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Factures d’eau de 6000€, augmentation des loyers : à Saint-Denis, les habitants n’en peuvent plus

Depuis plusieurs semaines, la colère monte dans plusieurs quartiers de Saint-Denis. En cause : des factures d’eau à 6000 euros pour les habitants de la cité Allende, des augmentations de loyers de 6% pour les habitants de la cité du Franc-Moisin et du mépris de la part des bailleurs et des pouvoirs publics pour ces habitants déjà durement touchés par la situation économique.

jeudi 6 mai

Crédits photos : Ph. Guignard/PlaineCommune

Cité Allende : 6000€ de facture d’eau après l’installation de nouveaux compteurs

Dans cette résidence du nord de Saint-Denis, 526 logements ont vu ces derniers mois leurs compteurs d’eau changer pour passer d’une facturation semestrielle à une facturation mensuelle. Mais ce changement de facturation a nécessité des régularisations des consommations de l’exercice 2020.

Des régularisations qui se sont avérés en la défaveur des locataires dans 60% des cas, le bailleur Logirep considérant que les factures étaient sous-évaluées pour la majeure partie des locataires. Sur 526 logements, 328 ont reçu une lettre leur annonçant que les régularisations seraient en leur défaveur, et parfois, pour de très fortes sommes. « Parmi eux 43 locataires connaissent, il est vrai, une forte régularisation, dont deux de 6 000 euros  », reconnaît Logirep sur le site actu.fr.

Comble de l’acharnement, le bailleur social est même allé jusqu’à menacer un certain nombre de locataires par une visite d’huissier pour s’assurer que les montants réclamés soient payés. Pour certains, les visites ont mêmes déjà commencé, suscitant autant d’inquiétudes que d’indignations pour des familles qui ont peut de finir à la rue.

Pour résister à cette logique infernale, les habitants se sont organisés en collectif afin de faire pression sur le bailleur pour qu’il reconnaisse ses erreurs et qu’il revienne sur les dettes des locataires. Ils réclament l’annulation de toutes les factures injustifiées et un règlement global pour tous les locataires.

Apprendre la destruction de son appartement dans les journaux : aux Franc-Moisins,la rénovation du quartier se fait contre les habitants

Dans la cité voisine du Franc-Moisin, la situation n’est pas meilleure. Ce quartier de 15 000 habitants, construit sur un ancien bidonville, va connaître prochainement un projet de rénovation urbaine qui va considérablement changer la vie de ses habitants. L’un des derniers emblèmes des « grands ensembles », qui abrite 100% de logements sociaux, va voir la démolition de près de 500 logements sur 1700 ainsi qu’une diminution importante de la part de logements sociaux.

Cette situation va contraindre un certain nombre d’habitants à déménager et va bouleverser le quotidien de centaines de familles. Pour un certain nombre d’habitants, la pilule est difficile à avaler. En cause : la désagréable impression que tout cela s’est décidé dans leur dos. Pour les habitants, la concertation s’est en effet déroulée dans la plus grande opacité, notamment en ce qui concerne celle du bailleur Logirep, le même bailleur réclamant des factures gonflées aux hormones aux habitants de la cité Allende, qui, selon les habitants du quartier a volontairement laissé un des principaux bâtiments devant être détruit à l’abandon.

Les habitants ont donc à peine eu mot à dire alors que ce sont leurs vies qui sont en jeu dans ce projet. Des concertations quasi inexistantes avec une poignée d’habitants sur plusieurs milliers, et surtout l’impression que la ville et la préfecture font les choses dans leurs dos : pour les habitants, il ne s’agit ni plus ni moins que du mépris de classe. Romain Gallart, coordinateur d’une association de chercheur pour un autre urbanisme, dénonce dans les colonnes du BondyBlog que « beaucoup des gens qui habitent les logements détruits n’étaient même pas au courant. Les quartiers populaires sont les seuls quartiers où on se permet ça. Si on faisait ça dans les quartiers de classe moyenne, personne ne se laisserait faire. ». Pour eux, l’urgence n’est pas à un urbanisme sécuritaire sensé changer la vie, mais bien plutôt à la réhabilitation et à l’entretien de leur quartier pour vivre de manière plus digne.

Priorité au logement ou priorité aux Jeux Olympiques ?

Face au mépris des pouvoir publics, les habitants de la cité se sont eux aussi organisés en collectif depuis un peu plus d’un an pour dénoncer leurs conditions de vie et informer les habitants de la cité sur le projet de rénovation urbaine.

❌IMPORTANT COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF FRANC MOISIN❌ ⚠️⚠️⚠️⚠️⚠️⚠️⚠️⚠️⚠️⚠️
PCH a décidé de la réhabilitation des logements du...

Publiée par Collectif Franc-Moisin sur Lundi 26 avril 2021

Tout dernièrement, alors que le projet de rénovation était engagé, les habitants du Franc-Moisin ont appris que le projet était une nouvelle fois modifié sans avoir été concertés. De plus, ils ont appris que leurs loyers augmenteraient de 6% en 2026, puis de nouveau en 2027, et enfin « qu’il n’y aurait pas de travaux visible pendant la phase active des Jeux Olympiques », afin de ne pas entacher l’image de la ville lorsque le monde aura ses projecteurs braqués sur Paris et le 93. Une preuve de plus de la manière dont les pouvoirs publics considère la banlieue et ses habitants.

Face au mépris renouvelé de la part des pouvoirs publics, les deux collectifs d’habitants ont décidé d’appeler à une marche pour la dignité samedi 8 mai à 13h30. La marche partira de la Poste de Franc-Moisin et ira jusqu’à la mairie de Saint-Denis.

Les grillages, les digicodes, les nouveaux noms de « résidences », les chemins tracés au sol et les terrains vagues après démolition n’effaceront ni les injustices, ni les inégalités sociales, ni le souvenir des luttes passées, pas plus qu’ils n’empêcheront l’histoire politique des quartiers populaires de se poursuivre.

Soyons nombreuses et nombreux samedi prochain pour rappeler que les habitants des quartiers populaires ne sont pas des cibles de flashball, des numéros de logements que l’on détruit sans accords, ni des locataires dont on exploite la misère.




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