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Jeunesse

Interview

Etudiants Etrangers : rackettés, pas logés, mal soignés

Dans le neuvième palmarès des villes où il fait bon étudier établi par le site internet L'Etudiant.fr , Toulouse se retrouve à une prestigieuse première place. Il ferait donc "bon vivre pour étudier" dans la ville rose ... Pourtant, les logements sociaux réservés aux étudiants ne peuvent accueillir que 9 000 d'entre eux, soit seulement 7 % de la population étudiante toulousaine ! Alors que 42 % des étudiants sont obligés de travailler à côté de leurs études pour survivre, nous avons rencontré l'un d'entre eux, un étudiant étranger, et nous lui avons ouvert nos colonnes sous couvert d'anonymat, pour qu'il puisse témoigner de sa situation.

jeudi 12 novembre 2015

Peux-tu nous expliquer la situation dans laquelle tu es ?

Dès le premier jour, je me suis présenté pour faire les inscriptions administratives et au service des relations étrangères pour avoir un logement au CROUS. On m’a informé que c’était complet. On m’a alors orienté vers la Toulbox. Ce pack censé m’aider à trouver un logement coûte 200 euros, sans avoir la certitude d’être logé. J’ai donc refusé ce service sachant que j’ai passé mes premières nuits à l’hôtel, qui sont très chères. J’ai déjà gaspillé de l’argent dans l’hôtel, je ne veux pas en gaspiller d’avantage avec la Toulbox ! J’ai alors demandé qu’on me mette dans une liste d’attente et on m’a informé que ça ne servait à rien puisqu’il n’y avait plus de chambre. J’ai insisté pour que l’on me m’inscrive quand même en attente. On ne m’a même pas donné de dossier à remplir. On m’a juste donné une feuille blanche pour noter mon nom, prénom et adresse mail.

Je me suis présenté une deuxième fois quatre jours plus tard. Une autre personne m’a accueilli, j’ai à nouveau demandé un logement au CROUS. J’ai dû réexpliquer ma situation tout en présentant une demande écrite avec une copie de mon dossier de santé en pièce jointe, le tout en accusé réception. On m’a a nouveau orienté vers la Toulbox, sans chercher une autre solution. On m’a signifié qu’il était fort probable que je n’aurai pas de réponse à ma demande, qui est pourtant adressée au responsable du CROUS et où j’ai signalé l’urgence de ma situation. Cela fait six jours que j’ai fait cette demande écrite, et je n’ai toujours pas de réponse. Aujourd’hui, j’ai arrêté d’aller dans les hôtels, parce que c’est trop cher. Je ne veux pas dilapider tout mon argent dans les hôtels mais je risque de me retrouver à la rue.

Cette situation d’impasse au niveau du logement, outre l’extrême précarité dans laquelle elle te plonge, a d’autres conséquences ?

Oui, cela me bloque au niveau administratif ! Je ne vois pas l’horizon. Déjà, si je dors dehors, je ne peux pas étudier, ce qui est le but pour lequel je suis venu en France. En plus, pour pouvoir ouvrir un compte bancaire, pour la sécurité sociale et pour tout un ensemble de chose indispensable pour vivre, il faut un logement. Je suis donc pour l’instant dans une impasse. Tout est bloqué par le fait que le CROUS ne met pas à disposition une chambre universitaire, car je ne peux pas me permettre de prendre un appartement chez un particulier.

Au vu de ta situation, es-ce qu’on t’a orienté vers des associations d’aides aux étudiants étrangers ?

Non absolument pas. Je suis allé au service Welcome Desk qui donne des adresses de sites internet comme Le Bon Coin, Lokaviz ou Jobaviz . Bref, des particuliers de la location ou pour trouver un job. Je suis aussi allé au CRIJ [Centre Régional Information Jeunesse], et c’était aussi des sites d’orientation pour que je fasse des recherches personnelles. Mais on ne m’a pas orienté vers des associations. On m’a laissé seul face aux problèmes. C’est le hasard qui a fait que j’ai pu rencontrer des gens qui ont pu, et sont en train de m’aider.

Ton cas étant loin d’être isolé, es-ce que tu es en contact avec d’autres étudiants qui sont dans la même situation que toi ?

Concernant le logement et le travail, oui. Eux aussi ont été réorientés vers des services particuliers. En un seul jour de recherche, j’ai trouvé sept cas similaires au mien ! Eux non plus ne sont pas au courant de l’existence des réseaux militants qui peuvent les aider. Je vais donc entrer en contact avec eux pour que l’on ne reste pas chaque cas isolé dans son coin.

Tu pointes, à juste titre, l’isolement dans lequel se retrouve les étudiants qui ont des difficultés pour se loger, l’idée de rassembler te semble juste pour lutter contre cette situation ?

Je ne sais pas si cela portera ses fruits, mais je pense qu’il est important de ne pas rester seul face à ces problèmes. C’est difficile autant sur le plan matériel que sur le plan mental. Il faut faire connaitre ces réseaux, car ensemble on est plus fort.

Propos recueillis par Karel Venuvitch




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