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Politique

Débat sur France2

Darmanin – Le Pen. Un duel en forme de monologue réactionnaire pour préparer 2022

Sur France 2, Darmanin et Le Pen se sont offerts hier soir un premier duel réactionnaire autour de la loi séparatisme, en préparation de 2022.

jeudi 11 février

Crédits photo : France2

Hier soir, France 2 entendait « déconfiner la politique » en organisant un débat entre Darmanin et Marine Le Pen autour de la loi séparatisme. Une manière de commencer à lancer la campagne de 2022 et d’imposer l’opposition réactionnaire entre LREM et le Rassemblement National, resucée du deuxième tour de 2017.

Après un premier entretien avec Gérald Darmanin, qui a notamment permis d’évoquer les violences policières et dans le cadre duquel Darmanin, interrogé sur la mort de Cédric Chouviat ou l’affaire Michel Zecler, est resté ferme sur sa défense intégrale de l’institution policière et de son impunité, Marine Le Pen a rejoint le plateau pour disserter autour du « séparatisme ». Alors que le projet de loi du gouvernement est actuellement en discussion à l’Assemblée Nationale, la future candidate du RN a joué la surenchère réactionnaire et islamophobe pour tenter de répondre au tournant sécuritaire du gouvernement, qui cherche depuis l’été dernier à s’emparer des thématiques privilégiées de la droite et de l’extrême-droite.

« Vous ne luttez pas contre l’idéologie islamiste et vous limitez les libertés de tout le monde pour limiter les libertés de quelques islamistes. » Tout au long du débat, Le Pen a cherché à égrainer les limites qu’elle voyait dans le projet de loi pour tenter de reprendre du terrain au gouvernement. Dénonçant l’article portant sur l’instruction à domicile, elle s’est saisie de la moindre brèche pour se distinguer du gouvernement. Malheureusement, face à un projet islamophobe comme la loi séparatisme, ses oppositions sont apparues formelles, à l’image de la répétition mécanique de sa volonté de « s’attaquer à l’idéologie islamiste », ou outrancières, comme sur l’interdiction du voile en tout lieu.

Cette volonté de se distinguer n’a pas empêché la convergence de vues entre Darmanin et Le Pen d’apparaître clairement. « Objectivement, à part quelques incohérences, j’aurais pu le signer ce livre. Vous décrivez l’islamisme de manière extrêmement claire » a par exemple expliqué la candidate d’extrême-droite au ministre de l’Intérieur. De son côté, Darmanin s’est positionné en incarnation la plus conséquente de la lutte contre le « séparatisme », n’hésitant pas à tancer Marine Le Pen sur sa fermeté à l’égard de l’Islam : « Vous êtes plus molle que l’on peut l’être. Je vous sens un peu branlante. »

Jouant l’expertise contre les approximations de Marine Le Pen, corrigeant ses chiffres, infirmant ses accusations, Darmanin a en même temps cherché à se distinguer pour donner le change à l’électorat plus modéré. C’est ainsi en garant d’une lutte « républicaine » contre le séparatisme que s’est affiché le ministre, défendant le droit d’asile, la laïcité, la liberté ou encore la Constitution. « Je considère encore que l’Islam est parfaitement compatible avec la République » a même osé le ministre à l’origine de l’offensive tous azimuts contre les musulmans et certaines de leurs associations comme le CCIF, dissout sur la base d’accusations fallacieuses.

Au total, si Marine Le Pen s’est trouvée mise à la défensive à maintes prises par Darmanin, le principal vainqueur du débat fut évidemment l’islamophobie. Et sur ce terrain-là, les outrances du RN sont la meilleure couverture pour la politique réactionnaire du gouvernement. Dans ce cadre, Darmanin a insisté à de nombreuses reprises sur la stature de Le Pen, « une grande dirigeante de mon pays », comme pour mieux entériner à nouveau son statut d’opposition préférée du gouvernement.

Pour la majorité de la population, celle qui refuse les outrances réactionnaires de LREM et de l’extrême-droite, celle qui fait face aux conséquences concrètes de la crise économique, sociale et sanitaire, il n’y a évidemment rien à attendre de l’alternative pourrie que France 2 cherchait hier à imposer en prévision de 2022. Il s’agit à l’inverse de continuer à exiger le retrait de la loi séparatisme, et de l’ensemble des lois liberticides, dont la loi sécurité globale votée par l’extrême-droite, mais aussi de préparer une riposte d’ensemble plus large pour faire face à la crise économique et sociale qui s’approfondit. Une riposte qui passera par la rue, et qui devra s’appuyer sur un plan de bataille à la hauteur permettant d’entraîner la jeunesse, le mouvement ouvrier, les quartiers populaires et l’ensemble de ceux qui subissent les politiques réactionnaires du gouvernement.




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