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Derrière l’unité nationale, le gouvernement poursuit sa politique impérialiste en Méditerranée et au Sahel

Sortie et visite au Mali, passe d'arme (pour l'heure) verbale avec la Turquie d'Ergodan, la France se montre particulièrement agressive sur la scène internationale. Une politique sous label d'unité nationale et de lutte contre l'islamisme, qui cache mal les intérêts économiques et politiques, du Sahel à la Méditerranée orientale.

mercredi 28 octobre

Crédit photo AFP

Ces derniers jours, les tensions entre la Turquie et la France sont au centre de l’actualité politique hexagonale, aux côtés de la crise sanitaire et de la mort atroce de Samuel Paty. Parallèlement, Paris a marqué ses désaccords avec Bamako sur la gestion de la situation au Mali, notamment concernant un accord de libération d’otages en contrepartie de la libération de combattants de groupes rebelles islamistes, dans un contexte de forte instabilité politique dans le pays et la région du Sahel et de l’Afrique de l’ouest.

Méditerranée orientale : l’exploration des gisements gaziers, raison principale des tensions avec la Turquie

Concernant l’escalade des tensions entre la Turquie et la France, qui a culminé avec le rapatriement de l’ambassadeur de France, décision rare et inquiétante sur la poursuite des événements, les médias dominants ont emboîté le pas de la rhétorique du gouvernement. Mettant au quatrième plan la question des tensions en Méditerranée orientale pour focaliser sur les provocations d’Erdogan concernant la « santé mentale » de Macron, la question du boycott des produits français ou bien encore en liant directement les relations franco-turques à la question de la lutte contre le terrorisme islamique, cet exposé des événements occulte, de fait, les raisons de fond de l’exacerbation de ces tensions.

Ainsi, si Erdogan tente de se positionner comme le défenseur des communautés musulmanes et comme le chef de file du monde musulman, cette posture a pour arrière-fond des tensions géopolitiques préexistantes. La Méditerranée orientale est en effet agitée par des tensions depuis l’été, sur fond d’exploration de gisements gaziers. Une lutte pour le contrôle de la zone entre la Turquie d’un côté, et la Grèce et les forces impérialistes européennes, France en tête, de l’autre.

Pour Paris, endiguer toute avancé de la Turquie dans la région et faire main basse sur ces explorations de gisements gaziers relèvent de l’impératif pour le capitalisme français, d’autant plus après que Total ait cédé ses parts à Petrobas pour l’exploitation de Foz do Amazonas au Brésil fin septembre dernier, une décision bien plus motivé par un froid calcul économique que part les raisons soi-disant écologique mis en avant par le groupe lui-même. Il n’en demeure pas moins que pour la multinationale, le leadership de l’exploitation des gisements en Méditerranée relève d’une importance stratégique. A ce titre, l’élection récente d’un président pro-turc dans l’autoproclamée Chypre du Nord, permettant à Ankara de disposer d’une potentielle rampe de lancement militaire dans la région, a également ravivé les tensions. Ainsi, la voracité de l’impérialisme français est le premier responsable de l’instabilité dans la région, et le scénario d’une guerre ouverte n’est, pour l’heure, pas à écarter.

Au Mali, la France entend maintenir son contrôle politique pour défendre ses intérêts

La situation actuelle au Mali et dans la région du Sahel s’inscrit dans une séquence plus longue, mais régie par les mêmes coordonnées. Le président d’alors, François Hollande, menait une guerre par an, dans la plus pure tradition de la Françafrique, là aussi au nom de la lutte contre le terrorisme. En janvier 2017, nous écrivions alors dans l’article « Françafrique. Quel bilan pour Hollande ? » que « les opérations Serval et Barkhane opérées sur le sol malien, au nom de la lutte contre la montée du terrorisme, conséquence de l’intervention armée de la France dans la Libye de Kadhafi, étaient en réalité motivées par le désir de préserver l’accès à des ressources premières, tel que l’or et l’uranium, et celui d’éviter une déstabilisation générale de l’Afrique subsaharienne et centrale, stratégique pour l’État français pour l’accès à des matières premières. De plus elle a permis à l’armée française d’être désormais durablement implantée au Burkina Faso et au Niger, troisième producteur mondial d’uranium, matière stratégique exploitée par le français AREVA ».

Aujourd’hui, les forces françaises de l’opération Barkhane sont toujours sur place, mais la situation objective a changé avec un coup d’Etat et de larges zones du Mali qui échappent au contrôle du pouvoir central, soutenu par la France. Si l’ingérence impérialiste française est la première source de cette instabilité, permettant à divers groupes rebelles et terroriste de « surfer » et de détourner une colère légitime contre la politique proprement coloniale de Paris, le tour de vis de l’exécutif annonce là encore une forme d’escalade. C’est ce qui explique la visite de Le Drian au Mali ces derniers jours : Consolider l’ancrage de la France à Bamako pour préserver une main mise sur la situation dans le pays, et ainsi préserver les positions acquises pour l’accès aux matières premières, et ainsi poursuivre sa politique de spoliation des richesses naturelles de la région, condamnant les populations locales à toujours plus de misère. Loin, très loin, des prétendues velléités humanistes de lutte contre le terrorisme affichées en façade.

L’unité nationale, une arme pour légitimer les ingérences au Sahel et en Méditerranée orientale

Que cela soit dans le cas de l’intervention au Sahel ou en Méditerranée orientale, la stratégie du gouvernement pour obtenir l’adhésion à sa politique internationale est d’exacerber le sentiment nationaliste, l’islamophobie au sein des masses et instaurer un climat de « guerre de civilisations », dont la lutte contre le terrorisme serait le point maximal. Ainsi, l’Etat français instrumentalise plein pot le drame de Conflans et l’assassinat de Samuel Paty, en menant une politique ouvertement islamophobe en interne et en fustigeant toute voix discordante, immédiatement catégorisée sous le label de « l’islamo-gauchisme » ou de complice du terrorisme.

C’est également pourquoi l’attitude de la gauche institutionnelle et des directions syndicales, qui se sont rangées sans plus de cérémonie derrière l’appel du gouvernement à l’unité nationale à l’occasion de l’hommage à Samuel Paty, tout comme l’absence d’hommage alternatif, indépendant de l’Etat et du gouvernement, est aussi problématique. Cette attitude empêche toute voie alternative, posant les bases d’une politique qui s’affronte directement aux sources du terrorisme qui tue les nôtres, ici comme ailleurs : la politique impérialiste, coloniale, de la France en Afrique, au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale.

Ainsi, la seule issue progressiste ne peut être qu’une lutte internationaliste, anti-impérialiste, en premier lieu contre la politique de la France par les travailleurs de l’hexagones, avec ou sans papiers, et quelque soit leur (ou non) confession religieuse. Dénoncer et combattre la politique islamophobe du gouvernement, contre les attaques qui visent les musulman.e.s ou assimilés comme tels, tout comme les menaces de mort à l’encontre des militants qui pullulent sur les réseaux sociaux, est ainsi un point de départ indispensable dans la situation actuelle.




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