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Crise sanitaire

Coup de gueule : « Pr. Grimaldi, ceux qui ont détruit l’hôpital public doivent-ils être réanimés ? »

« Les non vaccinés doivent-ils assumer aussi leur libre choix de ne pas être réanimés ? » s’interrogeait de façon faussement naïve ce dimanche le professeur Grimaldi dans une tribune. Alors que son texte réactionnaire épouse la rhétorique du gouvernement fustigeant les non-vaccinés, pourquoi ne pas demander des comptes à ceux qui ont détruit l’hôpital public et la confiance dans la vaccination ?

lundi 3 janvier

Crédits photo : AFP

« Les non-vaccinés devraient pouvoir dire s’ils souhaitent ou non être réanimés » : ce dimanche, le JDD publiait une tribune du professeur Grimaldi. Dans ce court texte, le professeur, spécialiste en diabétologie, revient sur la tension actuelle dans les services de réanimation et se demande : alors que le serment d’Hippocrate se heurte à la réalité des capacités de réanimation, à qui « donner la priorité » ? Une fausse question à laquelle André Grimaldi répond par une autre : « une personne revendiquant le libre choix de ne pas se faire vacciner ne devrait-elle pas assumer en cohérence son libre choix de ne pas se faire réanimer ? »

Le texte s’inscrit dans la petite musique réactionnaire que tente d’imposer depuis des mois le gouvernement. Les non-vaccinés seraient les principaux responsables de la persistance de l’épidémie et devraient donc en subir les conséquences. Dans la continuité des mesures de restrictions frappant les non-vaccinés, à l’image du pass vaccinal discuté à l’Assemblée depuis ce lundi, il s’agit cette fois rien moins que de laisser mourir les « coupables ». Quitte pour l’occasion à assumer une entorse au « serment d’Hippocrate » : après tout celui-ci « ne gomme pas la question du tri quand il n’y a qu’un lit pour deux patients relevant tous deux de la réanimation » note André Grimaldi. Or, c’est ce postulat de départ qu’il s’agirait d’interroger. Car si la question commence à se poser dans différents hôpitaux de France, c’est d’une part parce que l’épidémie reprend, d’autre part parce que les hôpitaux sont affaiblis pour y faire face…

Sur le premier point, force est de constater que la responsabilité du gouvernement est écrasante. Nationalement, celui-ci a tout fait pour donner l’impression d’un retour à la normale, alimentant le mythe d’une vaccination toute-puissante face à l’épidémie et l’abandon des gestes barrières avec son pass sanitaire. Alors que l’incidence commençait à s’envoler au début de l’hiver, le gouvernement a choisi, comme à de multiples reprises depuis le début de l’épidémie, de laisser circuler massivement le virus, quitte à prendre le risque d’une saturation des hôpitaux. Internationalement, on ne soulignera jamais assez le rôle joué par les puissances occidentales comme la France pour empêcher un accès mondial à la vaccination, conduisant à l’émergence de nouveaux variants comme Delta et Omicron qui sont à l’origine de la vague actuelle.

Sur le deuxième point, la faiblesse actuelle de l’hôpital public est évidemment un facteur central dans l’obligation de trier les patients qui frappe déjà des hôpitaux, comme à Marseille. Comme l’ont noté des spécialistes de la pratique du « triage », loin d’être exclusive du covid-19 : « c’est parce qu’il y a pénurie qu’il y a triage. (…) C’est bien la faible capacité de soins au regard du nombre de patients à soigner qui implique le triage ». Or, en 2020, pas moins de 5.700 lits d’hospitalisation ont été supprimés, et depuis 1993 près de 100.000, d’abord et avant tout au nom de l’austérité. Une situation à laquelle est venue s’ajouter l’épuisement des professionnels de santé, surexploités du fait du manque d’effectifs, qui a conduit récemment à de nouvelles fermetures de lit. Une autre conséquence de l’austérité à l’hôpital public à laquelle le Ségur de la santé n’a en rien répondu.

Évidemment, ce tableau ne conduit pas à relativiser l’importance de la vaccination. Celle-ci a des limites et ne protège pas intégralement du virus, mais elle offre une protection considérable contre les formes graves tout en limitant le risque de contamination. Or, sur ce point encore, le professeur Grimaldi tord la réalité, pointant du doigt « les personnes informées ayant choisi délibérément de ne pas se faire vacciner. » Certes, nous disposons aujourd’hui, et depuis des mois, d’un recul largement suffisant pour convaincre toute personne de l‘utilité individuelle et collective de la vaccination. Mais à qui la faute si toute une partie de la population se méfie du vaccin ? Qui a alimenté le scepticisme, par ses mensonges, son incompétence ou par sa complaisance avec des figures covidosceptiques comme le Professeur Raoult ? Qui a participé à consolider l’influence de l’extrême-droite anti-vaccin par ses mesures autoritaires et son offensive frontale contre les non-vaccinés, traités en citoyens de seconde zone ? Personne d’autre, là encore, que le gouvernement.

Ainsi, en suivant mot pour mot la logique du professeur Grimaldi, on serait en droit de s’interroger : une personne revendiquant l’austérité pour l’hôpital public, la fermeture de lits, la réduction des effectifs ; une personne revendiquant de laisser circuler le virus pour maintenir l’activité économique à tout prix ; une personne qui alimente par sa politique erratique le scepticisme de secteurs entiers de la population envers la vaccination… Bref, ceux qui, comme Emmanuel Macron, Olivier Véran, Edouard Philippe et leurs prédécesseurs, ont détruit l’hôpital public doivent-ils être réanimés ?



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