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Castex engage une ex-promotrice du régime saoudien comme conseillère

D’après une enquête publiée mardi 2 mars par Médiapart, la conseillère communication de Jean Castex, Mayada Boulos, a oeuvré pendant près de quatre ans chez Havas pour promouvoir un des projets du prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salman (MBS), auteur de multiples crimes contre l’humanité.

jeudi 4 mars

Ludovic MARIN / AFP

De promotrice du régime dictatorial saoudien à conseillère communication de Castex

Mardi 2 mars, Médiapart a publié une enquête révélant le rôle joué pendant près de quatre ans par l’actuelle conseillère communication de Castex, au sein de l’agence de communication privée Havas. De 2016 à l’été 2020 - où celle-ci a rejoint le premier ministre à Matignon - Mayada Boulos, au pôle influence de Havas, était missionnée de développer le site touristique d’Al-Ula en Arabie saoudite. Situé au nord-ouest du pays, cet espace stratégique est l’objet de nombreuses controverses. Arrosé par les milliards de dollars de MBS, il a notamment été au coeur d’une polémique liée à son partenariat avec l’Institut du Monde Arabe.

Car derrière les apparences de promotion d’un lieu touristique, se cache une manoeuvre essentielle au plan de modernisation du royaume, « Vision 2030 », sur lequel MBS mise pour faire oublier les nombreuses révélations de sa violation des droits humains, mais aussi pour permettre les investissements de puissances internationales, ralentis par l’image d’un royaume conservateur et sali par les scandales à répétitions, de se multiplier. Parmi ces derniers, l’implication centrale de l’Arabie Saoudite dans la guerre aux Yémen, faisant subir crimes de guerre, famine et torture aux civils depuis des années, mais aussi l’affaire Khashoggi en octobre 2018, dont l’assassinat du journaliste dissident éponyme a été, comme le révèle un rapport déclassifié des services de renseignement américains en date du 26 février, « validée » par MBS.

Profits à tout prix : Havas défend les pires scandales politiques et économiques

Une affaire dont l’éclat n’a pas fait remettre en cause à Havas ses liens avec Riyad, face à des intérêts économiques colossaux. Au contraire, le vice-président de l’entreprise française, Stéphane Fouks, déclarait un mois après l’assassinat du journaliste : « La politique de la chaise vide n’a jamais été la nôtre. Nous préférons être du côté des réformateurs et faire des choses utiles » . Un discours résonnant avec celui d’Emmanuel Macron le 6 décembre dernier lors de la visite du président autoritaire égyptien Abdel Fattah Al-Sissi à Paris, à propos de ses rapports commerciaux avec les pays violant les droits humains : « Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense, comme en matière économique, à ces désaccords […] une politique de boycott viendrait à réduire l’efficacité d’un de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale » .

Par ailleurs, Havas est elle-même sujette à d’autres scandales que son actuel soutien au royaume saoudien malgré l’affaire Khashoggi. On peut citer les défenses successives de Dominique Strauss-Kahn et Jérôme Cahuzac par le géant de la communication ;de surcroît, les deux hommes étaient conseillés par Stéphane Fouks.

Enfin, si Mayada Boulos feint d’avoir participé à un projet sans lien direct avec la dictature saoudienne, la réalité est tout autre. En effet, l’ancienne numéro 2 de Havas défend que ses opérations de lobbying pour l’agence de communication étaient mandatées par la fondation Misk, et non par l’État d’Arabie Saoudite. Or, comme son autre nom - fondation Mohammed ben Salman - l’indique, cette organisation privée a été lancée, et est présidée… par le prince héritier saoudien lui-même !

Ces révélations sur les connivences entre les régimes saoudiens et français démontrent l’hypocrisie du gouvernement Castex qui oeuvre main dans la main avec les régimes dictatoriaux pour réprimer et asseoir sa domination sur les populations musulmanes tant sur son territoire qu’à l’étranger, sous couvert de lutte pour la liberté et contre "l’islamisme".

Et dans un contexte de chasse aux sorcières autour de « l’islamo-gauchisme » notamment dans les universités - politique permettant en réalité de mieux réprimer sur le sol national les classes populaires musulmanes ou assignées comme telles et de saper toute alliance avec le milieu universitaire, le monde du travail et les organisations de gauche - elles nous rappellent que l’unique boussole politique du gouvernement est le maintien de ses intérêts capitalistes et de sa domination impérialiste. En effet, ces intérêts économiques sont de taille pour les puissances impérialistes : la France est à ce jour l’un des principaux fournisseurs d’armes de l’Arabie Saoudite.




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