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Du Pain et des Roses

« Mon corps, mon choix ! »

Etats-Unis. L’Oklahoma vote une loi pour interdire l’avortement dès la fécondation

Dans le contexte d’une possible remise en question du droit à l’avortement par la Cour Suprême, l’Etat de l’Oklahoma a voté une loi qui interdit l’IVG dès la fécondation et permet des poursuites contre les femmes qui y auraient recours. Alors que les attaquent pleuvent, de premières mobilisations ont eu lieu pour défendre ce droit. Solidarité avec les femmes qui se battent aux Etats-Unis !

vendredi 20 mai

Crédits photo : Marina Lanae/AP Photo

Ce jeudi 19 mai, le Parlement de l’Oklahoma aux Etats-Unis a voté une loi d’interdiction de l’avortement dès la fécondation. Comme l’explique Le Monde, il s’agit de « la réglementation la plus restrictive en matière d’interruption volontaire de grossesse (IVG) ». En avril dernier, le Sénat de l’État de l’Oklahoma aux États-Unis avait déjà adopté la pénalisation des professionnels de santé pratiquant un avortement. Depuis, tout professionnel de santé risque jusqu’à 100 000 $ d’amende et 10 ans de prison pour avoir pratiqué un avortement.

Cette loi « ouvre la voie à des poursuites lancées par de simples citoyens à l’encontre de femmes soupçonnées d’avoir avorté » ajoute Le Monde. Ces attaques interviennent dans la continuité de lois passées en septembre dernier dans l’État du Texas limitant le droit à l’avortement à 6 semaines de grossesse. Ces deux États proches marchent donc main dans la main. Alors que certaines femmes souhaitant avorter et habitant au Texas allaient dans l’Oklahoma pour pouvoir avoir recours à un IVG, cette nouvelle législation les en empêchera.

« Je veux que l’Oklahoma devienne l’État le plus “pro-vie” dans le pays  », a déclaré, Kevin Stitt, gouverneur Républicain de l’Oklahoma en mai dernier. Ancien PDG dans la finance, en faveur de la peine de mort et opposé à la gratuité de la santé, il représente une des franges les plus réactionnaires du parti. Et grâce à la mandature Trump et à la majorité conservatrice obtenue à la Cour Suprême, il n’a plus d’obstacle devant lui pour appliquer son programme.

En effet, le droit à l’avortement aux Etats-Unis ne tient que sur la jurisprudence de l’arrêt « Roe v. Wade », datant de 1973, et qui permet l’IVG tant que le fœtus est considéré comme « non viable ». C’est ce qui a permis aux précédentes lois d’être censurées par les juges de la Cour Suprême. L’année dernière la Cour Suprême a accepté d’examiner une loi restreignant l’accès à l’avortement à 6 semaines de grossesse promulguée par le Missipi. En décembre, la Cour a refusé de bloquer la loi mise en place par le Texas, même si elle avait « autorisé les tribunaux à s’opposer à la législation ».

Cette offensive de la droite conservatrice en Oklahoma intervient donc dans un contexte plus large de remise en question du droit à l’avortement aux Etats-Unis et sert d’appui à la Cour Suprême, alors qu’elle débat de remettre en question l’arrêt « Roe v. Wade ». La vice-présidente, Kamala Harris, a dénoncé une loi « scandaleuse », et ajouté : « ce n’est que la dernière d’une série de lois extrêmes à travers le pays. Plusieurs des professionnels de la santé qui nous rejoignent aujourd’hui constatent l’impact de ces lois conçues pour punir et contrôler les femmes ». Ces déclarations ne suffisent pas à cacher l’inaction des démocrates en faveur du droit à l’avortement ces dernières décennies, toutes les fois où ils ont été à la tête du gouvernement et leur responsabilité dans la situation actuelle quand ils ont ensuite utilisé la précarité de ce droit à l’avortement comme promesse de campagne pour se faire élire.

Les attaques contre le droit à l’IVG ne datent pas d’aujourd’hui, les groupes évangélistes et d’extrême-droite sont très actifs pour empêcher les femmes d’avorter, et le nombre de cliniques indépendantes pratiquant l’avortement a diminué de plus de 30 % au cours des dix dernières années. Dans un de nos derniers articles, nous écrivions : « depuis 2010, l’accès à l’avortement aux USA n’a cessé de se faire attaquer avec une augmentation des lois visant à le restreindre. Entre janvier 2011 et juin 2019, c’est environ 483 nouvelles restrictions qui ont été mis en place. Dans la plupart des cas, il s’agissait de lois posant une myriade d’obstacles cherchant à dissuader les femmes d’avorter comme la nécessité de l’accord parental pour les mineurs, des campagnes politiques anti-avortements, des baisses de subventions ainsi qu’un nombre incalculable de règles imposées aux établissements pratiquant l’avortement.

Face à l’accélération des menaces contre le droit à l’IVG et pour défendre l’avortement libre, sûr et gratuit pour toutes les femmes aux Etats-Unis contre les attaques réactionnaires, des manifestations ont été organisées dans de très nombreuses villes. Alors qu’Obama n’a rien fait en deux mandats pour protéger le droit des femmes à disposer de leurs corps, ce n’est pas sur Biden qu’il faudra compter. L’Oklahoma et le Texas ne sont que les premiers laboratoires et seule la lutte et l’auto-organisation aux Etats-Unis et dans le reste du monde en solidarité, permettra d’empêcher le durcissement en cours de la juridiction.

Signez notre pétition pour la défense du droit à l’avortement aux Etats-Unis ici.



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