de lits, des augmentations de salaires et des mesures sanitaires à la hauteur dans les écoles, les Universités et les lieux de travail. Des mesures qui, la première vague l’a montré, ne pourront être imposées et arrachées que par la mobilisation.




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