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Politique

Racisme d'Etat

Contrôles au faciès : six ONG lancent une action de groupe inédite contre l’État

Alors que les mobilisations contre les violences policières se sont multipliées ces dernières années, notamment autour du Comité Adama suite à l’assassinat de George Floyd en juin dernier, plusieurs ONG ont lancé hier une action de groupe contre l’État à propos des contrôles au faciès.

mercredi 27 janvier

Crédit Photo : Anne-Christine POUJOULAT/AFP

Ce mercredi 27 janvier, plusieurs ONG ont annoncé le lancement d’une action de groupe pour dénoncer le contrôle au faciès dans la police. Six organisations prennent part à cette initiative inédite : Amnesty International, Human Rights Watch, Pazapas, Open Society Justice Initiative, la Maison communautaire pour un développement solidaire (MCDS) et Réseau Égalité, Antidiscrimination, Justice interdisciplinaire (REAJI).

Dans leur communiqué de presse, les ONG revendiquent notamment des mesures gouvernementales pour lutter contre les contrôles au faciès, telles qu’une modification du code de procédure pénale pour « interdire explicitement la discrimination dans les contrôles d’identité », mais aussi la « création d’un mécanisme de plainte efficace et indépendant » ou encore « la mise à disposition de toute personne contrôlée d’une preuve de contrôle » sur le modèle du récépissé. Si ces mesures ne sont pas adoptées d’ici 4 mois, les ONG entendent saisir la justice.

Les organisations pointent par ailleurs du doigt le gouvernement, et interpellent plus précisément Jean Castex (Premier ministre), Gérald Darmanin (ministre de l’Intérieur) et Eric Dupond-Moretti (ministre de la Justice), qualifiés de « responsables de la conception et de l’exercice de l’action policière ».

Une initiative à l’occasion de laquelle les organisations remettent en lumière la réalité des violences policières et du racisme structurel dans la police. De fait, le contrôle au faciès, qui n’est qu’une des dimensions du racisme policier, est une réalité étudiée et documenté. D’après une enquête du Défenseur des droits en 2017, un jeune homme a vingt fois plus de chances d’être contrôlé s’il est un homme noir ou arabe. Une réalité régulièrement minimisée par le pouvoir et par la police. Ainsi, si en décembre dernier Macron avait évoqué les contrôles au faciès sous pression de la mobilisation contre la loi sécurité globale, les policiers avaient immédiatement réagi en organisant des « non-contrôles » au faciès clairement racistes en guise de protestation.

Inédite, l’initiative des six ONG a donc l’intérêt de remettre sur le devant de la scène la question du racisme policier. Pour autant, l’espoir d’aboutir par les tribunaux ou par l’interpellation du gouvernement à l’abolition du racisme dans la police apparaît vain. D’abord, ce sont ces mêmes tribunaux qui organisent au quotidien l’impunité policière, imposant des non-lieux dans les affaires de meurtres policiers quand ils ne reproduisent pas eux-mêmes un racisme structurel dans le cadre de leurs jugements.

En outre, l’espoir d’aboutir par des réformes à une police non-raciste fait fi du caractère structurel du racisme policier, produit d’une institution ancrée dans l’histoire coloniale et au service de la protection d’un ordre fondamentalement inégalitaire. S’il faut saluer toutes les initiatives qui dénoncent les violences d’Etat, seul un projet de renversement de cette institution portée par les populations qui subissent l’oppression policière en alliance avec le mouvement ouvrier et en toute indépendance de l’Etat pourra mettre fin à cette composante indissociable de la société capitaliste.




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