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International

Coupe du Monde 2022

Des dizaines de travailleurs étrangers expulsés du Qatar après une manifestation pour leurs salaires

Trois mois avant le début de la Coupe du Monde de football, le Qatar est, une nouvelle fois, accusé de violation des droits de l’Homme. Le lundi 23 août, l’ONG britannique Equidem a dénoncé l’expulsion de dizaines de travailleurs étrangers ayant organisé une manifestation pour réclamer leurs salaires impayés.

mardi 23 août 2022

Crédits photo : AFP

Le 20 novembre 2022 commencera la coupe du monde de football au Qatar. Pour préparer cet événement, les autorités qataries ont fait venir des centaines de milliers de travailleurs étrangers sur les chantiers exorbitants du Mondial-2022. Ces travailleurs, principalement venus d’Asie, en plus d’être soumis à des conditions de travail excessivement difficiles, sont bien souvent non-rémunérés.

Selon une enquête de l’ONG britannique Equidem, le 14 août 2022, au moins une soixantaine de travailleurs ont bloqué la circulation devant l’entreprise Al Bandary à Doha pour protester face au non paiement de leurs salaires. Suite à cette mobilisation, de nombreux travailleurs immigrés ont été expulsés du Qatar. La manifestation s’inscrivait dans le cadre de la campagne « Pay up Fifa » réclamant la mise en place d’un programme participatif incluant les travailleurs et les syndicats pour fournir des recours légaux accessibles aux travailleurs immigrés et à leurs familles.

Alors que les travailleurs immigrés n’avaient pas été payés parfois depuis sept mois, le ministère du Travail qatari avait déclaré qu’il payait les travailleurs d’Al Bandary et qu’une enquête allait être lancée sur le non-paiement des salaires. Au final, à trois mois du lancement du Mondial-2022 et alors que de nombreux groupes de défense des droits humains réclament le versement d’indemnités aux travailleurs par la FIFA, c’est la répression sur toute la ligne qui continue.

Si les autorités qataries ont confirmé la détention de manifestants, elles restent muettes quant aux expulsions. Mustafa Qadri, le directeur exécutif d’Equidem, affirme cependant qu’une soixantaine de travailleurs ont bel et bien été expulsés : « Nous avons parlé à des travailleurs ayant manifesté et à l’un d’eux qui a été expulsé vers le Népal. Nous avons confirmé qu’il était rentré chez lui, et que d’autres du Népal, du Bangladesh, d’Inde, d’Égypte et des Philippines ont également été expulsés  ».

Le silence complice de l’Etat français

Lors de la mise en place et l’organisation de la Coupe du monde, les travailleurs immigrés, qui représentent 90% de la masse salariale au Qatar, ont subi et subissent toujours de terribles abus. Les interdictions de quitter le territoire, de changer de travail, ou encore les obligations de travailler lors des vagues de chaleurs caniculaires ne sont que quelques exemples des conditions de travail inhumaines imposées aux travailleurs au Qatar.

Pour rappel, dans une enquête de 2021, The Guardian recensait déjà plus de 6500 travailleurs immigrés à avoir perdu la vie sur les chantiers de construction des stades de la Coupe du monde 2022, au Qatar, depuis 2010.

Alors que la Coupe du monde 2022 est d’ores et déjà irriguée par le sang des travailleurs, l’État et les capitalistes français ne cessent de développer leurs relations avec le Qatar. Et s’ils ferment les yeux sur la situation au Qatar c’est qu’ils y ont non seulement des intérêts commerciaux et géopolitiques mais aussi et surtout une responsabilité directe. En 2015 déjà, c’était Vinci qui était épinglé pour être au service de mise au travail à 66 heures semaine, par des chaleurs caniculaires, provoquant la mort de dizaines d’ouvriers sur les chantiers du mondial. Au final, le silence de l’État français correspond en réalité à la défense de ses propres intérêts.



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