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Politique

Répression policière

"Climat d’insécurité globale" : le rapport accablant d’Amnesty International sur la répression des manifestants

Dans un rapport Amnesty International dénonce la répression généralisée à l’occasion de la manifestation parisienne du 12 décembre contre la loi sécurité globale. L’ONG dénonce le bond en avant répressif du gouvernement.

mercredi 10 février

Crédit photo : AFP

Dans son enquête du 8 février intitulée “Climat d’insécurité globale” Amnesty International revient sur la manifestation qui s’est déroulée à Paris le 12 septembre 2020 contre le projet de loi de Sécurité globale. L’ONG s’en prend aux arrestations et aux détentions qui y ont été effectuées et les désigne comme de véritables “violation[s] du droit à la liberté et à la sûreté de la personne”. En effet, sur 142 personnes interpellées, “80% ont été relâchées sans poursuite”.

Face à des policiers casqués, on leur reproche d’avoir le “visage dissimulé”. A en croire de tels arguments, le manuel du bon petit manifestant recommanderait de venir à découvert, sans masque, en pleine crise sanitaire. Absurde ? Oui, sans doute. Et il est peut-être plus absurde encore d’accuser ces mêmes manifestants de “délit de groupement en vue de la préparation de violences”. En effet, ce délit trop vague, qui a été le principal motif d’interpellation cette journée-là, est employé de “manière abusive” comme l’affirme l’ONG. Difficile de reprocher à des individus de se regrouper en pleine manifestation, ou de déterminer si une action non réalisée ce serait justement produite sans l’intervention de la police.

De fait, Amnesty International dénonce des libertés bafouées, celles de manifester et de s’exprimer librement, tout en blâmant des mesures arbitraires vouées à décourager manifestants et journalistes, peu séduits par l’éventualité d’une arrestation, suivie de longues gardes à vues, de procès, de complications judiciaires. Une répression qui poursuit l’objectif assumé de rebuter les manifestants, comme le montre l’enquête d’Amnistie internationale quand « près de 80% des interpellations n’ont donné lieu à aucune poursuite ».

L’attitude de Gérard Darmanin et de Didier Lallement répondent à une logique gouvernementale répressive cherchant à exercer un contrôle croissant, par la criminalisation des manifestants. Les manifestations, lorsqu’elles ne sont pas interdites comme celles qui devaient se tenir à Toulouse en décembre dernier (pour ne citer que cet exemple), voient leur trajet se raccourcir drastiquement, afin de ne pas “susciter des troubles à l’ordre public ». Quoi qu’il arrive, elles seront de toute façon quasi systématiquement contrôlées et réprimées par les autorités. En ce sens, la tactique gouvernementale n’est pas nouvelle et elle tend à s’accentuer en période de crise

Face au mécontentement que soulèvent les conséquences de la gestion pro-patronale de la crise sanitaire et économique, le gouvernement choisit donc d’augmenter la répression systématique et les mesures liberticides pour combler ses limites et son faible soutien par des mesures autoritaires. Arrêter des manifestants ou des lycéens, contrôler des automobilistes, interpeller et frapper des étudiants, sont là les solutions miracles que le gouvernement emploie et dont il a besoin pour décharger le poids de la crise sur les jeunes, les salariés et les classes populaires. Quand on ne peut démentir les propos des manifestants, il semble en effet bien plus simple de les enfermer, le temps d’une garde à vue. D’un chez-soi cloisonné à une cellule avec des policiers, il n’y a finalement qu’un pas : celui que l’on fait lorsque l’on part manifester.




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