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Santé

En Gironde, les ASH font grève contre Elior pour en finir avec « l’esclavage moderne » à l’hôpital

Depuis plus d'une semaine, plusieurs travailleuses de l'hôpital de Langon, en Gironde, sont en grève contre le sous-traitant Elior pour leurs conditions de travail. Alors que celles-ci sont devenues insupportables, les grévistes cherchent à étendre la grève à l'ensemble des services sous-traité par le groupe.

Antoine Bordas

10 octobre

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En Gironde, les ASH font grève contre Elior pour en finir avec « l'esclavage moderne » à l'hôpital

Une grève contre l’ « esclavage moderne » à l’hôpital

Les ASH de Langon ont déclenché avec le soutien l’Union Locale CGT Sud Gironde ainsi que de la section CGT du groupe hospitalier un préavis grève illimitée depuis le lundi 2 octobre pour protester contre leurs conditions de travail et leurs bas salaires. Un piquet de grève a été organisé le lundi dernier et reconduit le 9 octobre devant le site.

Francesca, ASH au service d’urgence de l’hôpital de Langon, exprime leur détermination au micro de Révolution Permanente : « Nous luttons contre des conditions de travail inacceptables, le terme est lourd, mais on peut parler d’esclavage moderne, et il est hors de question pour nous de continuer à travailler dans ces conditions. »

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Aurore, qui travaille à la maternité, Alexandra, employé d’Elior en médecine, et Francesca sont unanimes sur le piquet de grève : depuis qu’Elior a obtenu le contrat de sous-traitance pour le « bio-nettoyage » à Langon, l’entreprise maltraite ses employés. Les grévistes racontent des conditions de travail inhumaines, où elles doivent « accomplir le travail de deux postes en une journée de travail déjà longue, de 10 à 11 heures. » Ces dernières nous décrivent : « notre travail est épuisant, tant sur le plan physique que psychologique, pour lequel nous n’avons aucune reconnaissance et valorisation, nous n’avons aucune primes de risque ou même de treizième mois, en plus que nous sommes payés simplement au SMIC, on doit multiplier les heures supplémentaires ».

Sur le piquet de grève, un employé s’insurge contre la direction qui les oblige à travailler « en mode dégradé », où le manque de moyen structurel est admis. Pour elle, cela ne fait que dégrader la qualité des soins dans la structure : « on ne peut que faire le minimum avec les moyens que nous avons, on a des endroits dans un état déplorable… pourtant nous sommes dans un hôpital public ici. »

Jacque Dupéré, technicien de laboratoire et secrétaire de la CGT Hôpital de Langon, présent sur les différents piquets est venu apporter son soutien aux grévistes. Ce dernier, qui travaille sur le site depuis de nombreuses années, nous explique qu’il s’est battu contre l’externalisation qui n’apporte que précarité et manque de moyen : « c’est une perte pour la qualité de la prise en charge des patients. Une ASH est en contact avec les patients et recueille des informations qui peuvent être communiqué par la suite, on a perdu ça ». Le syndicaliste nous affirme enfin que si « la direction a voulu externaliser, et ils nous l’ont avoué, c’était pour faire des économies »

La direction d’Elior exploite la précarité des ASH pour empêcher toute contestation

Malgré des conditions de travail très précaires, avec des salaires au niveau du SMIC, peu attrayants et un sous-effectif constant, la direction d’Elior n’hésite pas à mettre la pression sur les travailleuses pour obtenir plus d’efforts. Comme nous l’explique une gréviste cela se traduit notamment par « des pression de la direction pour faire accepter des remplacement au pied levé ou des heures supplémentaires »

Cette pression est d’autant plus forte en raison de la précarité des ASH, un secteur largement féminisé, où de nombreuses employées ont des responsabilités familiales et sont des mères célibataires. L’entreprise exploite cette situation pour imposer des conditions de travail déplorables, d’autant plus que de nombreuses travailleuses sont issus de l’immigration.

Alors que les conditions de vie des ASH sont parmi les plus difficiles, la direction n’hésite pas à les utiliser pour exercer des pressions et freiner toute tentative de mobilisation. C’est ce que Francesca dénonce : « pour les collègues qui ne peuvent pas encore se mobiliser, ils n’en pensent pas moins, mais ils ont peur, ils subissent. Quelque jours après le début de la grève une collègue voulait nous rejoindre, mais elle avait peur pour ses papiers, alors qu’elle est en règle mais il y a la peur de se faire virer et puis ils ne connaissent pas leur droit ».

Une recherche d’extension de la grève aux autres sites Elior audacieuse

Mais face à ces obstacles, la détermination des gréviste est grande. Dès le lendemain de la première journée, un noyau de grévistes s’est attelé à la « logistique » de la suite : rédaction de tracts, lancement d’une caisse de grève et surtout organisation de tournées sur les autres sites hospitaliers avec lesquels Elior a des contrats pour étendre la grève.

Alors que, pour la plupart d’entre eux, il s’agit d’une première expérience de mobilisation, la recherche de soutien et la tentative de rallier d’autres travailleurs sont au cœur des discussions. Par exemple, la décision a été prise de poursuivre la grève afin d’avoir plus de temps pour effectuer des tournées sur les sites du groupe et convaincre que l’unification du mouvement est possible pour imposer les revendications auprès d’Elior.

Parfois reçues par les équipes syndicales des autres sites, parfois sans aucun lien initial, les travailleuses de Langon ont d’ores et déjà rallié plusieurs sites à leur mobilisation. De Cadillac à Haut-Lévêque, en passant par la clinique mutualiste, dans chaque site, les collègues décrivent les mêmes conditions et le même ras-le-bol, et plusieurs ont annoncé rejoindre la grève pour les mêmes revendications. Francesca appuie après ces premières tournées que « tout le monde subit la même chose et qu’il s’agit maintenant d’organiser cette colère. »
La prochaine étape annoncée par les grévistes est la manifestation du 13 octobre. Dès la première journée, la perspective était posée : « nous voulons regrouper tout le monde au même moment ». Si initialement une manifestation se préparait pour faire le tour de la ville de Langon, les grévistes proposent finalement de rejoindre la manifestation appelée par l’intersyndicale le même jour à Bordeaux. Ce sera l’occasion pour les grévistes des différents sites de se retrouver, de former un cortège commun et de décider des suites du mouvement.

Pour soutenir ce début de mobilisation, les grévistes appellent au soutien financier. Comme toujours dans les mouvements de grève, c’est le nerf de la guerre, surtout dans les milieux précaires comme celui des ASH. Sur cela Francesca est claire et appel à la solidarité : « on a besoin de ce soutien si l’on veut aller au bout de nos revendications ! » Lien de la caisse de grève : https://www.cotizup.com/ash-elior-en-greve


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