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AP-HP

Du champagne pour Martin Hirsch ?

Camilla Ernst Deux semaines après la signature d'un accord avec la CFDT dans le cadre de sa réforme sur le temps de travail du personnel non-médical de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch en détaille les tenants et aboutissants dans une interview au Parisien, une semaine avant de la présenter aux partenaires sociaux. Alors qu'un appel à la mobilisation a été lancé pour le 17 novembre par l'Intersyndicale (CGT, Sud, FO, CFE-CGC et CFTC), il tente de faire passer la pilule aux agents hospitaliers.

mercredi 11 novembre 2015

« Quand l’hôpital est immobile, les cliniques privées sabrent le champagne »

Mr Hirsch voudrait donc que l’on trinque à la santé de sa réforme ? Sûrement pas, on risquerait d’avaler de travers face aux attaques à peine déguisées à l’encontre des travailleurs de l’AP-HP, entre remise en cause des droits acquis et aggravation de leur surcharge de travail. Le tout justifié par la nécessité de faire évoluer le service public, en agitant l’épouvantail du privé quand c’est ce vers quoi tend à basculer le système de santé français à travers le projet de loi de modernisation de la santé de Marisol Touraine.

Ainsi, comme il ne cesse de le répéter depuis le mois de mai, cette réforme permettrait d’éviter la suppression de 4000 emplois d’ici 2020, un chiffre censé apaiser la colère des hospitaliers. Mais, en bon petit soldat du gouvernement, il ne cache pas cependant qu’elle permettra surtout de réaliser des économies dans un « contexte budgétaire difficile ». Ce serait donc aux agents de payer les difficultés de la crise économique, comme s’ils en étaient responsables ! En pratique, nous synthétise-t-il, cela se traduira par un gain de souplesse dans le temps de travail permettant d’élargir le panel d’horaires possibles. Le personnel permanent travaillant plus, la direction aura moins besoin d’avoir recours aux travailleurs intérimaires qu’actuellement, ce qui représentera 30 millions d’euros d’économies par an. Ironique de demander à un personnel déjà surchargé de travailler plus, quand la surcharge de travail imposerait plutôt d’embaucher du personnel en emploi stable !

De l’intérêt pour les agents hospitaliers et pour l’AP-HP

« Concrètement, qu’est-ce que cet accord peut apporter aux agents hospitaliers ? M.H. : Un cadre plus adapté à la réalité de leur activité. ». L’hypocrisie est à son comble. Car si la réforme est appliquée, ce ne sera pas dans l’intérêt des hospitaliers, ni pour leur permettre « un gain possible de pouvoir d’achat », comme nous l’explique le directeur de l’AP-HP quelques lignes plus loin. Ceux-ci se verront offrir le « choix » de travailler en 7h36 avec 18 jours de RTT par an, ou de passer en 7h30 la semaine et 12 heures le week-end, ce qu’on appelle « la grande équipe », avec 15 jours de RTT par an et un forfait de 18 heures de dépassement par an. Perte de jours de RTT, généralisation de la flexibilité des horaires de travail, forfait de dépassement dérisoire (moins de 6 minutes par jour), compte-tenu de la réalité de l’hôpital, où les heures supplémentaires s’accumulent sur les compte-épargne-temps des agents qui n’ont pas pour habitude d’abandonner leurs soins à l’heure pile où leur journée de travail est censée se terminer... Le tout soi-disant sur la base du volontariat, quand on imagine déjà la liberté de choix des salariés face à la pression imposée par leur hiérarchie. On voit mal où Martin Hirsch trouve une adaptation à la réalité de l’activité, et une « articulation entre vie familiale et vie professionnelle ».

« Et pour l’AP-HP, quel est l’intérêt de cet accord ? »La voilà la vraie question. Et là, point d’hypocrisie. « On revient dans le droit commun de l’application des 35 heures en supprimant les jours supplémentaires […] qui découlaient de l’accord spécifique à l’AP-HP de 2002 ». On nous parle de la suppression de 3 jours de RTT, des journées « forfait-protocole » et de la journée de la fête des mères, qui avaient été accordés aux hospitaliers. Trois jours de repos en moins pour des salariés déjà surchargés de travail. A cela, s’ajouteront 5 jours de RTT en moins pour les 12.000 agents qui travaillaient en 7h50, un schéma qui va être supprimé. Au total, ce sont plus de 200.000 journées de travail qui seront réintégrées dans les comptes de l’AP-HP se félicite Martin Hirsch, qui aura effectivement tout gagné, puisqu’il réussirait le tour de force d’allonger le temps de travail de ses agents sans les payer plus et sans non plus embaucher, aggravant au passage la dégradation des conditions de soins des patients.

En filigrane des propos du directeur de l’AP-HP, la CFDT fait figure de chien fidèle, quand c’était déjà le seul syndicat à avoir accepté de négocier sur les accords de 2002. Habitué à défendre la centrale, quand la semaine dernière il envoyait une note à propos de la "Vigilance quant aux relations entre représentants syndicaux" aux directeurs des services sous sa responsabilité, M.Hirsch lui concède d’avoir réussi à maintenir la pause repas dans les heures de travail. Doit-on lui envoyer des fleurs ?

Si l’on doit trinquer Mr Hirsch, ce sera à la santé des agents hospitaliers, et de leur mobilisation à l’appel de l’Intersyndicale du 17 novembre, que l’on espère à même de recréer le rapport de force qui vous avait obligé à plier au mois de juin.



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