^

Écologie

Crise climatique

Face à la polémique sur l’interdiction des jets privés, la macronie rassure les patrons-pollueurs

Alors que les catastrophes climatiques se sont enchaînées tout l’été en Europe, une polémique autour de l’interdiction des jets privés a émergé ces derniers jours. Un « débat » autour duquel la macronie a rapidement réagi, cherchant d’une main à donner des gages à la contestation, et de l’autre rassurer ses amis les patrons-pollueurs.

mardi 23 août

Crédits photo : AFP

Incendies, canicules à répétition, inondations,…alors que les catastrophes climatiques se sont enchaînées tout l’été en Europe, de nombreux internautes s’indignent depuis plusieurs semaines de la consommation des milliardaires : dérogations pour arroser le green des golfs en pleine alerte sécheresse, utilisation de jets-privés pour des trajets d’une heure...pendant que le gouvernement multiplie les appels à la « sobriété énergétique » face à la crise climatique – qui ne visent qu’à faire payer la crise aux travailleurs, les caprices quotidiens de la bourgeoisie passent mal.

C’est ainsi qu’au cours de l’été, un phénomène de traçage des jets privés en ligne a émergé sur les réseaux sociaux : de Elon Musk à Taylor Swift en passant par les grands patrons du CAC40 comme Martin Bouygues, Vincent Bolloré ou encore Bernard Arnault, tous ont été épinglés pour leurs trajets en jets privés et leur empreinte carbone ahurissante. Et pour cause, un rapport publié en mai 2021 par l’ONG européenne Transport et Environnement atteste que « seulement 1 % des personnes sont à l’origine de 50 % des émissions mondiales de l’aviation » et met ainsi en exergue le deux poids deux mesures existant entre le quotidien des milliardaires et celui de la majorité de la population.

Ces derniers jours, la polémique est arrivée jusque dans le champ politique. Dans une interview publiée sur Libération vendredi dernier, le secrétaire national d’Europe Ecologie les Verts et député NUPES Julien Bayou affirmait qu’il « est temps de bannir les jets privés » et qu’il déposerait un projet de loi à ce sujet à l’automne. Dès le lendemain, c’est le nouveau ministre des Transports Clément Beaune qui a réagit, en tentant de donner des gages, et déclarait dans Le Parisien que « je pense qu’on doit agir et réguler les vols en jet privé. Cela devient le symbole d’un effort à deux vitesses » et réfléchirait, toujours selon Le Parisien à plusieurs options : « d’une obligation pour les entreprises de rendre publics leurs déplacements en avion privé, à une réglementation stricto sensu encadrant l’usage des jets quand il existe une alternative ferroviaire ou des vols commerciaux ».

Depuis, la presse s’est emparée du débat et les éditorialistes bourgeois se sont empressés de dénoncer un « cauchemar collectiviste » à l’instar de Rémi Godeau, éditorialiste de l’Opinion ou encore « les pièges de la sobriété coercitive » comme le titrait Irène Inchauspé, toujours dans l’Opinion. De quoi faire réagir jusque dans le gouvernement, puisque Olivier Véran a tenu à rassurer les patrons-pollueurs ce mardi matin sur France Inter, déclarant que les jets privés seraient « créateurs d’emplois » et que leur interdiction n’allait « pas refroidir la planète ».

Ainsi, même si une réglementation concernant les jets privés finit par aboutir, celle-ci ne représente qu’une concession cosmétique faite à la population, ce pour pouvoir lui exiger de nouveaux efforts à la rentrée. L’opposition de gauche, qui tente de surfer sur la vague de dénonciation légitime de la consommation des milliardaires, promet quant à elle une nouvelle « guérilla parlementaire » sur la question des jets privés. Mais celle-ci n’esquisse en réalité qu’une part infime de la responsabilité des patrons pollueurs dans la crise climatique.

En effet, derrière les caprices de consommation de la bourgeoisie se cachent leurs entreprises qui détruisent la planète qui jouent un rôle clé dans l’aggravation de la crise climatique. Une étude d’Oxfam et Greenpeace publiée en février dernier indique par exemple que 63 milliardaires émettent via leur capital financier et leurs entreprises autant de CO2 que le Danemark, la Suède et la Finlande réunis. Un autre rapport d’Oxfam atteste elle que 4 entreprises françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Total), prise isolément, ont une empreinte carbone supérieure à celle de la France.

Quand bien même l’indignation face au deux poids deux mesures quant à la crise climatique s’est concentrée cet été sur le terrain de la consommation, celle-ci a permis de mettre en lumière que la question écologique est une question de classe. Seulement, pour pouvoir amorcer une véritable résolution de la crise climatique, qui ne cesse de s’approfondir, il est nécessaire d’aller plus loin que l’interdiction des jets privés où l’arrêt de l’arrosage des golfs. Loin des batailles parlementaires ou des mesures d’incitation pour le patronat, c’est uniquement les travailleurs, en particulier dans les secteurs des transports et de l’énergie qui sont en capacité de prendre en charge la question écologique dans l’intérêt de la majorité.



Mots-clés

crise climatique   /    Réchauffement climatique   /    aérien   /    Écologie   /    Patrons-voyous   /    Politique