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Ouvrez les frontières

Frontex remet des migrants à la mer : une politique migratoire meurtrière mise en image

Après des mois de révélations sur les pratiques de l’agence européenne des polices aux frontières, la direction de Frontex a dû être démissionnée et son financement temporairement suspendu. Malgré leurs indignations intermittentes, les responsables européens couvrent une politique migratoire structurellement raciste et de plus en plus meurtrière.

vendredi 6 mai

Crédit photo : JANEK SKARZYNSKI/AFP

Vendredi 29 Avril, le directeur de Frontex Fabrice Leggeri est contraint de poser sa démission. Au cœur de la polémique qui a eu raison de lui, l’utilisation illégale et massive de renvois en mer par l’agence européenne des gardes-frontières. Parmi les nombreuses enquêtes celle menée par Le Monde et d’autres médias européens révèle le fonctionnement de ces opérations de refoulement, et leur couverture.

Parmi les éléments de cette enquête, des vidéos documentent la façon qu’on les garde-côtes de l’agence de capturer des personnes migrantes qui, pourtant arrivées sur le territoire européen ou elles doivent pouvoir formuler une demande d’asile, se retrouve embarquées sur les navires des gardes côtes, mises dans des pneumatiques hors des eaux européennes, pour finalement être interceptées comme n’y ayant jamais mis les pieds. Dans la comptabilité morbide de l’agence censée recenser les opérations, on libelle alors ces opérations de refoulement comme des « préventions au départ ».

Des accidents systémiques

Ce que révèlent au global les différentes enquêtes menées c’est une organisation, non des disfonctionnements. Pour le Guardian, ce sont 40 000 personnes qui ont été repoussées illégalement pendant le confinement, et 2000 personnes y auraient perdu la vie.

Si la transgression systématique du principe du « no pushback » et l’illégalité des manières de sa police a poussé les instances européennes à prendre des sanctions à l’encontre de la direction de l’agence, ces sanctions demeurent purement symboliques. Typiquement, loin d’être contradictoire avec la politique migratoire européenne, la démission de Leggeri de la tête de l’agence est bien plutôt un moyen de sa reconduite.

La militarisation et le renforcement de Frontex font l’objet d’une politique de longue haleine. Quand Leggeri arrive à la tête de l’agence en 2015, sa dotation triple, c’est là le fait important. Aujourd’hui, l’agence bénéficie d’environ un milliard d’euros par an, elle déploie 2000 gardes-frontières dans 20 pays européens et devrait compter pas moins de 10 000 agents en 2027 (3000 employés directs et 7000 agents détachés par les États membres).

Plaisante union qu’un cimetière borne

On oublie trop souvent que Frontex est la première agence européenne, cela dit pourtant quelque chose d’essentiel sur ce qu’est le projet européen. Sous la tartuferie morale de l’ouverture européenne et des appels sans lendemain au respect des droits de l’homme, c’est la barbarie qui s’organise. La feuille de route militariste de l’UE et l’ampleur continuée des horreurs de Frontex en témoigne (20 000 migrants sont morts noyés en Méditerranée depuis 2014 selon l’ONU).

Mais les appels à la souveraineté nationale n’en sont pas moins illusoires. Frontex n’est elle-même pas grand-chose de plus qu’une coalition de forces nationales déterminées d’elles-mêmes à poursuivre une politique migratoire meurtrière et raciste. A l’heure ou la réaction gronde de toute part en Europe, seul un sursaut indissociablement anticapitaliste et internationaliste peut nous sortir de l’impasse infernale dans laquelle les puissances européennes sont engagées.

Les frontières du monde capitaliste s’empilent sans contradiction, il nous faut engager le combat contre l’impérialisme et son cynisme de manière radicale. Contre toutes les frontières, nous devons lutter pour la liberté de circulation et d’installation pour tous.



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