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Culture et Sport

Football international. La corruption des grandes instances

FIFA Family : scandales, vandales et capital

Johnny S. Trempe et Karel Venuvitch La Fédération International Football Association (FIFA) vient d'être plongée dans deux procédures pénales distinctes : l'une lancée par la justice américaine, qui vise, sur les vingt-quatre dernières années, diverses affaires de corruption concernant les attributions de compétitions internationales à certains pays, notamment la Coupe du Monde en Afrique du Sud ou encore l’attribution des droits de la Copa America de 2016 aux Etats-Unis en matière de contrats marketing et télévisuels. L'autre procédure émane de la justice suisse : enclenchée le 10 mars et restée secrète jusqu'au 27 mai, elle concerne le blanchiment d'argent et une gestion déloyale autour de l'attribution des Coupes du Monde 2018, en Russie, et 2022 au Qatar.

vendredi 29 mai 2015

Le problème du « Foot business », ce n’est pas le foot : c’est le business

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L’enquête de la justice américaine vise quatorze personnes, avec sept arrestations, dont Jeffrey Webb, actuel vice-président de la FIFA et président de la CONCACAF (Confédération de l’Amérique du Nord, Centrale et des Caraïbes Association Football). Celui-ci, accessoirement, est l’un des proches de Joseph Blatter qui le considère comme son successeur, lequel Blatter, fort de quarante ans d’emprise sur le milieu, alors que divers scandales similaires ont éclaboussé tout sa carrière, brigue un cinquième mandat le 29 mai à la présidence de la fédération. Connaissant ce personnage, l’arrestation de Webb fait vraiment de lui son digne héritier. La justice suisse entame de son côté des perquisitions au siège de la FIFA à Zurich.

La question, dans cet article, n’est pas de se perdre dans les détails de ces scandales [1], qui comme toujours focaliseront l’attention, ni même de répondre aux questions du type « pourquoi cela éclate maintenant ? », ou encore, « pourquoi la justice américaine ? ». Il s’agit de comprendre qu’il n’y a rien d’anodin à ce que de tels scandales soient à la une des quotidiens - à l’image de l’affiche du Parrain à peine détournée par Libération- avec un tel impact médiatique : le football n’est qu’un miroir de la société, mais un miroir planétaire, en raison de son immense popularité et des masses financières et commerciales colossales qui tournent autour de lui. Mais s’il est au cœur des affaires, il n’en est pas la source : c’est bien le « foot business », axé sur la course au profit plutôt que derrière le ballon, qui est la cause de ces scandales à répétition.

D’ailleurs, ces scandales n’étonnent personne, tant il y en a déjà eu par le passé, par-delà même Sepp Blatter, autour des règnes de son prédécesseur Havelange ou encore celui du président de la CBF (Confédération Brésilienne de Football) Ricardo Teixeira. Les relations particulièrement étroites entre les multinationales et le football les favorisent naturellement. La récente affaire concernant les « pleins pouvoirs » des sponsors sur l’équipe nationale du Brésil, où les joueurs devaient correspondre à une série de critéres marketting pour être sélectionnés, en est un exemple fameux.

Ce nouvel scandale qui touche la FIFA est également un exemple de la décomposition des institutions internationales de l’impérialisme. En effet, il ne faut pas oublier que les impérialistes s’en servent de la FIFA aussi comme un instrument de pression sur différents pays à travers le monde. Tous ces éléments font que cette institution devienne de plus en plus contestée parmi les masses.

Tandis que les dominants s’arrosent en pots de vins, qui paye les pots cassés ? La classe ouvrière !

En résumé, la FIFA n’a plus grand-chose à voir avec le football lui-même, elle n’est aujourd’hui qu’une institution de plus au service des intérêts des grands groupes capitalistes.

Derrière ces petites magouilles entre amis se cachent un véritable drame social et humain à l’échelle internationale. Une fois de plus, notre classe paye au prix fort le féroce appêtit des bourgeois, et ce de la plus violente manière qui soit. Outre les conditions de travail qui n’ont rien à envier à l’esclavage pur et simple sur les chantiers, plus de 1200 ouvriers « importés » du Népal, du Bengladesh et d’Inde notament, ont par exemple trouvé la mort sur les chantiers de la Coupe du Monde 2022. Les prévisions avancées parlent d’un taux de mortalité de 600 ouvriers par an d’ici à l’ouverture de la compétition, portant le total du tribut à payer pour satisfaire l’appétit des "foot businessman" à environ 5 400 vies ouvrières. Et face à cette situation, la FIFA fait preuve d’un cynisme froid, son Blatter incitant pour la forme l’émir qatarien à « faire plus » pour les ouvriers... tout en affirmant haut et fort qu’il est hors de question de retirer au Qatar sa Coupe du Monde.

Quand la presse bourgeoise s’inquiète de savoir si oui ou non la FIFA élira son nouveau président vendredi, elle relégue totalement les causes et les conséquences véritables de la corruption dans l’ombre : l’exploitation cynique du travail humain, sans parler de l’instrumentalisation même de la passion populaire pour le sport lui-même et la spéculation sur la chair même des athlètes. Quand les hauts responsables des institutions du football s’inquiètent du bon déroulement de la compétition en été parce qu’il fait trop chaud, ils « oublient » que le climat a été le même les étés précédents, qui ont vu des ouvriers mourir lors de la construction de ces temples dont les présentateurs télés vantent par ailleurs la beauté. Mais les prolétaires peuvent crever, ces temples, ils n’auront pas le droit de s’assoir dedans, puisque les tarifs pour assister à « la grande fête » seront inaccessibles.

Pour endiguer la plaie, seule une réaction des masses peut faire la différence. La dernière coupe du monde au Brésil, entre morts sur les chantiers et déplacement des populations les plus pauvres, prouvant s’il le fallait encore qu’il n’y a rien à attendre des instances bourgeoises qui se sont emparés du Football, suprimant ses aspects populaires pour en faire au-delà du supportable un instrument de profit. Nous n’avons pas besoin de ces institutions, de leur corruption et de leur politique nauséabonde. C’est avant tout nous, travailleurs, vieux et jeunes, qui avons à faire vivre ce sport, et en refaire l’occasion d’une joie collective. Cette réapropriation est la seule solution possible pour stopper l’hémoragie, dans tout les sens du terme, dont notre classe est victime, ici comme ailleurs.

28/05/2015.




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