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Politique

Offensive réactionnaire

Derrière le procès en "islamo-gauchisme", le gouvernement met en accusation ceux qui dénoncent l’islamophobie

Depuis l’assassinat atroce de Samuel Paty ce vendredi à Conflans, le gouvernement cherche, à travers l’union nationale, à trouver un nouveau souffle. Mais, derrière des appels à une bataille pour la liberté d’expression, c’est une véritable offensive réactionnaire et islamophobe qui est lancée. Attention, comme le sous-entendait Blanquer ce matin, dénoncer l’islamophobie, c’est peu ou prou être placé dans le camp des islamo-gauchistes, devenus complices intellectuels du terrorisme.

jeudi 22 octobre

 Crédits photo : O Phil des Contrastes 

Ce vendredi, l’assassinat atroce d’un professeur d’histoire au lycée Conflans Saint Honorine, Samuel Paty, a suscité une très vive émotion. Chez les professeurs, cet évènement a fortement touché, faisant écho à l’isolement et l’épuisement qu’ils dénoncent depuis plusieurs années. Dans la population la sidération et le choc, ont appuyé l’appel du gouvernement à l’unité nationale. Ainsi, Emmanuel Macron assenait mercredi soir l’importance de « l’unité » face à ceux « qui cultivent la haine de l’autre », aux « islamistes qui veulent notre futur ». Le président s’est fendu d’un discours idéologique, à la Sorbonne, pour rappeler en citant Jaurès, Victor Hugo ou Louis Pasteur qu’« En France […] les Lumières ne s’éteignent jamais ».

En bref, Macron, dans la droite lignée de son gouvernement, joue sur la rhétorique de l’unité nationale, opposant le camp de la liberté et des Lumières à celui de l’obscurantisme et de la violence. Le but, réunir autour de lui pour retrouver sa légitimité perdue, mais aussi, pas loin derrière, mettre en place sa politique réactionnaire. De fait, cette semaine ce sont également les offensives de Darmanin contre le CCIF, une association de lutte contre l’islamophobie, ou Baraka City, une ONG qui vient en aide aux musulmans précaires. En plus de vouloir dissoudre ces associations, le ministre de l’intérieur s’est également illustré par ses déclarations sur BFMTV, expliquant notamment : « Ça m’a toujours choqué d’entrer dans un hypermarché et de voir qu’il y a un rayon de telle cuisine communautaire, c’est comme ça que ça commence, le communautarisme », pour fustiger les rayons halal et casher.

En effet, derrière le voile unitaire de la liberté d’expression, le gouvernement s’attaque clairement à la communauté musulmane, dans la droite lignée de sa loi Séparatisme. C’est cette loi qui permet notamment d’« encadrer » les associations, et donc de dissoudre toute association qui ne répondrait pas aux valeurs « République » au sens du gouvernement. Le gouvernement instrumentalise donc la mort de Samuel Paty pour mettre en place son projet réactionnaire et renforcer les discriminations contre les musulmans. Mais ce sont aussi les défenseurs d’une autre vision qui sont attaqué par ce tournant droitier. Désormais, défendre les musulmans ou dénoncer l’islamophobie c’est se compromettre, et faire acte de collaboration avec les islamistes.

Attaques contre « l’islamo-gauchisme » : le gouvernement se sert du drame de Conflans pour condamner ses détracteurs

« On doit être très attentifs […] aux complicités intellectuelles du terrorisme. Notre société a été beaucoup trop perméable à certains courants de pensée » a ainsi expliqué ce matin, Jean Michel Blanquer sur Europe 1, pour faire le lien entre la politique de l’UNEF ou de la France Insoumise avec les actes terroristes. « Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme, fait des ravages. Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de la France Insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui ensuite, de loin en loin, mène au pire » a ajouté le ministre de l’Éducation Nationale.

Une déclaration scandaleuse qui cible des organisations de jeunes comme l’UNEF, dans la lignée des attaques qui avaient été proférées contre Maryam Pougetoux par exemple, syndicaliste étudiante qui avait été accusée de prosélytisme pour être venue voilée à l’Assemblée nationale. En filigrane, le ministre remet en cause le droit à contredire les politiques racistes et islamophobes du gouvernement, et de se battre contre les discriminations. Mais c’est aussi le droit de militer dans les Universités qui est toujours plus restreint.

De l’autre côté c’est également la France Insoumise, qui s’est pourtant rangée derrière l’union nationale, qui est attaquée. Derrière l’expression générique « islamo-gauchiste » on retrouve les accusations de la droite de complicité avec le terrorisme. Au nom de la bataille pour la liberté d’expression et contre l’islamisme, le gouvernement cherche donc à faire taire les voix discordantes et à fermer le débat. Aurore Bergé, présidente déléguée des députés LREM, a quant à elle refusé de se rendre au rassemblement d’hommage à Samuel Paty, pour ne pas être « aux côtés de personnes qui ont créé un climat favorable à ces idéologies, ou en tout cas ont cessé de les combattre ». Au banc des accusés notamment Danielle Obono, déjà ciblée par l’extrême droite et ses caricatures racistes. Le gouvernement surfe et renforce la vague réactionnaire, et sa politique de la division génère toujours plus de violence.

Ainsi, c’est Rokhaya Diallo qui a été attaquée ce matin par Pascal Bruckner,un intellectuel connu pour ses positions réactionnaires et anti-féministes, qui a tenu un discours abject : « Votre statut de femme, musulmane et noire, vous rend privilégiée. Ça vous permet de dire un certain nombre de chose. Si moi je les avais dites, notamment je pense à ce que vous avez dit sur Charlie Hebdo qui a entrainé, avec d’autres, la mort des 12 de Charlie... ». Une rhétorique calomnieuse typique de l’extrême-droite, cheval de Troie de la droite dure, pour obliger les militants anti-racistes de se taire. Mais ce sont aussi des militants de l’UNEF qui ont été traités de « collabo » et priés de dégager au rassemblement d’hommage à Paris.

Rhétorique de l’ennemi intérieur : se battre contre un gouvernement qui entretient la division

La déferlante de haine à laquelle on assiste est bien le résultat de la politique du gouvernement qui entretient la division. Une polarisation sociale de plus en plus exacerbée qui fait le lit de la violence comme l’illustre l’agression raciste de deux femmes voilées auprès de la tour Eiffel. Cette agression montre les résultats du climat ambiant généré par la guerre lancée par le gouvernement. En plus de dénoncer le soi-disant « islamo-gauchisme » des organisations et des personnalités de gauche, le gouvernement attaque même la presse, comme Médiapart contre qui Darmanin a porté plainte.

De fait, le gouvernement sait très bien que sa politique peut avoir des conséquences sur un autre terrain, celui de la lutte sociale, et qu’il doit à tout prix empêcher les voix discordantes de s’exprimer. Surtout celles qui pourraient exprimer la colère des quartiers populaires, comme c’était le cas notamment du Comité Adama, qui avait réussi à soulever un mouvement important contre le racisme et les violences policières. Aujourd’hui dans une situation où les musulmans et les jeunes des quartiers populaires sont toujours plus stigmatisées c’est bien la colère sociale de ce secteur précaire et qui subit de plein front les inégalités de notre système qui pourrait jouer le rôle d’étincelle dans une situation des plus explosives.

Aujourd’hui, loin de tomber dans le piège de l’unité nationale et du racisme ambiant, les organisations de gauche et le mouvement ouvrier doivent se ranger du côté des opprimés et non du gouvernement. Contre toute tentative de récupération politique qui pourrait correspondre avec des attaques contre nos organisations et le droit à combattre l’islamophobie et les mesures réactionnaires.




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