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International

Esclavage Moderne

Coupe du monde au Qatar. Les travailleurs migrants obligés de s’endetter pour être embauchés

Dans le cadre de l'organisation de la coupe du monde de football 2022 qui doit avoir lieu au Qatar, alors que plusieurs milliers de travailleurs migrants qui construisent les espaces sportifs sont morts à cause de leurs conditions de travail désastreuses, selon The Guardian ces derniers ont même dû payer pour être embauchés. Des pratiques ignobles, proches de l’esclavage, qui permettent l’enrichissement de cette puissance du Golfe.

vendredi 1er avril

Depuis 2010, plus de 6 500 travailleurs venant d’Inde, du Pakistan, du Nepal, du Bangladesh et de Sri Lanka sont morts sur les chantiers des infrastructures lancés pour la coupe du monde au Qatar. Hier, un article de The Guardian, dévoile une nouvelle facette de cette réalité obscure.

En effet, le quotidien anglais révèle que pour fuir leurs conditions de vie, les travailleurs migrants dans les pays du golfe persique - connus par leur système de travail « Kafala », qui applique des conditions de travail de semi-esclavage – ont payé des milliers de dollars à des agents illégaux pour s’assurer d’être embauchés dans les projets de constructions dans le secteur de l’hôtellerie ou des stades sportifs au Qatar pour la coupe du monde. Selon l’article de The Guardian « Les travailleurs doivent souvent contracter des prêts à taux d’intérêt élevé ou vendre des terres pour payer les frais, ce qui les expose à la servitude pour dettes - une forme d’esclavage moderne - car ils ne peuvent quitter leur emploi avant d’avoir remboursé leur dette ».

Au Qatar, plus de 90% de la main d’œuvre est migrante - soit 2 millions de personnes. Ces travailleurs, en plus de réaliser leur travail dans des conditions précaires et avec des salaires de misère, sont soumis au système du « Kafala », un système permis par le droit local et qui stipule qu’un travailleur migrant doit avoir un « parrain » pour avoir le droit de travailler, et peut se voir annuler son permis de résidence à n’importe quel moment, devenant ainsi un sans-papiers.

Ce n’est pas la première fois que l’atrocité des conditions de travail sur les chantiers de la coupe du monde est révélée. Même la FIFA, a été obligée d’exiger, il y a quelques mois, la garantie d’un minimum de droits aux travailleurs - après que les conditions de travail des migrants aient été mises en lumière. C’est sous cette pression que l’Émir Hamad Al Thani a dû modifier la législature et « abandonner » le système Kafala… sur le papier. Ces nouvelles révélations montrent que les travailleurs, en plus d’être exploités au péril de leur vie et pour des salaires misérables, déboursent des sommes importantes pour quitter leur pays d’origine personnes et essayer de gagner leur vie et un avenir différent au Qatar.

Étant donné leur grande pauvreté, ces travailleurs doivent s’endetter pour pouvoir payer leur « parrain », en plus de vendre leurs biens. Ainsi, les migrants venant du Bangladesh et du Nepal, soit un tiers des 2 millions de travailleurs étrangers, payent entre 3 000 à 4 000 dollars et 1 000 à 1500 dollars – respectivement pour une licence de travail. Ils devront donc se soumettre à des conditions inhumaines pendant au moins un an pour pouvoir rembourser leurs dettes – étant donné que leur paye tourne autour de 275 dollars par mois.

Les travailleurs venant du Bangladesh, sont ceux qui payent les frais les plus importants. Dans son enquête, The Guardian développe le cas de Aman Ullah qui a dû payer 4 190 dollars en 2016 pour obtenir un travail au Qatar. Un sacrifice qu’il pouvait arriver à financer à condition qu’il gagne la somme promise de 686 dollars par mois… Pris au piège, il a finalement été amené dans le désert pour travailler dans une ferme pour seulement 219 dollars. Ce même travailleur raconte son expérience dans des conditions inhumaines. « Il n’y avait aucune limite au travail », explique-t-il, et ajoute « il n’y avait ni d’électricité ni de climatisation et nous n’étions pas autorisés à quitter l’enceinte ». Son employeur ne l’a laissé rentrer chez lui que lorsqu’il l’a supplié de lui permettre de rendre visite à sa mère très malade. Comme l’explique The Guardian « de retour au Bangladesh, sans rien avoir gagné lors de son séjour au Qatar, sa dette avait grimpé à 9 275 dollars, ce qui l’a obligé à contracter d’autres prêts pour rembourser la dette initiale ». Un cauchemar, qui va parfois jusqu’à causer le décès de ces travailleurs. C’est le cas de Mahamad Nadaf Mansur Dhuniya, originaire du Népal, qui s’est suicidé à cause de sa dette qui ne faisait qu’augmenter. Maintenant c’est son épouse qui doit payer les frais.

Ce scandale dévoile une des faces les plus terribles du capitalisme. Alors que le Qatar est le troisième pays avec plus de réserves mondiales de gaz naturel, après la Russie et l’Iran, il souffre d’un grand manque d’infrastructures. Néanmoins, grâce à ces exportations de gaz et de pétrole, la famille de l’émir et la bourgeoisie Qatarienne, peuvent se permettre une vie remplie de luxes.

Tout cela gagné sur le dos de tous ces travailleurs migrants qui, soumis à un système de semi-esclavage, avec des conditions de travail inhumaines, des salaires de misère et des dettes exubérantes sont bien loin de la vie de la bourgeoisie qatarie. Derrière l’image luxueuse promulguée par des pays comme le Qatar, se cachent des travailleurs qui se cassent le dos, s’endettent et vont jusqu’à mourir, pour essayer d’offrir une vie digne à leurs familles.

C’est pourquoi, en 2020 certains d’entre eux se sont mobilisés et ont bloqué les routes afin de réclamer une paie décente.



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