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Violences d'État

« Une policière a mis une main sous mon pantalon » : Christina, 16 ans, en garde à vue pendant 48h

« Je me suis sentie tellement seule que j’ai eu des angoisses après ma garde à vue » : Christina, lycéenne de 16 ans, a été arrêtée le 7 février à Paris durant la manifestation contre la réforme des retraites. Dans le cadre d’une campagne contre la répression, nous publions ci-dessous son témoignage.

Le Poing Levé

10 mai 2023

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« Une policière a mis une main sous mon pantalon » : Christina, 16 ans, en garde à vue pendant 48h

Crédits photo : Hubert2T

Ce témoignage a été recueilli dans le cadre de la campagne anti-répression menée par le collectif jeune de Révolution Permanente, Le Poing Levé. Pour y participer également et témoigner, vous pouvez remplir ce formulaire.

Le Poing Levé : Bonjour, merci de nous accorder ton témoignage. Peux-tu commencer par te présenter et nous dire si avant ton arrestation, tu avais déjà participé à des manifestations contre la réforme des retraites ?

Je m’appelle Christina, j’ai 16 ans, je suis en première dans un lycée du 12ème arrondissement de Paris. Depuis le début, j’ai fait presque toutes les manifestations. Je vais depuis longtemps en manifestation avec mon père, qui est délégué syndical à Sud Rail.

Le Poing Levé : Peux-tu nous raconter comment s’est passée ton arrestation ?

J’ai été arrêtée pendant la manifestation contre la réforme des retraites le 7 février. J’étais en tête de cortège, dans le bloc, avec des ami·es à moi. À un moment, ça commence à dégénérer. On va dans une petite rue avec plein de gens et on se fait charger par des policiers. On voit qu’ils attrapent un homme et qu’ils le traînent par terre. Plusieurs personnes crient aux policiers de respecter cet homme parce que c’est très violent. Un ami à moi filme la scène, les policiers le poussent à terre et cassent pratiquement son téléphone en le poussant. Moi, je m’interpose et j’interpelle les policiers. Je vois qu’une amie commence à courir, moi je n’ai pas le temps de courir assez vite donc je me fais plaquer au sol par une CRS qui me met ensuite contre un mur et me demande mon âge. Je lui dis que j’ai 16 ans, elle me dit : « Tu devrais avoir honte, on ne t’a pas appris à respecter la police ? Si tu étais ma fille, je t’aurais donné deux claques. Si tu as voulu m’insulter, tu vas en assumer les conséquences ». Je n’ai rien répondu. On me met les mains dans le dos avec un serflex. Mon téléphone sonne dans ma poche, c’est mon père qui était aussi dans la manifestation, pour voir si tout allait bien. Je supplie les policiers de prendre l’appel, je voulais prévenir mon père. Ils me disent non et laissent vibrer mon téléphone. Ils me mettent dans une voiture et m’envoient au commissariat du 17ème arrondissement.

Le Poing Levé : Comment s’est passée la garde-à-vue ?

Là-bas, on m’enregistre, j’appelle mon père qui contacte la Legal Team. J’ai demandé un médecin, je n’ai pas eu de médecin. Normalement, on a droit à un médecin dans les trois heures après la demande, je n’en ai pas eu un avant 47 heures de garde-à-vue. Mon avocat et mon père ont dû appeler le commissariat plusieurs fois pour que je vois un médecin. J’ai été envoyée en cellule pendant 48 heures, on m’a fouillée à plusieurs reprises. J’ai subi des fouilles non réglementaires. La deuxième nuit, une policière est venue me fouiller à 23 heures, et a mis une main sous mon pantalon, entre mon pantalon et mes fesses. Son collègue lui a dit que ce n’était pas réglementaire, que ce n’était pas comme ça qu’on faisait à l’école, elle lui a dit « ça tombe bien, on n’est pas à l’école ». Le policier lui a répondu qu’elle allait avoir des problèmes.

Le temps passe très lentement. J’ai ma première audition, je dis que je n’ai rien à déclarer. Le lendemain de la première nuit, j’ai la procureure au téléphone, qui me dit que je suis prolongée parce que je n’ai pas voulu donner mes codes de téléphone. Mon avocat m’avait dit que légalement, ils ne pouvaient pas en tenir compte et qu’il fallait mieux ne pas donner mes codes. J’arrive à la première audition. Quand un policier passait et que je demandais l’heure, il refusait de me la donner. Une fille mineure dans une cellule à côté de moi avait ses règles, et a dû attendre cinq heures à taper sur les murs pour avoir une serviette. L’état des cellules est pitoyable. Il y avait des traces de défécations sur les murs, ça collait par terre. Ils font des rations sur le papier toilette, c’est eux qui le donnent. J’ai fait une garde à vue de 48 heures pour outrage à agent alors que le policier n’a pas déposé de plainte. J’avais été tellement seule dans ma cellule qu’en sortant de la garde à vue j’ai eu des angoisses quand je restais toute seule.

Le Poing Levé : Sais-tu si des charges sont retenues contre toi ?

J’ai eu une réparation pénale pour les auteur·es mineur·es, c’est-à-dire que j’ai eu un rendez-vous avec un commandant à la préfecture de police de Paris et je dois faire une demi-journée de visite au musée de la Préfecture, et une demi-journée d’aide à la brigade des sans-abris. Il y a pire comme punition, ce sont des choses que j’aurai pu faire toute seule. C’est considéré comme un casier ce que j’ai fait, mais je peux l’effacer dans six mois en envoyant une lettre au procureur et il faut qu’il l’accepte…

Le Poing Levé : Ton rapport à la police a-t-il changé depuis que tu t’es fait arrêter ?

Oui. Je pense qu’ils sont très mal formés, ils prennent n’importe qui et c’est comme ça que ça dégénère. Maintenant, je suis très méfiante envers eux, je n’ai pas l’impression qu’ils me protègent. Ils protègent plutôt le gouvernement que le peuple. Je me doutais de tout ça, mais je n’avais jamais vu ça de mes yeux. J’ai vraiment vu des mecs se faire frapper alors qu’ils prenaient des photos sur le côté. À la dernière manifestation du premier mai, il y avait tellement de blessé·es, de personnes en sang, j’ai vu une personne se faire recoudre au niveau de la tête par des médecins. C’était accablant.

Le Poing Levé : Après ta garde à vue, tu avais peur de retourner en manifestation ?

Oui, j’avais très peur de retourner en manifestation, surtout en tête. Je ne l’ai pas fait durant les trois semaines après mon arrestation. Puis, j’y suis retournée.

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